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Les attaques de la bien-pensance

L’agaçant fantasme de l’islamophobie française

L’islamophobie est le grand terme à la mode pour stigmatiser les discours sur la nécessaire acceptation des principes républicains par la minorité musulmane de France. Mettre en garde contre les dérives sectaires, sexistes, radicales, les discours négateurs de nos traditions propagés dans des fractions de plus en plus importantes de la communauté musulmane est encore pire: c’est forcément du racisme social qui est à l’oeuvre, de la xénophobie pure.

L’islamophobie dans le lexique de la stigmatisation

La stigmatisation est une technique d’argumentation bien connue. Au lieu d’aborder les faits et les dires, on préfère prêter à l’interlocuteur une intention négative et discréditer son propos en le plaçant sous une accusation générale qui permet de le rejeter en bloc. L’accusation d’islamophobie procède de ce réflexe, comme l’accusation du complotisme ailleurs, ou de racisme, ou de libéralisme, ou d’antisémitisme, ou d’homophobie.

Il existe, dans le débat public français, une dizaine de mots avec quelques superlatifs pour en qualifier le degré, qui permettent de faire taire les opposants.

C’est le cas du mot " libéralisme ", qui pointe son nez dès que l’on sort d’une apologie bêlante de l’Etat et la fiscalité à tout crin. Il se décline en ultra-libéralisme ou néo-libéralisme selon les cas. Ces petites cases permettent de condamner sans examen rationnel.

L’islamophobie procède de la même logique. Est islamophobe celui qui pointe les défauts de l’Islam. On se souviendra par exemple de la tempête soulevée à Libération en décembre 2015 par un article considérant que le port de l’abaya par une jeune musulmane dans le métro à Paris constituait une défaite pour le féminisme. Le recours à la stigmatisation est ici inévitable: comme il est évident et rationnel que le port de l’abaya est dégradant pour la femme, seule l’insulte et l’accusation d’hérésie permettent de " traiter " le contradicteur. L’auteur de l’article fut immanquablement traité de raciste.

L’islamophobie et le deux poids deux mesures

L’exemple de l’article sur l’abaya illustre à merveille l’asymétrie de comportement, au sein de la gauche humaniste, vis-à-vis de l’oppression.

Les Français sont quotidiennement assaillis de statistiques sur la discrimination dont les femmes sont victimes en France. Le portrait en creux dessiné du Français est celui d’un horrible macho qui refuse de voir les femmes accéder au pouvoir, qui bat sa femme, la tue, l’exploite, la domine. Il ne viendrait à l’esprit de personne de considérer ce traitement médiatique stéréotypé comme l’expression d’un racisme anti-français.

Ceux qui s’avisent d’aborder le sujet à propos des sociétés musulmanes ou des pratiques musulmanes en France ne bénéficient pas de la même bienveillance. La querelle interminable à propos de Kamel Daoud l’a montré. Oser dire que le traitement de la femme dans le monde musulman n’est pas conforme au principe d’égalité appelle forcément à un procès digne de l’Inquisition.

A titre d’exemple, je lis dans la presse africaine cet article:

Manifestement, nos grands débats sur l’égalité homme-femme et le respect des règles républicaines en France n’ont pas atteint le continent africain.

Il faudra quand même bien qu’on nous explique un jour les raisons pour lesquelles, dans les réflexes de la gauche humaniste, les vérités en-deçà des Pyrénées sont des erreurs au-delà.

L’islamophobie et la haine de soi en Occident

Il faut évidemment une énorme dose de détestation de soi pour penser qu’affirmer nos valeurs revient à détester celle des autres.

Car que reproche-t-on au juste aux " islamophobes " en Occident? D’aimer notre héritage, de croire aux valeurs démocratiques, à la liberté, à l’égalité, à la fraternité. De vouloir préserver une culture millénaire qui a apporté progrès et lumière à l’ensemble de l’humanité.

Et que reprochent les " islamophobes " aux musulmans? de porter, par la religion, un projet politique qui entre en collision avec notre conception de la démocratie. Rappelons-le, l’Islam est entré dans l’âge des Lumières avec la conviction que la modernité passait naturellement par une subordination de la société à la religion. C’est la grande différence entre le monde arabo-musulman et le monde européen. Dans l’un, le progrès de la société est passé par une sécularisation de la société. Dans l’autre, le progrès suppose l’inverse.

Il est fascinant de voir que ce constat historique dressé par des intellectuels arabes fait l’objet d’un procès en sorcellerie en Europe. Mais peut-être n’y a-t-il plus de place pour la raison dans la gauche rationaliste. Cette dernière a cru s’émanciper de ses racines religieuses, mais son discours est tout entier dicté par une culpabilité très chrétienne de ce qu’elle est.

 

La solution viendra-t-elle du monde musulman?

Alors que les intellectuels européens se mettent la rate au court-bouillon pour nier des évidences connues de tous, la solution au problème du radicalisme musulman viendra peut-être du monde musulman lui-même. C’est en tout cas ce que semble dire la presse du Maghreb à propos du régime égyptien. Je recommande chaleureusement la lecture de cet article qui en dit long sur le décalage de perception entre ceux qui s’assument et ceux qui se détestent.

 

Cet article a été initialement publié sur le blog d'Eric Verhaeghe

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