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L'as des as : que peuvent espérer les Gilets jaunes de la grande réunion de toutes leurs assemblées ?
©LOIC VENANCE / AFP

L’autre grand débat

L'as des as : que peuvent espérer les Gilets jaunes de la grande réunion de toutes leurs assemblées ?

Les gilets jaunes tiennent leur deuxième "assemblée des assemblées", ce weekend, à la "maison du peuple" de St-Nazaire. Plusieurs centaines de délégués sont présents.

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : Plus de deux mois après Commercy, les gilets jaunes tiennent leur deuxième "assemblée des assemblées" à la "maison du peuple" de St-Nazaire, avec des délégués venus de toute la France. S'agit-il d'un événement important pour le mouvement ?

Sylvain Boulouque : Il s'agit de la deuxième "assemblée des assemblées", il y a déjà eu l'appel de Commercy fin décembre et une "assemblée des assemblées" fin janvier, c'était grosso modo un appel des gilets jaunes de la gauche radicale, qui se faisait sur des bases anti-autoritaires, fédéralistes, anti-étatistes, anti-fascistes... Ce sont plutôt des gilets jaunes syndicalistes, issus de la gauche, qui voulaient donner une certaine orientation au mouvement. Dans l'ouest de la France, il y eu un certain nombre d'appels de gilets jaunes lancés sur des bases autogestionnaires. Ça se retrouve à la première "assemblée des assemblées" à Commercy fin janvier. Ils avaient alors prévu de tenir une autre "assemblée des assemblées" trois mois plus tard, pour voir où en était le mouvement. Entre temps, il y a eu un travail d'extension et de recrutement car le nombre de délégués semble nettement plus important qu'au mois de janvier. Cela correspond à l'évolution de la culture du mouvement des gilets jaunes, dans la mesure où celui-ci était initialement plutôt marqué à droite, mais à présent il est plutôt à gauche, avec des revendications portant sur les services publics, l'éducation, la redistribution, avec une revendication de justice fiscale, liée à la justice sociale. On n'est pas dans un appel de protestation contre la limitation à 80 km/h et les impôts, on est dans une autre dimension avec cet appel de Saint-Nazaire (une ville qui représente justement une des bases arrière du mouvement syndical en France).

Que peut-on attendre de ce processus? Peut-il avoir produire des effets au-delà des gilets jaunes de gauche ?

On peut voir qu'il y a un élargissement : le nombre de personnes qui semblent représenter des gilets jaunes dans cette "assemblée des assemblées" est plus important. Mais ça reste un mouvement de minorités agissantes. On est dans le principe de l'appel de type syndical, un peu ce que pouvait être la CFDT dans les années 70 : on n'est pas dans la revendication purement salariale mais aussi les conditions de vie, ce que peut être le travail, etc., avec des revendications sur les conditions de vie, un anticapitalisme prononcé, la volonté d'une alternative au système, l'anticapitalisme, l'antiracisme, l'écologie…. C'est une mobilisation issue de ronds-points qui présentaient une certaine diversité, alors que les premiers "ronds points" étaient plutôt blancs et marqués à droite. Ici, on est dans la frange de gauche du mouvement. La gauche a investi ce mouvement et a fait siennes un certain nombre de revendications en laissant de côté celles qui ne leurs plaisaient pas. Cette "assemblée des assemblées" peut avoir une influence sur une partie du mouvement. Cette offre politique peut trouver un écho chez les gens, même s'ils ne sont pas politisés. On voit qu'il y a eu une progression numérique et des gens peuvent se politiser par ce biais. Il ne s'agit pas d'un groupuscule : quand un millier de personnes sont déléguées, on n'est pas dans un phénomène minoritaire.

Cette tendance de gauche incarnée par "l'assemblée des assemblées" de St-Nazaire est-elle aujourd'hui majoritaire au sein du mouvement des gilets jaunes ?

C'est très difficile à savoir parce que ça dépend vraiment des mobilisations. L'appel de St-Nazaire correspond notamment aux gilets jaunes de l'ouest, plutôt à gauche. Ce n'est pas la France du nord-est ou du sud-est. Aujourd'hui, la gauche semble majoritaire dans le mouvement, même si des gens qui étaient mobilisés initialement ont retiré leur gilet en attendant de voir les propositions qui vont être mises sur la table par le gouvernement. Ce qu'on peut voir dans les cortèges du samedi, c'est qu'on a plutôt des gens marqués à gauche ; le public ne ressemble pas aux gens qui allaient dans les premières manifestations. Toutes les organisations de gauche ont souhaité investir le mouvement, mais des personnes qui étaient présentes au début du mouvement sont parties. Quand on regarde les ronds points de la grande banlieue parisienne, il y a des clivages forts entre ceux qui sont à gauche et montrent une certaine diversité, et ceux qui sont plutôt "bleu blanc rouge" ou "bleu marine". En Seine-et-Marne, on trouve des ronds-points très à droite et des ronds-points très à gauche. Dans le Var, il y a un rond-point à gauche pour 25 ronds-points très à droite. A l'ouest, en Bretagne, en Normandie les ronds-points sont plutôt à gauche, dans l'arrière-pays Bordelais on a à la fois des ronds-points très à gauche et très à droite. Si l'on suit les résultats électoraux, on devrait avoir plus de gilets jaunes de droite que de gauche, mais la gauche possède une plus forte capacité de mobilisation. Dans les cortèges du samedi, il y a beaucoup de gilets jaunes de gauche mais une minorité très à droite est présente dans les cortèges.

 

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