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Angela Merkel Allemagne restrictions sanitaires crise économique Covid-19 pandémie Berlin
©HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP

Gestion de la crise sanitaire

L'opinion allemande pourrait-elle encore se retourner contre Angela Merkel du fait du confinement partiel ?

Angela Merkel a décidé de prolonger jusqu’au 7 mars la plupart des restrictions en place pour tenter d’endiguer l’épidémie de Covid-19 en Allemagne. Les commerces non alimentaires, les restaurants, les cafés, les musées et les équipements sportifs resteront fermés. Des mesures strictes sont appliquées aux frontières également. Edouard Husson décrypte et analyse les choix d'Angela Merkel et des autorités allemandes face à la crise sanitaire.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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L'hélicoptère de la police berlinoise

La vidéo circule sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. C'était la fin de semaine dernière à Berlin. Des familles profitaient de la joie d'un lac gelé. Soudain un hélicoptère de la police surgit pour troubler la bonne humeur et disperser les familles qui s'amusaient sur la glace. Au nom de la lutte contre le Coronavirus. Comme l'ont fait remarquer de nombreux observateurs, l'intervention de la police était extrêmement dangereuse par elle-même: le pilote de l'hélicoptère n'avait aucune idée sur la résistance réelle de la glace sous l'impact de vibrations déclenchées par l'hélice. Heureusement, tout s'est bien terminé pour les occupants du lac mais, comme le disent les réseaux sociaux, la liberté en a pris un coup, une fois de plus, du fait des restrictions imposées au nom de la lutte contre le Coronavirus. 

Le mirage du modèle allemand? 

Au printemps dernier, beaucoup avaient loué la politique allemande, par comparaison avec la France. Plus de décentralisation, moins d'ingérence du gouvernement central dans les décisions locales, aucune atteinte à la liberté de prescription des médecins, une belle mobilisation de la société civile et de l'industrie pour mobiliser les ressources nécessaires à la lutte contre la maladie et un confinement seulement limité quand la France était en confinement complet. En fait, la réalité était un peu moins belle à voir que ce que l'on percevait à l'époque: aujourd'hui, nombreuses sont les voix en Allemagne qui critiquent les mesures centrales prises à l'époque. Le fameux test PCR, mis au point par le Professeur Christian Drosten, qui était aussi le conseiller médical officieux de la Chancelière, apparaît, avec le recul du temps, peu fiable à un nombre croissant de médecins. Il y a une dizaine de jours, "Die Welt", journal conservateur, a révélé une partie des pressions exercées par le Ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, au Robert Koch Institut et à d'autres instituts scientifiques, pour fonder leurs recommandations sur les projections les plus pessimistes en matière de diffusion de l'épidémie. Et ce qui frappe beaucoup d'Allemands, c'est le fait que les mesures mises en place ces dernières semaines soient plus contraignantes et dangereuses pour l'économie - sans être forcément efficaces dans la lutte contre l'épidémie. Même si le bilan n'est pas aussi catastrophique que pour la France, en 2020 (récession de 12%), la récession allemande est de 5%. cela n'était pas arrivé depuis la crise de 2008-2009. 

Quand resurgit la tentation autoritaire

En fait, plus le temps avance, plus on voit surgir une double réaction en Allemagne. D'une part, il est indéniable qu'un fonds autoritaire, qui fait partie de la culture politique et que la défaite de 1945 puis la révolution culturelle des années 1960 avaient largement atténuées, est en train de resurgir. Au fond, Madame Merkel en était porteuse - sans doute parce que la RDA n'a pas fait le même travail sur le passé nazi que la RFA - et elle l'avait montrée lors de décisions unilatérales comme la sortie du nucléaire (en 2011) ou l'ouverture totale des frontières aux migrants (à l'automne 2015). Mais elle n'est pas seule: la classe politique bavaroise se montre étonnamment désireuse d'imposer des règles dures à la population: nous citions à l'instant le Ministre de l'Intérieur Horst Seehofer; son compère bavarois, le Ministre-Président Söder, n'est pas en reste puisqu'il cherche à s'affirmer comme le plus sérieux dans l'imposition de mesures qui tiennent du confinement. Et il espère, grâce à cela, apparaître comme le meilleur candidat de la CDU/CSU pour le poste de chancelier. Son rival Armin Laschet, qui vient d'être élu président de la CDU, est plus indécis: il subit les mesures imposées, par exemple, la fermeture des écoles, sans se résoudre à emprunter carrément la ligne opposée et faire appel au sens de la liberté de ses compatriotes. Quelle tendance va-t-elle l'emporter? Le règlement très dure de Saxe, qui prévoit d'enfermer en établissement médical ceux qui ne respectent pas la quarantaine quand ils ont été testés positifs? Ou bien les appels à la désobéissance civile du maire de Rostock? Car l'Allemagne, c'est aussi - depuis toujours - un fort désir d'autonomie, de libertés locales. Pour voir quelle tendance va l'emporter, il suffira de regarder dans les mois qui viennent si la popularité de Madame Merkel résiste, malgré le fait qu'elle soit désormais clairement rangée du côté des plus durs. 

Le recul du parlement 

En fait, plus le temps passe, plus l'on observe que l'Allemagne est atteinte du même mal politique que la France. Le Bundestag est de moins en moins consulté. Quand il l'est, les partis d'opposition font peu entendre leur voix - sauf l'AfD, qui se retrouve, contre sa réputation, en défenseur des libertés. Le plus décevant est le président du parti libéral (FDP), Christian Lindner, qui devrait jouer son rôle de défenseur des libertés. Lors du dernier débat au Bundestag, il s'est contenté de demander pourquoi les coiffeurs auraient le droit de rouvrir le 1er mars et non les restaurateurs. Il n'a pas pensé à demander pourquoi Madame Merkel et les présidents des Länder avaient arbitrairement changé les critères de mesure de la gravité de l'épidémie lors de la dernière conférence fédérale, en baissant le seuil d'alerte de 50 nouveaux cas pour 100 000 habitants à 35. Le traitement politique de la crise du Coronavirus est mauvais pour nos démocraties et nos libertés fondamentales. Et l'Allemagne ne semble plus être, à la différence du printemps dernier, un modèle pour la France. 

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