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L’Amérique de Donald Trump face à deux risques majeurs
©JIM WATSON / AFP

Échec interdit

L’Amérique de Donald Trump face à deux risques majeurs

L'échec de Trump pourrait mener à deux grands gouffres : d'un côté la montée d'une concurrence de plus en plus affirmée. De l'autre, la perspective d'une nouvelle catastrophe.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Les risques Trump, ce sont évidemment les échecs de sa stratégie, avec leurs conséquences. Ils sont au nombre de deux. Le premier serait l’échec à court terme, avec l’éclatement de la bulle obligataire, puis boursière, avec une récession américaine à la clef, qui pèsera sur l’économie mondiale. Le second, surtout, est le risque à moyen terme de renforcement de la Chine dans le monde, au bénéfice des pays émergents, pas toujours démocratiques. Elle les piloterait, déstabilisant le rapport de forces d’après-guerre. 

Pour commencer, la stratégie de Donald Trump passe par encore plus de croissance chez lui, alors que son économie est déjà en plein emploi. Donald Trump veut des entreprises américaines toujours plus puissantes, à partir d’un territoire américain qu’il est prêt à mener au bord de la surchauffe : America First. Pour réussir, il prévoit à l’intérieur de réduire les impôts, notamment sur les entreprises, de diminuer les régulations et de faciliter le crédit. A l’extérieur, il veut échanger avec les autres pays, mais sur une base équilibrée d’un pays à l’autre, ce qui devrait selon lui réduire dans le temps les déficits extérieur et budgétaire américains, renforcer l’emploi et l’avance américains. Et si ça rate ?

Pour réussir, Donald Trump commence par ce qui lui semble le plus facile. Il sort ainsi du Traité transpacifique, structure trop complexe à ses yeux, mais qui était pourtant destinée à compenser l’avancée chinoise en Asie. Il sort de l’accord climat, au risque de s’isoler de ses alliés et de moins soutenir les recherches sur la décarbonation, qui iront se développer ailleurs. Il demande aux membres de l’Otan de contribuer plus à leur défense, ce qui les responsabilise plus (et qui est bien), mais réduit mécaniquement son influence. Pour diminuer les déficits extérieurs américains, il fait pression sur ses voisins proches, Canada et Mexique, au risque de les faire ralentir, d’aggraver les problèmes sociaux mexicains et de susciter des vagues d’immigration au Canada. Ces politiques de rééquilibrage des échanges vont profondément déséquilibrer les chaînes internationales de production, accroître les tensions sur l’emploi aux Etats-Unis, y faire monter les salaires, et donc les prix. 

Vient alors une Fed qui devra être plus accommodante, montant très graduellement ses taux. Jerome Powell succédant à Janet Yellen, exposera aux marchés financiers une nouvelle forward guidance qui permettra d’atteindre un sentier plus élevé de croissance et d’emploi, avec temporairement plus de 2% d’inflation. Ce sera le prix à payer, puisque l’objectif d’inflation à 2% est symétrique, comme le note Jerome Powel : autour de 2% à moyen terme, en moins ou en plus. Ce n’est pas celui de la BCE : « vers 2% à moyen terme, mais au-dessous ». Les marchés financiers seront alors convaincus de cette logique de croissance et les pays, de proche en proche, s’aligneront sur cette logique d’échanges bilatéraux, chacun travaillant plus et mieux chez lui, et de façon plus équilibrée avec les autres. Voilà !

Sauf si l’inflation américaine se réveille. C’est le point faible à court terme du dispositif Trump. Pour l’heure, en effet, le mélange : taux bas, ample liquidité, souvenir du trauma de la crise qui pèse sur les revendications, paroles apaisantes de la Fed sur l’inflation, concurrence internationale, disruptions et robots en tous genres… fait toujours monter l’emploi, mais pas les salaires. Il fait aussi monter les profits, donc les valorisations boursières, mais pas trop les taux longs. Merveilleux. Mais, un jour ou l’autre, l’inflation salariale montera. Il sera alors très difficile de calmer ces marchés obligataires, encore étonnamment calmes. C’est à ce moment que les taux longs monteront, pesant sur les bourses. Et ainsi de suite. On « remarquera » alors que la bourse américaine est bien chère, valorisée à 30 fois les bénéfices annuels, soit le double de sa moyenne historique. On « découvrira » les dettes américaines, celles de l’état et des ménages pour leurs automobiles, leurs études, leurs maisons, plus les dettes chinoises, dont l’importance, et la piètre qualité, feront leur apparition… Et ainsi de suite. Pour empêcher le pire, les banques centrales baisseront à zéro leurs taux, ce qui concernera surtout la Fed dont les taux ont (un peu) monté avec la reprise, puis achèteront de nouveau les dettes publiques et privées, puis cette fois les actions ! En attendant le rebond…

Mais le risque à moyen terme est plus sérieux encore, car ce rebond peut s’avérer économiquement très faible et lent dans les pays industrialisés, et politiquement conditionné à des accords avec la Chine, pour les pays émergents. Une sortie de crise asymétrique et hétérogène donc, qui pourrait accélérer le rééquilibrage de puissances actuellement en cours. Les Etats-Unis, en effet, soucieux de restaurer les échanges en leur faveur, vont endommager les chaînes mondiales de valeur. Mais ces chaînes peuvent se reconstruire à partir de la Chine, qui offre un immense marché, régulièrement croissant. En même temps, les Etats-Unis ne s’occupent pas assez de leurs routes maritimes, pourtant décisives pour le commerce mondial, alors que la Chine tisse sa Belt Road Initiative, ses Routes de la Soie (jusqu’en 2049 !). Les Etats-Unis sont moins présents dans les détroits, où s’installe de plus en plus la Chine, et parfois l’Iran. Rien de spectaculaire dans ce domaine, par nature graduel, qui est pourtant décisif. Les Etats-Unis veulent toujours pouvoir punir les responsables politiques, en gelant leurs actifs, et les entreprises qui utilisent le dollar. En même temps, ils entendent limiter les entrées sur leur territoire d’ingénieurs, ce qui aide, pourtant, les entreprises de la Silicon Valley. La Chine peut alors se montrer plus ouverte aux chercheurs étrangers et aux entreprises qui utilisent le Yuan !

Certes, la Chine a de nombreuses faiblesses, sociales, financières, écologiques. Mais elle peut profiter de la stratégie de Donald Trump, si elle réussit et fait donc peur, et surtout si elle rate et faire encore plus peur. A l’Europe de réfléchir !

 

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