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L’étude qui montre à quel point la surconsommation d’alcool impacte l’espérance de vie (et pourquoi l’obsession pour les seuils est contre-productive)
©FRED DUFOUR / AFP

Le verre de trop

L’étude qui montre à quel point la surconsommation d’alcool impacte l’espérance de vie (et pourquoi l’obsession pour les seuils est contre-productive)

Une récente étude, publiée par la revue britannique The Lancet vendredi 13 avril, analyse l'impact de la consommation d'alcool sur notre espérance de vie. Un seuil hebdomadaire a été fixé par les épidémiologistes pour rester en bonne santé.

Fatma Bouvet de la Maisonneuve

Fatma Bouvet de la Maisonneuve

Le Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve est psychiatre addictologue à l'hôpital Sainte-Anne, présidente de Addict’elles (www.addictelles.com), auteure de "Les femmes face à l’alcool. Résister et s’en sortir" aux Ed Odile Jacob .

 

 

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Atlantico : Les scientifiques ont établi un seuil de 100g d'alcool par semaine en dessous duquel boire ne représente pas un danger exagéré pour notre santé et notre espérance de vie. Comment les auteurs de l'étude sont-ils parvenus à ces conclusions ? 

Fatma Bouvet de la Maisonneuve : Les chercheurs ont étudié  600 000  buveurs, sans antécédents de maladies cardiovasculaires  pris sur  83 études médicales  dans 19 pays différents. Ils ont évalué l’espérance de vie au-delà de cette consommation  qui  correspond à 10 verres « standard ». Les auteurs  ont calculé qu’un buveur régulier de 40 ans, à cette dose perdait deux ans de durée de vie. Et à plus de dix verres par semaine, on perd 15 mn de vie par verre. Cette étude montre que l’espérance de vie diminue dès que l’on augmente sa consommation, et cela de façon très rapide. Elle montre une fois de plus que l’alcool ne doit pas être consommé comme un produit anodin, ni commercialisé comme tel. 

Ce seuil vous paraît-il cohérent ?

Le nombre de verres par jour ou par semaine a toujours été l’objet d’études et/ ou de recommandations et il varie comme on le voit ici, selon les pays et selon les paramètres étudiés. En revanche, ce que montre cette étude c’est ce que nous tentons, nous, psychiatres et addictologues,  de dire depuis des années c’est que la consommation d’alcool est dangereuse pour la santé. Cette étude tombe à pic car elle nous donne raison dans le débat qui nous anime actuellement après des déclarations récentes qui banalisent un produit qui tue en France 49000 personnes. Nous sommes pour la prise de conscience du danger que représente ce  produit sans être pour sa prohibition. Il est essentiel, aujourd’hui, alors que la science avance, comme à travers cette étude,  de  faire de la pédagogie en même temps que de la prévention  et d'expliquer qu’il s’agit d’une maladie et non d’un passage à vide qui peut se rétablir par la simple volonté. C’est une maladie que l’on connait et que l’on sait prendre en charge. La précocité  et la durée de la consommation comptent pour établir un pronostic. D’où la nécessité de mettre en exergue ce types de résultats et de travailler à la prévention.

Pourquoi une consommation régulière d'alcool réduit notre espérance de vie ? Quels sont les risques sur notre santé ?

La maladie alcoolique et les complications qui en découlent sont complexes et très lourdes car c’est une maladie grave et chronique. Les conséquences sont directes. Elles sont somatiques  hépatiques,   pancréatiques, œsophagiennes, gastriques, pancréatiques, digestives en général, neurologiques, cardiovasculaires. Les cancers digestifs et du sein sont évoqués.  Les accidents de la voie publique.  Les complications psychiatriques sont extrêmement lourdes et la psychiatre que je suis doit insister sur la nécessité de les rechercher systématiquement lors de l’examen clinique : dépression, troubles anxieux, troubles de la personnalité, antécédents de tentatives de suicides. La consommation d’alcool est souvent accompagnée de troubles mentaux et le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire rendu public en octobre 2017 est édifiant à cet égard car il mesure le nombre d’années de vie perdues lorsque l’alcool est associé avec un trouble psychique, ce qui est souvent le cas. La santé c’est aussi la santé sociale, familiale et professionnelle. La maladie alcoolique a des effets  indirects également   dans le sens où les alcoolisations peuvent isoler, entrainer des troubles du comportement ou du caractère qui entravent les relations  avec les autres : familles, collègues, amis... L’alcool est un produit dépressogène, alors, ceux qui en souffrent peuvent devenir  incuriques, ne se soignent plus et en cela aussi la répercussion sur la santé est grave, car certains troubles peuvent évoluer à bas bruit sans que la personne ne s’en soucie en ne consultant pas son médecin. 

Il doit nécessairement y avoir des différences et inégalités face à l'alcool. La problématique se pose-t-elle de la même façon, par exemple, selon qu'on soit un homme ou une femme ?

Effectivement tout le monde ne développe pas une maladie alcoolique et c’est là que réside le malentendu lors des récents débats lorsque nous avons attiré l’attention sur le laxisme en termes de politique de prévention contre l’alcool. Il existe des facteurs de risques qui permettent d’évaluer les dangers pour un individu. Chez les femmes, les conséquences sont plus rapides et plus graves. Elles touchent assez rapidement à toutes les sphères de la vie des femmes, ce qui nécessite que l’on prenne en charge cette question d’un point de vue global, tout comme pour les hommes, l’aspect culturel et discriminant en plus. Je tiens à souligner ici la contradiction qui consiste à tenir compte des violences faites aux femmes et d’en faire une priorité du quinquennat, à juste titre.  Mais je vois une contradiction flagrante lorsque  par ailleurs, l’on néglige leur santé en permettant aux alcooliers ce boulevard promotionnel qui  est destiné aux femmes. La première des conséquences des violences subies par les femmes c’est l’addiction souvent à l’alcool et/ ou médicaments. Il faut aussi retenir que les femmes qui boivent sont souvent victimes de violences de tous genres et ne sont pas prises au sérieux lorsqu’elles portent plainte car, supposées en état d’ivresse, elles ne seraient plus capables de discernement. Les publicités ciblent en particulier les jeunes et les femmes. Des études de marché ont abouti à ce slogan «  La femmes est l’avenir du vin ». Voilà un exemple flagrant où l’on ne considère un problème qu’à travers un seul prisme sans relever cette contradiction inacceptable. 

C’est la raison pour laquelle, il est important de mentionner à la suite de cette nième étude sur les dangers de l’alcool, que si d’autres pays ont pris conscience de cela,  nous sommes en retard et laxistes sur l’aspect préventif. Ce sont des données qui doivent être rajoutées aux précédentes, aux témoignages des patients, des familles et aux propos des experts pour convaincre l’opinion publique jusqu’au plus haut sommet de l’état. 

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