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L'argent ne fait peut-être pas le bonheur mais il achète une meilleure vie sexuelle aux femmes
©Reuters

Epanouies

L'argent ne fait peut-être pas le bonheur mais il achète une meilleure vie sexuelle aux femmes

Plus une femme est riche, plus elle se dit satisfaite sexuellement, et inversement si elle est pauvre, rapporte le Daily Beast. Les hommes, eux, ne seraient pas concernés.

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Une analyse espagnole a tiré la conclusion suivante : la situation socio-économique d'un individu influerait directement sur sa satisfaction sexuelle (voir ici). Quelle est selon vous la pertinence de cette trouvaille ?

Michelle Boiron : Si la satisfaction sexuelle avait un lien avec la toute puissance, alors la satisfaction sexuelle signerait une forme de réussite politiquement correcte.

On peut penser à juste titre que plus on est diplômé, plus on a un risque de vivre la relation sexuelle dans l’intellect. La sexualité est aussi et surtout une affaire de cerveau, mais elle doit  se connecter avec le corps. Le risque aujourd’hui est de rentrer dans le circuit de la performance lié à la société qui nous l’impose comme dans le « boulot », et tout se complique. L’homme cherche à être à la hauteur. Or il y a une femme en face de lui et elle a une place égale à la sienne dans la réussite de l’acte et la satisfaction qui en découle : pour qu’il y ait « rapport sexuel », il faut être deux ; la toute puissance phallique qu’il arbore dans sa position sociale peut influencer son comportement sexuel. N’oublions pas que l’homme devient « homme » dans le regard de la femme qu’il fait jouir ! « Alors, heureuse » ?

De son côté, la femme a besoin à la fois de l’admirer : le regard qu’elle porte sur l’homme compte beaucoup, mais aussi celui qu’il porte sur elle car elle a besoin d’être regardée et vue par lui. Alors la sexualité peut commencer à se tricoter. Cela se complique pour la femme qui a toujours le quotidien à gérer, qui est aux prises avec des tâches incessantes. Comment, dans ces conditions, être physiquement et psychiquement disponible pour l’amour ? Comment, même si elles font l’amour, ne pas subir ce que l’homme exige et qu’elle ne veulent pas, mais aussi être dans les conditions de corps et d’esprit qui permettent seules une satisfaction sexuelle pleine et entière ? A contrario, on peut penser que celles qui sont les plus favorisées ont tendance à mieux accueillir la demande du partenaire, voire à la solliciter, et, avec un esprit libre, être dans les conditions qui permettent d’avoir une relation sexuelle épanouie.

Le Daily Beast estime que c'est avant tout un problème imputable au niveau de vie et d'éducation. Ainsi, d'après le site d'information américain, les premières raisons de cette différence de satisfaction sexuelle seraient le stress auquel les femmes doivent faire face, puis la relation vis à vis de la sexualité en tant que telle. Quelles peuvent être les sources de problèmes qui empêcheraient les femmes de tirer une quelconque satisfaction dans la relation ? Est-ce vraiment lié aux revenus ?

Si la sexualité est innée et instinctive, alors le niveau de vie et l’éducation n’entrent pas en jeu. Si la sexualité est acquise, alors elle est soumise aux différents facteurs : sociétal, culturel et éducationnel.

Lors de la rencontre entre deux êtres, le fantasme et les phénomènes de projection sont toujours à l’œuvre et, naturellement, la position sociale et l’éducation jouent un rôle. La rencontre avec un chauffeur d’autobus ou un ministre ne donne pas lieu aux mêmes fantasmes ! Encore une fois, cela ne dit rien de l’attente, de la satisfaction sexuelle proprement dite ou encore de la qualité de la relation sexuelle. Tout dépend de ce que l’on a projeté sur cette relation. La déception est souvent à la hauteur de l’attente qui varie selon la personnalité rencontrée. Quant au stress, il est bénéfique pour l’activité sexuelle des hommes dont la sexualité augmente nettement en fonction du stress qu’ils déclenchent selon leur profession (voir article sur l’adultère Atlantico). L’acte sexuel aurait alors une vocation d’apaisement grâce aux circuits de la récompense qu’elle produit. Alors que le stress provoque plutôt chez la femme une insatisfaction. La plupart des femmes auraient besoin d’un contexte plus apaisant pour être en condition d’éprouver une satisfaction sexuelle. A l’inverse de l’homme : l’apaisement d’abord ; et le désir et l’excitation sexuelle suivront naturellement !

Pour les femmes qui rencontrent des difficultés au quotidien, et qui sont de facto mises en situation de stress, la perte du désir et du plaisir est-elle inéluctable ? Existe-t-il des solutions ?

La difficulté est surtout de rencontrer la bonne personne avec laquelle la relation sexuelle sera fluide. Difficile, me direz-vous? Peut être, mais souvent prévisible car on le sent, on le sait dès la première rencontre et on n’en tient pas compte. On s’entend dès les premier s instants sur des malentendus. Cela déclenche par la suite dans le quotidien  une cascade d’insatisfactions de frustrations, de manques et d’incompréhension dans lequel  les couples  s’installent et se plaignent. Ils alimentent en permanence cette plainte qui les maintient vivants. C’est la plainte hystérique : « le désir du désir insatisfait ». Réservée aux femmes à l’époque de Charcot, elle est aujourd’hui aussi incarnée par les  hommes !

La perte du plaisir et du désir ne sont pas inéluctables tant que l’on n’a pas renoncé et que l’on est animé par des pulsions de vie. On peut être en panne de libido, de désir mais la seule question à se poser est: « Avez vous envie d’avoir envie? » Et d’inventer son couple.

Peut-on faire un parallèle avec les hommes ? L'analyse espagnole mentionnée plus tôt juge qu'ils sont moins sensibles à ce type de problème (les hommes de moindre revenus ont été moins nombreux à se déclarer sexuellement insatisfaits que les femmes de moindre revenus). Comment l'expliquer ?

Pour l’homme, le satisfaction sexuelle est quasiment toujours assimilée à l’éjaculation, et peu d’hommes imaginent que le véritable plaisir sexuel est bien plus qu’une simple éjaculation. Par ailleurs, dans une société restée en grande partie machiste, la femme consent à subir l’acte sexuel d’un homme excité, même si elle n’en a pas envie. Elle ne jouira pas, mais lui libérera son sperme et sera persuadé d’avoir été sexuellement satisfait. Il n’est donc pas surprenant que les hommes, quel que soit leur niveau de revenus, se déclarent satisfaits sexuellement. On pourrait ajouter que, contrairement aux femmes, les hommes cherchent une satisfaction sexuelle peut-être plus basique et la trouvent donc plus facilement. Ils sont moins névrosés, et  l’instinct joue un rôle plus important dans l’acte sexuel que chez la femme. Une autre hypothèse est que l’homme n’a pas cette préoccupation du ou de la partenaire, qui est une exigence plus forte chez la femme. Il peut donc, indépendamment ou presque de la partenaire, se concentrer sur lui-même et atteindre la jouissance. La fréquentation des prostituées est le fait presque exclusivement des hommes.

Les femmes reviennent de très loin ; aujourd’hui, elles osent réclamer leur plaisir, alors qu’elles ont simulé pendant des siècles, même si certaines d’entre elles - et des très jeunes - continuent de pratiquer « le devoir conjugal » ! Notre société actuelle influence notre sexualité, trop exposée au regard de tous par l’intermédiaire des médias. La sexualité gagnera à retourner, en conservant, bien sûr, ses « avancées », vers  une relation sexuelle intime, dans une sensualité instinctive qui ferait fi du social et des revenus et des indices de satisfaction ! Certes l’orgasme est aujourd’hui mesuré par l’IRM dans le cerveau, mais il est toujours très délicat à décrire.

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