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Les salariés deviennent plus productifs par crainte de la récession afin de protéger leur emploi.
Les salariés deviennent plus productifs par crainte de la récession afin de protéger leur emploi.
©Reuters

La supériorité du bâton sur la carotte

La crise a amélioré la productivité des salariés… mais pas forcément pour de bonnes raisons

Trois économistes américains révèlent dans une étude que les Etats avec le plus fort taux de chômage sont ceux où la productivité des travailleurs a le plus fortement augmenté. Les facteurs sont nombreux et pas uniquement positifs.

Francis Kramarz

Francis Kramarz

Francis Kramarz est économiste, spécialiste des questions d'emploi et du marché du travail.

Professeur à l'école Polytechnique et l'ENSAE, il est également directeur du Centre de recherche en économie et statistique (CREST).

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Atlantico : Dans un article universitaire "Making Do With Less : Working Harder During Recessions" ("Faire autant avec moins : Travailler plus dur pendant les récessions") trois économistes américains trouvent une corrélation entre niveau de récession et niveau de productivité des travailleurs. Comment expliquer cette corrélation ?

Francis Kramarz : Les chercheurs à l'origine de cette étude - qui démontre une corrélation entre niveau de chômage et productivité des travailleurs - sont très sérieux. Il s'agit d'Edward P. Lazear, Kathryn L. Shaw et Christopher Stanton. Leurs résultats ne portent sur l'étude que d'une seule entreprise. Autrement dit, nous ne pouvons pas faire de généralité pour l'ensemble des entreprises.

Il faut souligner que les salariés peuvent devenir plus productifs en période de crise pour deux raisons principales :

 

- Ils deviennent eux-mêmes plus productifs par crainte de la récession afin de protéger leur emploi.

- Les récessions sont marquées par des phases de licenciements et, lorsque celles-ci surviennent, les travailleurs les moins productifs sont les premiers à être remerciés. Mécaniquement, la productivité moyenne des travailleurs d'une entreprise augmente alors que ces derniers ne travaillent pas spécialement plus dur ou mieux. Nous pouvons donc nous retrouver dans une situation où la productivité augmente simplement parce que les moins productifs sont éjectés des statistiques.


Dans les phases de récession, les entreprises sont toutes touchées par la crise. Mais ce sont les moins productives qui disparaissent. Ce phénomène est vrai à chaque récession. Il s'agit d'une logique Schumpeterienne : la récession a du bon parce qu'elle élimine les entreprises les plus fragiles et les moins productives, même si cela est négatif pour les salariés s'ils ne peuvent pas se redéployer sur d'autres entreprises rapidement.

La pression et les contrôles sur les salariés ont-ils tendance à s’accroître en phase de récession ?

Alexander Mas et Enrico Moretti ont démontré dans une de leurs études que parmi les caissiers et caissières, ceux et celles qui se savent surveillés par leurs collègues ou leurs supérieurs ont tendance à être plus productifs. Le regard des autres augmente donc la productivité. La crise a tendance à renforcer les contrôles sur les salariés ce qui tend à augmenter par conséquent la productivité.

De même, certains travaux - notamment ceux de Cédric Afsa et Pierre Biscourp - démontrent que lorsque la France est passée aux 35 heures, le stress et les accidents du travail se sont accrus. Autrement dit, la baisse du temps de travail a été compensée en partie par plus de productivité au détriment de la santé.

Une telle augmentation de la productivité est-elle moins efficace que celle issue d'incitations diverses - comme une promesse de meilleure rémunération ?

Les parts variables des rémunérations ont des effets incertains. Les chefs d'entreprises ont souvent des stocks options et les études ne permettent pas de démontrer qu'ils accroissent leur productivité avec la crise.

Si une partie de votre rémunération dépend du cours de bourse, vous perdez en rémunération. Vous n'allez donc pas travailler plus sachant que l'effet sur votre sur votre fiche de paie sera nul. Cela dépend donc fortement de l'architecture des incitations mises en place.

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