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Les médaillés d'or, la Chinoise Sui Wenjing et le Chinois Han Cong, célèbrent lors de la cérémonie d'arrivée de l'épreuve de patinage artistique en couple des Jeux olympiques d'hiver de 2022 à Pékin.
Les médaillés d'or, la Chinoise Sui Wenjing et le Chinois Han Cong, célèbrent lors de la cérémonie d'arrivée de l'épreuve de patinage artistique en couple des Jeux olympiques d'hiver de 2022 à Pékin.
©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Désintérêt

JO de Pékin : ce que notre indifférence à la situation des droits de l’homme en Chine révèle de l’état des démocraties libérales

Contrairement à de nombreux Jeux olympiques passé, les sponsors de l’événement n’ont pas en 2022 à redouter beaucoup d’effets d’indignation dans l’opinion.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret enseigne à Sciences Po Paris.

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Atlantico : Contrairement à d’autres éditions dans le passé, les sponsors de ces jeux n’ont pas émis le souhait de boycotter cette édition et évitent toutes questions relatives aux droits de l’homme. Comment expliquer cette situation ? Peut-on y voir des pressions du régime chinois ? 

Cyrille Bret : Plusieurs facteurs jouent ici : la volonté explicite des autorités chinoises et de la mairie de Pékin, la politique du Comité International Olympique (CIO) mais aussi… l’autocensure des grands groupes internationaux. Traditionnellement, la municipalité organisatrice joue un rôle dans le choix des sponsors, en lien direct avec l’instance qui attribue les Jeux Olympiques à telle ou telle ville : le CIO. C’est celui-ci qui veille à ce que les grands groupes continuent à associer leurs images aux événements olypiques et poursuivent leurs financement. Depuis au moins les Jeux d’Atlanta en 2004, les Jeux Olympiques sont aussi un forum publicitaire, commercial et communicationnel. Plusieurs grandes marques y jouent leur crédibilité : les sponsors privés mais également la marque « CIO » et l’image internationale de la ville. Tous ont donc intérêt à ce que leurs images ne soient écornés par aucun scandale. En somme, il y a une convergence d’intérêt à éviter par avance tout accident d’image pour ces Jeux.

Peut-on penser que cette indifférence des sponsors est due à une logique commerciale qui passe avant toute considération idéologique ? Est-ce révélateur de l’état des démocraties libérales ? 

À mon sens, cet équilibre de la terreur communicationnel illustre d’abord un rapport de force géoéconomique et géopolitique. Les grandes entreprises aux ambitions internationales voient la République Populaire de Chine et sa population de 1,4 milliard d’habitants comme le marché le plus dynamique sur le long terme. En évitant toute critique ou toute distance, ces entreprises entendent ménager le sentiment national de la clientèle chinoise, éviter toute sanction ou difficulté administrative pour leurs activités en Chine et par-dessus tout préserver leurs chances d’établir de bonnes parts de marché dans une économie mature.
Mais vous avez raison : cela dit quelque chose des démocraties libérales. Les Etats-Unis ont déclaré un boycott politique sans avoir les moyens de déclarer un boycott sportif ou économique. Les marges d’action de l’État y sont plus réduites qu’en Chine…
On retrouve ici les principales thèses du roman de Manuel Vasquez Montalban sur les JO de Barcelonne intitulé Sabotage olympique : c’est le CIO qui est en position de force en dictant leur politique aux municipalités, aux Etats et aux entreprises...

Les Etats-Unis, le Canada ou encore l’Angleterre ont expliqué qu’ils n’enverront aucun représentant politique aux JO, contrairement à la France qui comptera sur place la ministre Roxana Maracineanu. Comment expliquer ce non-alignement entre la diplomatie américain et les sponsors, comme Airbnb, Coca-Cola ou encore le groupe Visa ?

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Le boycott des Etats-Unis et de leurs alliés les plus proches est purement diplomatique. Il n’est ni sportif comme à Moscou en 1980 ni économique ni même médiatique. Pour ne pas participer à la promotion de Xi Jin Ping et du Parti Communiste Chinois (PCC), ils ont évité de faire figurer sur la « photo de famille » de la cérémonie d’ouverture des responsables politiques de haut niveau. Leur boycott se limite à ce geste diplomatique. Mais ils ont tenu à respecter les intérêts de leurs grandes entreprises numérisées et internationalisées que vous citez afin de ne part rompre les contrats que celles-ci avaient passés avec le CIO et la mairie de Pékin. Cela leur permet d’éviter des critiques ou d’éventuels recours en indemnisation. Et cela leur permet également, sur le plan athlétique, d’essayer de conserver la flamme olympique du classement des médailles. Pour les Etats-Unis, boycotter n’est pas du tout s’abstenir de continuer la compétition.

Quel est le véritable intérêt de ces jeux pour la Chine ? Peut-on y voir des intérêts économiques mais aussi de prestige national ? 


À mon sens, le principal enjeu est le statut géopolitique du pays. La RPC n’y trouvera pas son compte économiquement tant les dépenses sont importantes et les retours sur investissement limités. En revanche, la RPC utilise depuis longtemps ces Jeux d’hiver pour marquer l’inflexion de sa politique étrangère dans un sens plus hégémonique. Les JO d’été de 2008 avaient marqué la renaissance économique de la PRC. Ceux de 2022 veulent manifester la suprématie et le prestige technologique et politique de la Chine en tant de pandémie. De manière plus limitée, ils sont le dernier événement à visibilité internationale en Chine avant le Congrès du PCC en octobre ou le leadership de Xi Jin Ping doit être confirmé… ou contesté.

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