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De l'égalité homme-femme à la confusion, il n'y a qu'un pas.
De l'égalité homme-femme à la confusion, il n'y a qu'un pas.
©Reuters

Interdit d'interdire ?

La manière de poser le débat sur l’égalité hommes-femmes pourrait bien avoir ouvert la boîte de Pandore des extrémismes

De l'égalité à la confusion, il n'y a qu'un pas. À force de dire que l’on ne voit pas au nom de quoi on interdirait à tel ou tel groupe social de faire ceci ou cela, on risque d'aller loin. On est déjà loin.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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L’égalité est aujourd’hui une idée à la mode. On ne parle que de cela. Pourtant il semble qu’il y ait un malentendu à ce sujet. Il importe de le dire, il y a une égalité indiscutable. Il s’agit de l’égalité de droit, de l’égalité de traitement comme de l’égalité de dignité. Les êtres humains doivent être égaux devant la loi. Il s’agit là d’un fondement essentiel de la démocratie. Tout comme ils doivent être traités de la même manière et être égaux en dignité.

On assiste toutefois aujourd’hui à une dérive. Trouvant que cela ne va pas assez loin, certains défenseurs de la démocratie trouvent qu’il serait bon de passer de l’égalité de droit à une égalité de nature. Cela s’est vu à l’occasion du mariage pour tous où ; sous prétexte d’égalité, il a été dit qu’un homme et une femme ou deux hommes ou deux femmes "c’est la même chose". Ce qui est faux, ce n’est pas la même chose. Cela se voit également à propos du féminisme où, en Norvège, sous prétexte d’établir une égalité entre hommes et femmes, une école s’est montée dans laquelle il est interdit de différencier les petits garçons des petites filles. Cette nouveauté qui se veut démocratique est révélatrice.

Sous prétexte de non-discrimination, on est en train de passer de l’égalité à la confusion. Ce qui n’est pas la même chose. Ainsi, vouloir rendre les petits garçons et les petites filles interchangeables, ce n’est pas établir l’égalité mais la confusion. Alors qu’il y avait deux sexes, c’est installer à leur place un sexe unique indifférencié. Ce qui n’est pas respecter les sexes. On peut ne pas respecter l’égalité en établissant une inégalité. On peut ne pas respecter l’égalité en établissant une unicité. Certains pensent qu’en établissant confusion et unicité dans l’ordre des sexes on va en finir avec la violence. Il s’agit là d’une erreur grossière. Prenons le rugby féminin dont il est beaucoup question aujourd’hui. Certains médias voient là une grande conquête féministe. Ils rêvent. Quand les femmes font du rugby ou de la boxe que font-elles sinon se soumettre à une logique masculine en faisant des sports de mecs ? Elles étaient différentes en ne faisant ni rugby ni boxe. Voilà qu’en devenant des mecs comme les mecs elles cessent d’être différentes.

Par ailleurs, force est de constater que ce féminisme très masculinisé a ouvert une brèche. Posons qu’au nom de l’égalité on ne voit pas pourquoi on interdirait aux femmes de faire ceci ou cela. Étendons ce principe. À force de dire que l’on ne voit pas au nom de quoi on interdirait à tel ou tel groupe social de faire ceci ou cela on risque d’aller loin. On va déjà loin. Désireux de marquer son passage au pouvoir par des changements sociétaux radicaux, le gouvernement hollande a décidé de changer nos mœurs. Il s’est engagé pour cela dans un campagne de lutte contre les stéréotypes.  Que voit-on ? Arguant qu’on ne voit pas pourquoi les petites filles devraient jouer à la poupée et les petits garçons avec des petites voitures il a décidé de réprimer. Afin d’établir l’égalité il va bientôt y avoir des mots interdits. Cela rappelle des méthodes soviétiques au moment du stalinisme. L’égalité est en train de se transformer en terreur.

Quand on veut hâter les choses afin de les faire bouger, c’est toujours ce qui se passe. Au nom de la démocratie on établit une dictature. Au nom des bonnes intentions on  installe l’enfer. Le féminisme est en train de tourner aujourd’hui à l’absurde. Témoin les trois moments qui le caractérisent. Ayant commencé avec la lutte des suffragettes pour le droit des femmes puis avec l’engagement de Simone de Beauvoir pour la liberté de la femme voilà qu’aujourd’hui il aspire à rejeter la notion même de femme au nom de la liberté des femmes en ne voyant pas au nom de quoi on appellerait une femme une femme.  L’égalité est en train de suivre un chemin semblable. Ayant commencé avec l’égalité de droit avant de passer à l’égalité de traitement et de dignité, trouvant aujourd’hui que ce n’est pas assez, ses défenseurs revendiquent aujourd’hui la confusion. Cette mutation porte un nom : cela s’appelle du suicide.

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