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Le projet de loi Taubira, ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, a été adopté le 23 avril 2013.
Le projet de loi Taubira, ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, a été adopté le 23 avril 2013.
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L'UMP face à la question de l'abrogation de la loi Taubira : Thierry Solère et Philippe Gosselin, deux sensibilités mais une même volonté de clarification

Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 45% des sympathisants de l'UMP se disent proches des idées de la Manif pour tous. Au sein du parti, des personnalités demandent l'abrogation de la loi Taubira, et d'autres estiment qu'il sera impossible de revenir sur le mariage homosexuel.

Thierry Solère

Thierry Solère

Thierry Solère est député LR de la 9ᵉ circonscription des Hauts-de-Seine

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Philippe Gosselin

Philippe Gosselin

Philippe Gosselin est député LR de la 1ère circonscription de la Manche et ancien maire de Remilly-sur-Lozon.

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Atlantico : Selon un sondage Ifop pour Atlantico publié hier, 31% des Français et 45% des sympathisants de l'UMP se disent proches des idées de la Manif pour tous. Ces résultats vous étonnent-ils ?

Thierry Solère : Ce pourcentage ne m’étonne pas, car je pense que l’essentiel de l’électorat de droite a mal vécu le débat sur la loi Taubira. Ca ne veut pas dire qu’il y a aujourd’hui une majorité qui veut revenir en arrière, mais cette loi a été vivement ressentie dans cet électorat, qui considère que ça aurait pu être fait différemment. Mais n’oublions pas que les évolutions sociologiques se font parfois avec des grincements de dents.

Au fond, mon regret est que si la droite avait fait ce qu’elle avait promis, on n’en serait pas là ; et la gauche a aussi fait de la politique sur le sujet pour essayer de cliver la société française. Je fais donc partie des modérés sur ce texte : c’est un droit acquis aujourd’hui et la société française a besoin de rassemblement plutôt que de rajouter des problèmes.

Mais il y a toujours le sujet de la GPA, que la Manif pour tous met aujourd’hui en avant, qui est largement partagé. Ca ne me parait pas être le même clivage, et là je pense que même si c’est très compliqué, il faut avoir une réponse juridique à cela – surtout depuis la condamnation par la Cour européenne des droits de l’Homme.  

A lire aussi : Le défi Manif pour Tous : 31% des Français - et 45% des sympathisants de droite - se sentent proches de ses valeurs

Philippe Gosselin : Ca ne m'étonne pas, car on n’est pas loin d’un électeur sur 2 pour qui toutes ces questions de société ont de l’importance. C’est ce que je ressens autour de moi quand on m’en parle. Autrement dit, ce n’est pas l’unanimité, loin s’en faut, mais désormais – et je l’ai toujours dit depuis deux ans – toutes les questions abordées par la Manif, liées d’abord au mariage, puis aujourd’hui à la PMA et la GPA, sont importantes pour un courant à droite qui n’est pas du tout du « fascisme en Loden » et qui a envie que l’opposition, l’UMP, s’intéresse à ces questions. Ca me va très bien, car je n’ai pas envie qu’on mette le couvercle sur ces questions. Il faudra, dans l’optique de 2017, qu’on ait des éléments à proposer qui ne feront peut-être pas l’unanimité mais qui montreront qu’on a réfléchi à ces questions-là, qu’on ne les a pas seulement laissées à la gauche.

C’est très intéressant d’avoir 45% d’intéressés. C’est un pourcentage qu’on aurait jamais eu il y a quelques mois ou il y a deux ans. Je pense qu’involontairement, la gauche nous a fait un joli cadeau. Elle a permis à la droite de se réinterroger sur des questions qu’elle avait un peu mises de côté, considérant que ce n’était pas la priorité. Il est vrai que la première préoccupation des gens reste l’emploi et la crise, mais le débat sur le mariage pour tous a été une sorte de catalyse, de révélateur. Ca veut dire qu’on a une droite parlementaire qui pourra, avec sans doute un peu de temps et d’effort, avoir une colonne vertébrale qui pourra se structurer autour de cette question.

Etant donné ces pourcentages, l'UMP doit-elle proposer ou non une abrogation de la loi Taubira ?

Thierry Solère : Je sais qu’on ne le fera pas, car quand il y a un droit acquis dans la société française, je ne vois pas un prochain gouvernement revenir dessus.
Je pense que la droite va donc se focaliser sur des sujets éthiques, comme la GPA, mais je ne crois pas à la réécriture de la loi Taubira.

Il y a deux droites : celle qui va courir après la Manif pour Tous – alors qu’au fond la Manif pour Tous pourrait en vouloir à la droite, qui n’avait pas fait l’union civile – mais je connais aussi plein de gens qui n’ont rien contre que les couples homosexuels aient les mêmes droits que les couples hétérosexuels. Au nom de quoi, notamment sur un plan fiscal, y aurait-il des différences entre les couples ? J’ai du mal à voir un argument là-dessus.

Philippe Gosselin : Il y a pour toutes ces questions de société un effet de criquet : on revient rarement en arrière. On n’est pas revenus sur la loi Neuwirth, sur la majorité à 18 ans, sur la loi IVG, etc. Maintenant, si juridiquement on a les moyens d’abroger, pourquoi pas.

Au minimum, il faudra une réécriture pour tout ce qui concerne l’adoption et la filiation au sens large. Là, on est vraiment dans un engrenage très dangereux qu’on avait d’ailleurs mis en avant il y a 18 mois. On a une reconnaissance de la PMA, qui est très indirecte mais pernicieuse et quand même bien là, avec l’avis de la Cour de cassation. On a deux arrêts de la CEDH qui font que les digues tombent. Du reste, quand Manuel Valls explique vendredi à la Croix que ça ne sera pas systématique, je me rejouis de la volonté d’apaisement, mais je lui souhaite bon courage pour trouver juridiquement quels critères vont faire que parfois ça va être oui et parfois non.

Si juridiquement on peut abroger, il faudra abroger. Mais ça impliquera des éléments de substitution : il faudra qu’il y ait au moins la proposition d’une union civile. On est en 2014, on peut donc parfaitement comprendre que des couples de même sexe aient des soucis de protection du conjoint, etc. Le terme de mariage me gêne, mais le plus difficile dans tout ça, c’est bien l’adoption et la filiation. Et si on veut sortir de tout ça par le haut et prôner un referendum, et bien pourquoi pas !

Malgré la réalité d'une droite clivée sur cette question, quel discours il convient de tenir vis-à-vie des partisans de la Manif pour tous ? Comment gérer la ligne de fracture ?

Thierry Solère : 45% de proches, ça ne m’étonne pas. Proches, pourquoi ? Parce qu’ils ont notamment été outrés de la manière dans ils ont été piétinés. Le président de la République n’a même pas reçu les militants de la Manif pour Tous ou les représentants de cette pensée-là.

Le discours de la droite à tenir ? Je suis assez proche de Bruno Le Maire et je trouve que son discours est assez clair. Il s’était abstenu à l’occasion du vote sur le texte, avec un raisonnement qui était proche du mien. Il considère qu’il n’y aura pas de réécriture sur le plan du mariage, mais que le sujet est la PMA et la GPA.

Aujourd’hui, la ligne majoritaire ne me semble pas être celle qui dit qu’on réécrira le texte, mais sur ce sujet comme sur d’autres, à l’occasion de la primaire de 2016 que les différents candidats feront leurs propositions.

Philippe Gosselin : Je crois que dans tous les cas, ceux qui seront en sollicitation de responsabilité devront avoir des positions claires. Peut-être, pour certains, dire qu’il n’y aura pas d’abrogation et pour d’autres dire qu’il y en aura une. Mais il faut des positions claires et pas un flou, des « peut-être » qui traîneront des mois et des mois. En étant pas clair, on ne convaincra pas ceux qui sont contre et on n’attirera pas ceux qui sont pour. On sera perdu sur tous les tableaux. Je crois qu’il faut, à un moment donné, des convictions. Si on peut juridiquement abroger, le dire et dire qu’on mettra en place une union civile.

Je crois aussi qu’on pourrait prendre la tête d’un mouvement international de prohibition des mères porteuses. On a des moyens d’action qui pourraient satisfaire le plus grand nombre de gens de la Manif pour tous, de chez nous, de droite et plus largement encore. Je rappelle que 10 députés ont fait un courrier la semaine dernière et qu’on est aujourd’hui sans doute plus proche sur ces sujets là que des oppositions comme on a pu les connaitre il y a deux ans.

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