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L’étude qui dérange : être riche rend-il plus intelligent ?
L’étude qui dérange : être riche rend-il plus intelligent ?
©Flickr/IsaacMao

Le pouvoir de l'argent

L’étude qui dérange : être riche rend-il plus intelligent ?

Le journal Neuroscience publie une étude qui affirme que l’argent pourrait aussi acheter l’intelligence : les enfants dont les parents sont riches ne jouiraient pas seulement d'un accès à une meilleure éducation et des vacances plus exotiques, mais auraient effectivement un cerveau plus gros. Comment comprendre le développement du cerveau sous l’éclairage monétaire ?

Alain  Lieury

Alain Lieury

Alain Lieury était professeur émérite de Psychologie Cognitive à l’Université Rennes 2 et ancien directeur du Laboratoire de Psychologie expérimentale. Il a publié une centaine d’articles scientifiques et de vulgarisation sur la Mémoire. Il a publié une vingtaine de livres dont certains traduits en une douzaine de langues (espagnol, italien, brésilien, grec, russe…). Sa dernière publication est le Livre de la Mémoire (Dunod, 2013). Il est décédé le 1er mai 2015.

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Atlantico: Une étude publiée par le journal Neuroscience montre que la situation financière des parents auraient un impact sur le développement du cerveau des enfants et donc sur leur réussite scolaire. Les chercheurs estiment même que l’origine sociale et l’éducation des parents ont moins d’influence que la situation financière dans laquelle ils se trouvent. Quelles sont effectivement les zones du cerveau qui apparaissent plus développées ? 

Alain Lieury: C'est un vieux résultat qui date de plusieurs dizaine d’années, mais qui a pour originalité aujourd'hui de n'être vue que sous un angle financier.  L’intelligence est pour partie déterminée par les gènes, et d’autre part par l’environnement. Quand les parents ont un patrimoine génétique plus élevé, ils ont en général un diplôme plus élevé, qui les amène à avoir un meilleur salaire et donc de meilleures dispositions financières, grâce auxquelles ils vont pouvoir envoyer leurs enfants dans des écoles bilingues, ou fournir des cours supplémentaires...Tout ces à côtés éducatifs sont facteur d'un développement accentué du cerveau par une stimulation plus efficace. Le cerveau et les facultés intellectuelles se développent par l'apprentissage et la répétition: si un enfant à l'occasion d'apprendre à l'école puis chez lui une leçon, alors les neurones liés à cet apprentissage vont se renforcer, les filaments se multiplier et donc l'intelligence va être accrue.

De plus, une meilleure situation financière donne un meilleur accès au soin, mais aussi à la nourriture. Si les études sur l'effet de l'alimentation sont peu nombreuses, il a été clairement établi que les protéines sont indispensables dans la construction et le développement du cerveau: une étude réalisée au Guatemala ou des enfants exposés à différentes doses de protéines ont été suivi l'a clairement prouvé. Or la viande, le poisson coûtent cher, et ne sont pas accessibles en quantité égale pour toutes les familles. De plus, on a aussi remarquer qu'au Minesota, la consommation de poisson qui ont été exposés à des émissions de métaux lourds avaient répercuté un retard neurologique chez les enfants consommateurs.

Par ailleurs, Marc Rosenzweig a publié une recherche effectuée sur le développement du cerveau chez les rats : deux groupes de rats ont été mis, les uns dans des cages richement agrémentés de jeux, couleurs, stimulations sensorielles, etc, et les autres dans un environnement très pauvre. Après trois mois, on a constaté que les premiers avaient un développement du cortex plus élevé, plus de ramifications neuronales et plus de réaction chimique entre les neurones, donc une meilleure communication neuronales. C'est donc un cerveau mieux développer qui a pu se former grâce à des stimulants extérieurs. Chez les enfants aussi, l'accès aux jeux, aux stimulation, à l'éveil possible par un environnement aisé est possible.

Et pour terminer, il apparaît dans cette étude qu'un enfant qui n'est pas soumis au stress de ses parents à cause de contraintes financières auraient un développement intellectuel plus structuré et serein, ce qui lui permet de développer des compétences organisationnelles, ou de projection dans l'avenir meilleures.

<--pagebreak-->Cependant, il ne faut pas oublier l'importance du milieu culturel: une étude montre que les émigrés asiatiques aux Etats-Unis ou en France ont tendance à ratrapper leur retard académique au bout d'une ou deux générations, et ce malgré l'obstacle de la langue et des conditions économiques précaires. En effet en Asie l'importance consacrée aux études est primordiale et les enfants sont poussés dès leur plus jeune âge à étudier énormément. Donc, il n'y a pas de fatalité, et on n'est pas totalement prédéterminé par l'environnement financier dans lequel on a évolué.

Est-ce que c’est parce qu’on a un cerveau plus gros qu’on est plus intelligent ? Ou bien est-ce que cela laisse plus de chance à l’intelligence de se développer ?

C'est une question complexe: il est bien connu qu'Einstein avait un cerveau moins lourd que la moyenne et pourtant ! En réalité, plus que la taille, c'est la qualité du matériel qui entre en jeu, et les connexions qui se font au sein du cerveau qui sont primordiales : prenons l'exemple d'une forêt, elle sera inutilisable si aucune route ne la traverse, mais au contraire bien exploitable si elle est traversée de plusieurs routes. Or la stimulation crée des neurotransmetteurs, hormones et enzymes. Einstein avait une zone d'appréhension de l'espace plus grande que la moyenne, et ce au détriment de la zone consacrée au langage, mais il a pu compenser cette dernière par l'expérience.

Donc plus que la taille du cerveau, la qualité, la vitesse de réaction des neurones et la multiplication des ramifications neuronales sont en jeu. On peut augmenter ces ramifications par l'apprentissage. Les virtuoses en musique par exemple développent avant 10 ans une multitude de ramifications liées  aux répétitions qu'ils ont effectuées jeunes.

Le cerveau se développe à quel moment majoritairement ? Et est-ce qu’un changement dans la situation financière de la famille à un certain moment peut aussi modifier le développement en cours du cerveau ? 

Le cerveau se développe tout au long de la vie, mais il y a des phases critiques: avant 3 mois par exemple, l'essentiel de la vision se met en place, et on observe des bouleversements très importants vers l'âge de 7 ans, où un raisonnement logique peut se mettre en place.

Un changement brusque des conditions de vie peut donc modifier l'évolution du cerveau : une vieille étude américaine de Skeels reposait sur le suivi sur 20 ans d'orphelins issus d'un orphlinat très pauvre. Les enfants au QI le plus faible ont été insérés dans de bonnes écoles et placés dans des familles aisées, tandis que d'autres enfants au QI plus développé ont été laissés à l'orphelinat. 20 ans après, tandis que les premiers avaient atteint des conditions socio-économiques normales, les seconds n'avaient malheureusement pas réussi académiquement parlant et évoluaient donc dans des catégories socio-professionnelles pauvres. On peut donc penser qu'un changement même au moment de l'adolescence influe sur le développement du cerveau.

<--pagebreak-->Est-il possible de stimuler le cerveau à un âge plus tardif ? 

A partir de 40 ans, les apprentissages se font avec beaucoup plus de difficultés, c'est notoire par exemple pour les adultes qui souhaitent passer le permis de conduire et qui ont besoin de beaucoup plus d'heures de conduite que les jeunes. On estime que 20 ans est l'âge optimal pour le cerveau dans ses capacités d'apprentissage mais qu'il est disponible tout au long de la vie pour élargir ces zones de connaissance.

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