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Les députés ont adopté jeudi 3 juin, en commission spéciale, le projet de loi relatif à la bioéthique.
Les députés ont adopté jeudi 3 juin, en commission spéciale, le projet de loi relatif à la bioéthique.
©THOMAS COEX / AFP

Entre cynisme, hypocrisie et lâcheté

La loi bioéthique, ce révélateur des clivages politiques français qui en dit beaucoup plus que nombre de sondages

Le (quasi) non-débat sur la loi bioéthique à l'Assemblée nationale révèle l'inconsistance du débat politique français.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Un débat à nouveau escamoté à l’Assemblée

Une nouvelle version du projet de loi dite, dans un euphémisme digne d’Orwell ou de Huxley, « bioéthique », vient d’être adoptée en commission à l’Assemblée. Le débat dans l’hémicycle est cadré dans le temps : tout sera expédié en moins d’une journée. En fait, cela fait des mois que la majorité gouvernementale plaide pour que l’on avance un peu plus vers le « meilleur des mondes » : PMA sans motif médical et fondée sur de simples convenances personnelles (boulevard ouvert à l’eugénisme et à la marchandisation du corps de la femme par la GPA), négation complète du droit inaliénable de l’enfant à avoir un père qui soit un homme et une mère qui soit une femme, reconnaissance par la loi des expérimentations scientifiques les plus hasardeuses fondées sur le mélange entre des organismes animaux et humains. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que le souvenir de la barbarie nazie était encore proche, on aurait poussé des cris d’horreur devant un projet de ce type porté par le gouvernement d’un pays démocratique. Malheureusement le « devoir de mémoire » ne survit pas aux rescapés des camps de l’horreur. L’invocation du régime le plus barbare de l’histoire humaine, comme repoussoir, est devenue aujourd’hui une formule sans effet dans une société médiatique qui voit de « l’extrême-droite » partout sauf là où elle est vraiment (si par « extrême-droite » on veut dire « retour du nazisme»), à savoir dans un projet de loi qui aurait pu être voté dans une Europe nazie devenue avec le temps qui passait plus hédoniste et individualiste. 

Tous ces arguments qui ne sont pas utilisés

Mais plaçons-nous dans le présent. Argumentons à partir des forces en présence. Pour quelques députés LR qui font leur travail et qui se battent encore pour la civilisation, Patrick Hetzel en tête, combien sont absents ? Alors que les Français la perçoivent comme l’Opposante à Emmanuel Macron, Marine Le Pen est totalement absente de ce débat. L’une des questions de l’année 2022 est de savoir si la rentière du populisme pourra indéfiniment continuer à ne rien dire sur les questions de civilisation. Et la gauche dite socialiste ? Ou celle qui s’auto-désigne par une auto-dérision inconsciente « insoumise » ? Evidemment ces courants politiques tiennent du progressisme délétère dans lequel s’enracinent toutes les variantes du « meilleur des mondes » ; cependant on aurait pu imaginer qu’ils soient sensibles à ce que le projet proposé soit un projet de « riches ». Et les écologistes ? Eux qui invoquent à temps et à contretemps le principe de précaution ? Il y a une vingtaine d’années, les Verts allemands votaient contre les projets d’expérimentation sur l’embryon. Il est vrai que l’on est aujourd’hui dans un monde tellement paniqué par une épidémie de basse intensité que l’on développe à la va-vite des vaccins dont 90% utilisent dans leur fabrication des cellules prélevées sur des bébés avortés. Nous vivons dans une France où les philosophes qui enseignent encore l’existence de lois non-écrites gravées au fond de la conscience, où les théologiens qui enseignent encore la loi naturelle sont devenus rares. Nous vivons dans une France où la pratique religieuse catholique est devenue résiduelle et où la vieille morale républicaine, qui était essentiellement le culte de la vertu héritée des Anciens, n’a même pas trouvé de musée car ce n’est plus ce qu’on subventionne. 

L’oeil du cyclone

L’apesanteur dans laquelle est discuté un projet de loi qui ne relève pas de la « bioéthique » mais bien plutôt de cette « culture de mort » que le pape Jean-Paul II avait vu monter en Occident après la chute du communisme et qu’il a inlassablement dénoncée, cette atmosphère insaisissable est un peu comme l’oeil d’un cyclone. La France qui  sort de très graves secousses sociales lesquelles n’ont été interrompues qua par les confinements, se dirige vers une élection présidentielle à haut risque. La loi bio-éthique y est un (quasi-) non-débat. Mais le fait qu’elle le soit ne présage rien de bond pour une classe politique qui révèle à ce point comme elle détachée du réel. On ne joue pas sans conséquences avec la frontière, infranchissable, entre l’animal et l’humain. On ne se moque pas impunément des droits inaliénables de l’enfant, de la dignité de la femme. On ne nie pas indéfiniment la gravité universelle de la loi morale, qui est la même pour nous que pour l’homme des cavernes, la seule différence étant qu’on fait plus de dégâts si l’on est dépourvu de sens éthique à l’ère quantique qu’à l’âge du silex.  

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