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"Bernadette se démène pour assurer à son mari une fin de parcours digne."
"Bernadette se démène pour assurer à son mari une fin de parcours digne."
©Reuters

La reine mère

Bernadette dans l'ombre du procès Chirac

Sans surprise, le ministère public a requis mardi la relaxe de Jacques Chirac dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Pas de surprise et pourtant... Dans "Le reine mère", Pascale Tournier, raconte les inquiétudes de Bernadette, l'épouse fidèle. Extraits (1/2).

Pascale Tournier

Pascale Tournier

Pascale Tournier est journaliste politique à France Soir. Elle a publié récemment Dans les cuisines de la République.

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Les critiques acerbes dont elle accable Jacques ne l’empêchent pas de continuer à tout faire pour le protéger. Elle a beau dire « Voyez ce que c’est de vivre avec un vieux », son vieux, elle y tient.

Au crépuscule de leur vie, Bernadette se démène pour assurer à son mari une fin de parcours digne. La voilà, à nouveau, remontée et décidée, le visage fermé et l’œil noir, la mâchoire serrée, retrouvant son costume usé de femme de devoir. Son meilleur rôle, sans doute. Celui qui force le respect et la rend tellement indispensable à ce mari qui a si souvent, trop souvent cru bon de se passer de son aide et de ses avis. Puissante, combative, elle ne laissera pas la Justice ternir l’honneur de son président de mari et le nom des Chirac, qu’elle porte depuis plus de cinquante ans. Elle y déploie autant d’énergie qu’elle trouve sincèrement le procès injuste : « Je pense que le président de la République, qui a été élu par tous les Français pour cinq ans, doit être protégé, disait-elle déjà en 2010. Je ne trouve pas normal qu’il puisse être soumis aux mêmes obligations dans certains cas que les citoyens ordinaires. Cela me choque beaucoup[1]. »

Dans le procès qui s’annonce depuis si longtemps, depuis que Jacques et les siens sont pris dans les méandres « abracadabrantesques » des affaires peu reluisantes de la Mairie de Paris, Bernadette fait office de commandant en chef. Lui, diminué physiquement et moralement, happé par le vide qu’engendre souvent la perte du pouvoir, n’a plus l’allant nécessaire. Depuis le départ de l’Élysée, « celui qui était né pour commander » a sa carrière derrière lui, mais doit encore se battre devant la Justice. L’enjeu est considérable. Il s’agit d’honneur et de trace dans l’Histoire, de l’image du cinquième président de la Ve République. C’est l’ultime combat. Mais les séquelles de son AVC, le poids de ses soixante- dix-huit ans et de cinq décennies d’hyperactivité le rendent plus vulnérable. Le Bulldozer non seulement est au régime diesel, mais il manifeste une certaine indifférence. Ces faiblesses contrastent avec le dynamisme et la santé de fer de Bernadette. Le temps a été plus clément avec elle, et la liberté trouvée après des années de contraintes politico-conjugales semble lui donner des ailes. Si Jacques baisse la garde, Bernadette est prête à en découdre. Elle sait jouer des médias, intriguer dans les cercles qui comptent, négocier et décider. (…)

Bernadette Chirac met son grain de sel dans le choix des avocats. Jean Veil, le fils de Simone Veil, qui assiste Jacques Chirac depuis son départ de l’Élysée, ne trouve pas grâce à ses yeux. Elle lui reproche de n’avoir pas su éviter la comparution de son mari devant le tribunal[2]. Fin février 2010, elle fait entrer dans la ronde Georges Kiejman. Dans cette initiative, elle est soutenue par François Pinault. Bernadette admire les talents d’orateur de l’ancien ministre délégué à la Justice de François Mitterrand, avocat de la propriétaire de L’Oréal, Liliane Bettencourt. L’arrivée de Maître Kiejman n’est pas pour plaire à Jean Veil, qui voit aussi deux autres jeunes avocats rejoindre l’équipe : Marie Burguburu et Éric Dezeuze.

Pour la stratégie à mettre en œuvre, Bernadette se heurte à l’avis de sa fille. Il y a débat entre les femmes du clan Chirac. Claude est favorable à la tenue d’un procès, pour que son père puisse revendiquer son innocence et montrer qu’il entend rester un justiciable ordinaire. Bernadette, non. Elle a peur que son mari ne tienne pas le choc. Le spectacle de sa déchéance, de sa chute sous les feux des caméras, serait un vrai cauchemar ! Elle essaye donc, par des artifices de procédures, d’empêcher la tenue des audiences. En vain. Puisque la comparution devient inéluctable, les avocats de la défense proposent d’engager une négociation avec la Ville de Paris, pour convenir d’une réparation financière. Celle-ci pourrait retirer sa plainte en constitution de partie civile. Le climat en serait plus serein. Les avocats essaient d’imposer leur point de vue aux femmes Chirac. Non sans difficulté. Pour Claude, négocier reviendrait à reconnaître la culpabilité de l’ancien chef de l’État. Quant à Bernadette, elle ne veut toujours pas entendre parler de procès. Au bout de plusieurs heures de discussion, les avocats finissent par les convaincre.

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Extraits de La reine mère, Éditions du Moment (22 septembre 2011)



[1] 1. RTL, le 9 janvier 2010.

[2] Le Monde, 22 février 2011.

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