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La nouvelle fracture sociale : la carte qui révèle les vrais défis économiques français (et les clés de la prochaine présidentielle…)
©Reuters

Evolution structurelle

La nouvelle fracture sociale : la carte qui révèle les vrais défis économiques français (et les clés de la prochaine présidentielle…)

La fracture territoriale entre petites, moyennes villes et grandes métropoles, se creuse, ce qui accentue la fracture entre les villes dynamiques et la France périphérique. En ces temps électoraux, certaines de ces données peuvent aider à la construction de l'offre politique.

Atlantico : Selon un rapport publié le 21 février par France Stratégie, "À partir des années 2000, en revanche, les dynamiques de croissance se différencient selon les territoires urbains. Les métropoles – aires urbaines de plus de 500 000 habitants – captent les créations d’emplois tandis que les territoires périphériques « décrochent » ". Faut-il voir ici la confirmation de la thèse d'une France périphérique​ ? Quelles en sont les dynamiques régionales sur le territoire français ? ​

Laurent Chalard : Cette étude, qui prolonge les résultats de travaux précédents, dont ceux de l’économiste Laurent Davezies, vient confirmer que le phénomène de métropolisation de l’emploi, produit de la mondialisation, s’amplifie ces dernières années. Quelques agglomérations, en l’occurrence principalement les plus peuplées, concentrent la croissance, alors que dans les autres territoires, en règle générale, l’emploi se porte mal. C’est donc effectivement une confirmation de la thèse de la « France Périphérique » du géographe Christophe Guilluy, dans le sens qu’il existe bien un petit groupe de grandes métropoles, qui portent l’activité économique française, alors que le reste de l’hexagone se trouve à la traîne.

Les principales dynamiques régionales témoignent d’une plus forte croissance de l’emploi au sud (incluant l’ancienne région Rhône-Alpes) et à l’ouest du pays, du fait de la combinaison d’une économie résidentielle, liée à une forte attractivité touristique et aux migrations de retraite, et d’un développement du secteur tertiaire et des industries de haute-technologie dans les grandes métropoles. A contrario, le nord-est du pays, au sens large, affiche les moins bonnes performances, du fait de la poursuite de la désindustrialisation dans des territoires anciennement fortement industrialisés, répulsifs sur le plan résidentiel. 

Source : Document France Stratégie, d'après Insee)

Selon la carte publiée par France Stratégie, il apparaît que certaines régions s'en sortent plutôt favorablement, notamment à l'ouest ou dans le Rhône Alpes. Quelles sont les similitudes à observer avec la phase d'industrialisation du XIXe siècle ? Dès lors, comment expliquer la résistance de la région lyonnaise ?

Concernant l’ouest, le plus fort dynamisme de l’emploi est lié au faible héritage industriel, en particulier dans le domaine de l’industrie lourde (à l’exception des villes portuaires), de cette partie du territoire, qui limite les pertes d’emploi dans ce domaine, alors que, parallèlement, de nouveaux emplois se créent dans le secteur tertiaire, permettant à ces régions d’avoir un solde d’emploi positif. En effet, comme je l’avais montré en 2011 dans un article de la revue Population & Avenir¹, il se constate, depuis les années 1980, un basculement progressif de l’emploi vers l’ouest de la ligne Le Havre-Marseille, ligne traditionnelle de partition du territoire français entre, d’un côté, des territoires industriels et urbanisés, et, de l’autre, des territoires agricoles et peu urbanisés. Dans ce cadre, il convient aussi de noter la relative bonne santé des industries en milieu rural de Vendée, contre-exemple intéressant par rapport à la concentration métropolitaine constatée globalement.

Concernant la région Rhône-Alpes, qui, à première vue, se rattache à la France du Nord-Est du fait de l’ancienneté de l’industrialisation, la première ligne de chemin de fer reliant Saint-Etienne à Andrézieux dès 1827, le maintien d’un certain dynamisme de l’emploi s’explique partiellement par l’importance des industries issues de la deuxième Révolution Industrielle, autour de la chimie et de l’électricité, qui ont conservé une certaine vitalité, alors que les régions du nord-est avaient plutôt des industries issues de la première Révolution Industrielle, textile et métallurgie, qui ont largement périclité. Il n’apparaît donc guère surprenant que le département de la Loire, où dominaient les industries issues de la première Révolution Industrielle, soit le moins dynamique de la région Rhône-Alpes ! Par ailleurs, de par sa taille, son tissu entrepreneurial et sa position de carrefour européen, Lyon s’affirme, de plus en plus, comme la deuxième métropole de France, distançant largement Marseille.

Au regard de ce constat d'une France Périphérique, quels peuvent en être les enjeux politiques ? Comment construire une offre politique permettant de prendre en compte les populations concernées ? 

Le principal enjeu politique est de comprendre que la France Périphérique est diverse. Il n’existe pas une « France Périphérique » aux caractéristiques homogènes, mais des « France(s) Périphérique(s) » aux profils diversifiés, mais qui se situent toutes dans des situations économiques compliquées. En conséquence, il convient d’adapter les politiques à chaque territoire. Il ne s’agit pas de proposer la même chose dans les espaces ruraux profonds peu industrialisés que dans les anciennes villes industrielles en déclin. Les pistes de (re)développement ne peuvent être les mêmes. A chaque type de territoire, une politique différenciée !

L’offre politique adaptée pour les territoires et les populations concernées ne doit pas venir d’en haut, c’est-à-dire d’élites métropolitaines qui ne connaissent pas les territoires en question, mais des populations locales qui se doivent de prendre leur destin en main, en sortant de la logique de guichet vis-à-vis de l’Etat. Il s’agit pour les élus locaux de ces territoires d’inventer un contre-modèle de développement, non dépendant du modèle métropolitain. Cela passe par la mise en réseau des élites politiques des territoires concernés, à travers la création d’associations exerçant un lobbying certain, comme ce fut le cas pendant les Trente Glorieuses pour le mouvement de la JAC en Bretagne, qui demeure un modèle de référence de mobilisation d’acteurs locaux pour le renouveau d’un territoire, à l’époque, délaissé. Il s’agirait de créer des structures associatives regroupant des territoires aux problématiques semblables, par exemple les anciennes villes minières, les anciennes villes textiles, les petites sous-préfectures, les cantons de moyenne-montagne… En effet, il convient de créer un véritable « bouillonnement » intellectuel pour permettre d’inventer ce nouveau modèle, à travers des retours d’expérience et la réalisation d’études concernant les territoires qui fonctionnent en France et dans le reste de l’Europe occidentale. En effet, jusqu’ici, peu de travaux concernent ces territoires, l’Etat et les universitaires ne voyant que par (et pour) les métropoles.

¹CHALARD L., DUMONT G.-F. (2011). « L’armature urbaine de l’emploi en France. Un basculement géographique ». Population & Avenir. N°704. Septembre-octobre 2011. Pages 4-7 et 20.

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