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Julien Aubert, le président d’Oser la France, s'est confié à la rédaction d'Atlantico. Il estime que Les Républicains ont tout intérêt à ne pas reproduire les erreurs de 2016 dans le cadre du Congrès LR.
Julien Aubert, le président d’Oser la France, s'est confié à la rédaction d'Atlantico. Il estime que Les Républicains ont tout intérêt à ne pas reproduire les erreurs de 2016 dans le cadre du Congrès LR.
©JOEL SAGET / AFP

Grand entretien

Julien Aubert : "Pourquoi ne pas imaginer un modèle à l’allemande où le gagnant puise chez chaque candidat ?"

Pour le président d’Oser la France, ex-candidat à la présidence des LR en 2019, le parti a tout intérêt à ne pas reproduire les erreurs de 2016.

Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

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Julien Aubert

Julien Aubert

Julien Aubert est député (LR), élu dans la cinquième circonscription de Vaucluse. Il est aussi secrétaire général adjoint des Républicains en charge de la formation. En novembre 2017, il a lancé le mouvement « Oser la France », afin de participer à la refondation de la droite.

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Jean-Sébastien Ferjou : Vous faites partie de ceux qui ont annoncé soutenir Eric Ciotti, pensez-vous que sa qualification en première position pour le second tour du Congrès LR lui ouvre une perspective de victoire au second ?

Julien Aubert : On a toujours une chance quand on se présente à une élection. Arriver en tête au premier tour est déjà une reconnaissance et c’est surtout un message. Éric Ciotti est le vecteur d’une droite qui ne veut pas mourir, d’une droite qui ne veut pas se dissoudre dans le macronisme et d’une droite qui attend que le gagnant quel qu’il soit respecte cette volonté. C’est l’une des raisons pour laquelle je l’ai soutenu. Le soutien des 3 autres candidats renforce évidemment Valérie Pécresse mais nous sommes tous bien placés pour savoir qu’une élection n’est jamais gagnée d’avance.

JSF : Ça existe encore des candidats maîtres des reports de voix ?

JA : Personne n’est propriétaire de ses voix mais s’il y a une logique politique, oui ça fonctionne bien. Lorsque j’avais fait l’analyse pour l’Opinion de l’électorat de Xavier Bertrand il y a un an, il était en partie partagé avec Valérie Pécresse. J’ai toujours pensé qu’il y avait deux compétitions, une Barnier /Ciotti qui a été gagnée par Éric Ciotti et l’autre entre Xavier Bertrand et Valérie Pécresse et nous en connaissons désormais le résultat.

JSF : Le résultat de ce premier tour s’est joué à quelques centaines de voix près, quelles conclusions en tirez-vous pour la suite ?

JA : Le gagnant, quel qu’il soit, doit davantage se considérer comme le visage d’une alternance que de penser que sa ligne a triomphé. Il y aura une victoire, il n'y aura pas un triomphe. On dit que la défaite est orpheline et que la victoire à cent pères, il faut que la victoire au congrès LR ait au moins quatre ou cinq bonnes fées autour de son berceau.

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JSF : Si tout se passe comme en 2016, le congrès LR devrait engendrer une dynamique pour le gagnant ou la gagnante. Le système choisi par le parti ressemble néanmoins un peu à un concours de beauté où s’applique la règle du gagnant rafle tout. La bonne méthode ce serait quoi ?

JA : La bonne méthode c’est toujours de comprendre le message des électeurs. Certains des adhérents votent sur la loyauté, d’autres sur qui est le plus susceptible de gagner, … Il y a aussi des enjeux entre les libéraux et les sociaux. Il y a des attentes. Donc le gagnant doit constituer une équipe. Celle-ci doit tirer les conséquences du poids des différents candidats et les messages que cela envoie. C’est l’erreur qu’a faite François Fillon en 2016 en disparaissant des écrans et en constituant ses équipes un mois et demi après, laissant le temps à ses adversaires de se replier.

JSF : S’agissait-il uniquement d’une responsabilité de François Fillon ou également celle d’une droite « d’en haut » qui aurait préféré un autre choix ?

JA : Le chef a toujours une responsabilité. Mais il y avait aussi une forte haine entre les individus qui a rendu difficile la possibilité de faire équipe. De plus, ces équipes avaient déjà existé puisqu’il y avait un président de la République, un Premier ministre et un ministre du même gouvernement. Il y avait une remise en cause d’une forme d’ordre naturel. Là, les candidats sont presque des égaux.

JSF : Xavier Bertrand déclarait avant le premier tour que s’il gagnait, ce serait sa ligne sans condition. Est-ce que ça a pu le pénaliser ?

JA : C’est toute la difficulté de faire une équipe sans se perdre soi-même. Il faut utiliser la primaire pour ce qu’elle a de bien. Il faut que le gagnant prenne en compte les propositions des autres et les scores qu’ils ont fait pour estimer que dans l’accord programmatique, un peu sur le modèle allemand, on intègre ces propositions. Il y a des points qui ont été débattus pendant la campagne. Après la victoire, ce sera l’occasion pour lui de recentrer sa position selon les rapports de force, garder les points forts des programmes, etc. Les personnalités ne sont pas si éloignées les unes des autres, mais il y a quand même des différences. Xavier Bertrand avait dit voilà ce que je prendrais chez les uns et chez les autres, c’était une question intéressante. C’est ce qu’il faut faire quel que soit le gagnant.

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JSF : Vous utilisez le terme de primaire plutôt que de Congrès..

JA : Oui. Quand vous appelez la plateforme de vote, on vous dit bienvenue à la primaire des Républicains. C’est pour ça que je ne m’embête plus à parler de Congrès.

JSF : Faut-il un modèle à l’allemande avec une négociation serrée sur un programme de gouvernement comme le font les partis d’une coalition outre-rhin ? Pensez-vous que Christian Jacob l’envisage ?

JA : Ce n’est pas à Christian Jacob de le faire. Le gagnant doit désigner une équipe qui puise chez chaque candidat. Il faut commencer par les idées avant les personnalités et sur la base de cela décider l’organigramme. Il y a suffisamment de flexibilité, à mon avis, pour constituer une belle équipe de France. C’est pour cela que je parlais d’un quinze de France.

JSF : Le parti a organisé de multiples conventions thématiques et programmatiques depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012. Ont-elles une utilité ?

JA : Je suis un bonapartiste donc je considère que c’est le chef qui doit fixer la ligne. Les conventions sont une boîte à outils où le candidat peut piocher.

JSF : Dans cette logique-là, ne faudrait-il pas que le président du parti soit le candidat ?

JA : Cela pourrait être logique. En 2019, on a fait le choix d’une logique inverse. Christian Jacob n’étant pas candidat il pouvait apparaître comme un Monsieur Loyal mais comme il a rapidement affiché sa préférence pour François Baroin, cela a suscité des antagonismes. Les Républicains débattent entre eux sur leurs positions puis soutiennent un candidat qui se présente à la présidentielle. Il lui apporte un soutien moral, financier et militant.

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JSF : N’est-ce pas se condamner à un manque d’efficacité que de toujours choisir ses candidats au dernier moment ?

JA : C’est un phénomène assez darwinien. Le problème que nous avons eu, c’est une rupture de la chaîne de succession. De Gaulle a donné le flambeau à Pompidou, il y a ensuite eu une bataille entre Chirac et Giscard, Chirac l’a transmis à Sarkozy qui, lui, n’a pas nommé de successeur et est resté dans le jeu pendant un temps. Il a finalement abandonné et laissé un trou. Peut être que celui qui sera choisi par le Congrès sera le futur chef de la droite pour les années à venir.

JSF : Faut-il que le gagnant prenne la présidence du parti immédiatement ?

JA : Non, il faut évidemment respecter nos statuts. En revanche, après la présidentielle, il y aura sans doute un changement à la tête du parti et que la question qui se posera alors sera de savoir s’il faut un président pour gérer le parti ou préparer l’avenir.

Le candidat va avoir autre chose à faire dans l’immédiat que gérer le parti d’une part. D’autre part, il faudrait qu’il soit intégré à la commission d’investiture et influer sur les choix pour avoir une correspondance d’idée entre les candidats aux législatives et le candidat à la présidentielle.

JSF : Pensez-vous que la droite gagnerait à se doter d’un thinktank servant de boîte à idées à l’image de ce qui se fait aux Etats-Unis ?

JA : C’est une idée intéressante. C’était d’ailleurs celle de la Fondapol qui s’est depuis affranchie du parti, malheureusement, car elle fait du bon travail. C’est aussi pour ça que j’adhère à un système hybride, indépendant des Républicains, qu’est Oser la France. Le problème de LR est qu’ils couvrent plusieurs champs idéologiques. Un thinktank ne pourrait pas tout regrouper, il en faudrait plusieurs.

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JSF : Quel est le futur proche d’Oser la France et le vôtre après la désignation du candidat ?

JA : Nous nous sommes engagés à soutenir le candidat qui sortira vainqueur du Congrès, avec plus ou moins d’enthousiasme selon qu’il soit proche ou non de notre ADN. Ensuite, nous chercherons à avoir des gens qui représentent notre sensibilité aux législatives. Ensuite, nous verrons. Tout dépendra de la victoire ou de la défaite de notre camp et de ce qu’il restera de la droite après 2022. Oser la France et moi-même entendons peser durant les cinq années à venir pour faire valoir nos idées.

JSF : Parier sur 2027 plutôt que 2022 vous semble-t-il une stratégie maligne ?

JA : Je pense que vous faites référence à Laurent Wauquiez… Je me garderai bien de dire si c’est malin de sa part ou non, prudent ça c’est certain. Je ne suis pas assez intelligent pour savoir où nous serons en 2027, donc je préfère le Carpe diem et me battre, tranchées par tranchées. Si en 2017, on avait sacrifié Fillon en pensant que 2022 serait plus facile, on serait dans une position encore plus problématique. Le fait que la droite n’ait pas gouverné pendant 10 ans crée des candidats de moins en moins expérimentés, là où nos opposants peuvent se targuer d’une expérience de ministres. Il devient urgent de revenir aux affaires pour éviter d’avoir une génération de néophytes. Avec le risque aussi de se faire manger. C’est un champ politique dangereux les néophytes. L’expérience cela compte en politique.

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