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Le Japon est entré dans une succession de politiques fiscales tout aussi infructueuses, ne parvenant pas à remettre en marche une croissance nécessaire au financement de sa dette publique.
Le Japon est entré dans une succession de politiques fiscales tout aussi infructueuses, ne parvenant pas à remettre en marche une croissance nécessaire au financement de sa dette publique.
©Reuters

Dette Sumo

Le Japon rattrapé par sa dette, une leçon politique pour l'Europe

L’économie Japonaise fascine les universitaires depuis l’éclatement de la bulle boursière et immobilière du début des années 90. Le champion des années 80 se retrouve pris au piège d’une crise dont les autorités peinent à l’extirper.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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La Bulle japonaise laisse un bilan désastreux, une dette publique multipliée par 10 dans son ampleur, passant de 20% de son PIB à 200% aujourd’hui, et un PIB nominal en berne, stagnant depuis 20 ans. Une démographie négative depuis 2005, une déflation en marche, et une incapacité des autorités à mettre en place une politique ambitieuse ont nourrit ce phénomène. Après l’abandon des plans de relance Keynésiens à la fin des années 90, le Japon est entré dans une succession de politiques fiscales tout aussi infructueuses, ne parvenant pas à remettre en marche une croissance nécessaire au financement de sa dette publique. La détention par les Japonais eux-mêmes de 95% de cette dette a permis d’éviter le pire, en sauvegardant le pays d’une défiance des marchés obligataires sur ses finances publiques.

La Bank of Japan a été longuement critiquée pour sa passivité, celle-ci se réfugiant derrière un argument aujourd’hui partagé par tous, le niveau de ses taux d’intérêts. La succession de phases récessionnistes ont provoqué de nombreuses baisses de taux au Japon, entrainant les taux directeurs à des niveaux proches de 0, et une incapacité à agir selon les méthodes traditionnelles. Dans un tel contexte, et malgré une déflation toujours présente, les autorités monétaires se sont refusées à mettre en place un soutien « non conventionnel » de grande ampleur à l’économie. Les essais d’assouplissements quantitatifs des années 2000, ont cependant permis de faire naître l’espoir d’un retour à la croissance. Malheureusement, les premiers signes d’amélioration ont poussé ces mêmes autorités à cesser le programme par peur des premières tensions inflationnistes, pourtant minimes.

Cette question essentielle, des moyens à la disposition des autorités monétaires, dans une économie stagnante, et marquée par des taux proches de 0, est aujourd’hui posée aussi bien au Japon, en Europe, qu’aux États-Unis. Les erreurs japonaises devraient nous écarter des voies de l’austérité en Europe, et mettre en avant la capacité pour une banque centrale d’agir sur la demande, afin de stimuler une économie.

Les autorités japonaises font aujourd’hui le lien entre déflation et hausse du Yen, et pressent la Banque centrale japonaise afin qu’elle mette en place une politique permettant d’en finir avec la baisse des prix, et par conséquent au soutien d’une monnaie forte, trop forte.

Le 14 février dernier, lors de la publication des minutes de la Bank Of Japan, les autorités monétaires ont annoncé la mise en place d’un objectif d’inflation de 1%. Cette décision, bien que très faible dans son ampleur, est un changement considérable dans son approche. La mise en place de rachat d’obligations afin de parvenir à cet objectif inflationniste est une avancée importante, point de départ d’une politique de soutien monétaire. La décision du 25 janvier dernier des autorités américaines de mettre en place un objectif d’inflation de 2%, a posé les jalons de la décision japonaise.

L’Europe doit tirer les leçons de la crise nippone. Elle ne bénéficie pas du luxe de voir sa dette détenue par ses résidents et doit ainsi agir plus vite. Le précédent japonais démontre l’inefficacité de l’austérité sans l’appui de mesures d’assouplissements quantitatifs, stimulant la demande.

La persistance de la crise que nous connaissons depuis 2008, ses à-coups, seront le moteur de la mise en place de mesures plus ambitieuses. Les récents travaux des markets monetarists, menés par le Professeur Scott Sumner, représentent aujourd’hui la solution la plus crédible aux problèmes auxquels nous sommes confrontés.

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