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Margrethe Vestager et le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton assistent à une conférence de presse au siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 15 décembre 2020.
Margrethe Vestager et le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton assistent à une conférence de presse au siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 15 décembre 2020.
©Olivier Matthys / POOL / AFP

Démondialisation

L’Europe : vers le protectionnisme ?

Le droit de la concurrence européen et la politique environnementale européenne témoignent d'une forme de renfermement de l'UE.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Les grandes crises sont, dit-on, de grands moments de basculement. Ce sont surtout des moments d’accélération de tendances bien présentes. Parmi les exemples le plus récents de telles accélérations, citons la digitalisation. Avec la crise du Covid, la place du numérique s’est en effet considérablement accrue (télétravail, enseignement à distance).

Il est une autre évolution qui trouve au travers des évènements géopolitiques récents un relais puissant : la démondialisation. Ce mouvement, que l’on pourrait caractériser de manière simple comme l’arrêt et l’inversion du mécanisme d’unification des réseaux d’échanges de biens, services, personnes à l’échelle de la planète, est désormais largement admis. Pour l’Union européenne (UE), bâtie sur le « doux commerce », il constitue un défi, car il charrie le retour à une forme de protectionnisme.

Disons-le clairement : il n’est pas ici question de juger un tel mouvement. Certains diraient qu’en commençant à se protéger, l’UE sort du rôle qu’elle a trop longtemps endossé d’« idiot utile du village planétaire ». D’autres, au contraire, s’inquièteraient que l’UE, traditionnellement ouverte, renonce à ses valeurs. Plutôt que juger, essayons de jauger. Deux exemples attestent bien d’une forme de renfermement de l’UE.

Premier exemple : le droit de la concurrence européen. Ce droit, mis en œuvre par la Commission européenne, par principe, ne prend pas en compte la nationalité des entreprises. C’est l’un des reproches que ses détracteurs lui adressent, à commencer par la France. Depuis plusieurs années, la France a en effet fait du combat contre les grandes entreprises américaines du numérique son cheval de bataille. La « taxe GAFAM » en a été l’une des manifestations les plus médiatiques. C’est assez logiquement elle qui a porté ce combat au niveau européen, en l’habillant des atours nouveaux du concept de « souveraineté européenne » - façon élégante de ne pas dire « protectionnisme » - face à des États-membres plutôt rétifs au départ. C’était aussi un moyen pour la France de trouver un – rare – domaine d’accord avec l’Allemagne, tout en caressant l’anti-américanisme de beaucoup de français. Logiquement, l’on a assisté à une inflexion du droit européen de la concurrence. Il ne suffisait pas que les affaires ouvertes contre ces entreprises se multiplient ; avec le Digital Market Acts, c’est un super droit de la concurrence dirigé contre les géants américains qui entrera bientôt en vigueur. Si la Commission se défend de tout biais, une telle évolution, correspond bien à une forme de protectionnisme. Protectionnisme que Barack Obama stigmatisait dès février 2015 par ces mots : « Nous avons possédé Internet. Nos entreprises l’ont créé, développé et amélioré de telle manière que l’Europe ne puisse pas lutter. Ce qui est décrit comme des prises de position nobles est en fait juste une manière de placer leurs intérêts commerciaux. »

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Deuxième exemple : la politique environnementale européenne. L’UE, très avance sur le reste du monde a mis la question de l’environnement au frontispice de ses actions, en particulier au travers du Green Deal. Mais là encore, point de naïveté. L’UE n’oublie pas non plus de faire de la politique. Prenons l’exemple de l’huile de palme, stigmatisée par l’UE car jugée – ceci est d’ailleurs contesté – responsable de la déforestation. Le combat que l’UE mène contre cette substance, qui pourrait d’ailleurs connaître des évolutions alors qu’au Royaume-Uni le distributeur alimentaire Iceland a décidé d’y recourir à nouveau, est aussi un moyen de protéger ses propres producteurs d’huiles alternatives (colza, olive, tournesol). C’est bien le reproche que les pays producteurs d’Asie du Sud Est formulent, prêts, semble-t-il à porter la question devant l’OMC et à confronter les européens à certaines de leurs contradictions.

En économie, la règle de Tinbergen assigne un instrument à chaque but recherché. C’est oublier que derrière chaque politique économique, des objectifs autres que ceux mis en avant existent. L’UE n’y échappe pas, qui sait parer des tendances protectionnistes d’atours environnementaux ou de libre concurrence plus flatteurs.

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