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La Chine importe de plus en plus de riz.
La Chine importe de plus en plus de riz.
©Reuters

Or blanc

La Chine est-elle encore capable de nourrir sa population ?

La Chine importe de plus en plus de riz. Cette situation pour le moins surprenante ne remet pourtant pas en cause la capacité du pays de subvenir à ses besoins.

Michel Fouquin

Michel Fouquin

Michel Fouquin est conseiller au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII) et professeur d'économie du développement à la faculté de sciences sociales et économiques (FASSE).

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Depuis deux ans la Chine importe du riz, ce qui est exceptionnel, et les montants importés sont croissants (2,8 millions de tonnes en 2012 contre 575 mille tonnes en 2011). S’agit-il d’une évolution durable ? La Chine est-elle devenue incapable de nourrir sa  propre population ? On comprend que cela puisse inquiéter les marchés de matières premières qui réagissent fortement à tout changement dans les approvisionnements  de la Chine.

Mais à la différence des ressources naturelles non renouvelables, la production de riz au niveau mondial a encore de forts potentiels de croissance. Et en Chine, compte tenu de son retard et donc des progrès potentiels importants de productivité dans la culture du riz, il ne semble pas que l’on doive craindre une incapacité physique durable de la Chine à produire plus de riz.

Pour la Chine, comme pour le Japon et beaucoup d’autres pays d’Asie, le riz et la riziculture sont au cœur de leur civilisation  et de leur société. Le Japon pousse la défense de son riz jusqu’à imposer un tarif de 400% pour bloquer toute importation de riz étranger et lorsque l’OMC lui impose un quota minimal d’importation, il s’en sert pour le renvoyer à l’étranger au titre de l’aide internationale. Le prix intérieur du riz est, de même, au moins quatre fois supérieur à celui du prix du marché mondial. C’est l’Etat qui paye la différence

Depuis peu le prix du riz en Chine est lui aussi devenu supérieur de plus de 50% aux prix à l’exportation du riz vietnamien. Qu’elle en est la raison ? Le prix du riz en Chine, pas plus qu’au Japon, n’est un prix de marché mais un prix fixé par les autorités.

En fait le prix du riz est d’abord un enjeu social. Depuis la formidable croissance de l’économie chinoise ces 20 dernières années les inégalités entre ville et campagne ont fait un bond. Tandis que les citadins parvenaient à améliorer substantiellement leur niveau de vie, le revenu des paysans  -qui représentent encore un peu moins de la moitié de la population chinoise- a eu  tendance à stagner. De pays très égalitaire sous Mao,  la Chine est devenue l’un des pays les plus inégalitaires de la planète. La raison tient pour une grande part à la faible productivité des agriculteurs qui ont souvent des champs réduits et donc peu mécanisés, situation à la quelle les autorités n’ont pas voulu porter remède. De plus lorsque les villes s’agrandissent les paysans sont expulsés avec de faibles indemnités, car ils ne sont pas les propriétaires du sol,  ce qui les met en colère. On a ainsi vu l’année dernière tout un village du Sud de la Chine entrer en rébellion ouverte contre les autorités locales.

Face à ce risque d’explosion sociale, on peut soit envisager une restructuration à haut risque des champs chinois, soit soutenir les cours du riz. C’est cette deuxième solution qui a été adoptée ce qui a eu pour effet d’accroitre les achats publics de riz tandis que des importateurs se sont précipités pour acheter du riz vietnamien, 50% moins cher, pour le revendre à bon prix ensuite sur le marché intérieur chinois. A la différence du Japon la Chine en adhérant à l’OMC a du faire des concessions majeures en termes de tarifs douaniers, notamment  sur les produits agricoles, tarifs qui ne dépassent plus 15% de la valeur des produits taxés.

La Chine n’invente rien dans ce domaine, il y a quelques années de cela, la Thaïlande qui était le premier pays exportateur de riz, a perdu sa place en 2012 au profit de l’Inde et du Vietnam. Qu’elle en est la cause ? Le gouvernement thaïlandais faisait face à un problème redoutable : alors que les progrès économiques du pays permettait de le classer parmi les tigres de l’Asie du Sud Est, ces progrès ne profitaient pas à la paysannerie qui constitue encore une large part de la population du pays. Là encore le risque social était majeur et le gouvernement populiste décida d’acheter la récolte de riz à un prix très élevé, là aussi il s’agit d’une prime de 50%, quitte à le revendre à perte à l’exportation. On conçoit que ce genre de politique atteint très rapidement ses limites pour les budgets de l’Etat. 

Ainsi le problème central posé par les importations de riz n’est pas la capacité de la Chine à s’auto-suffire en riz. Le problème est celui du revenu paysan dans ces pays : les solutions de long terme sont l’exode rural (mais la Chine a peur de ne pas contrôler ce mouvement), la privatisation du sol au profit de ceux qui le cultivent et la concentration de la propriété, et l'introduction des nouvelles semences plus prolifiques. Le modèle de la PAC, qui a permis entre autres d’accroître la productivité agricole, de réduire la population des agriculteurs et d’améliorer leur formation et leur rémunération pourrait encore servir.

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