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Indignés : la face anticapitaliste 
des États-Unis
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Côté obscur de la force

Indignés : la face anticapitaliste des États-Unis

Les indignés du monde entier se réunissent ce samedi. 82 pays et 950 villes sont concernées. Aux États-Unis, le mouvement est avant tout médiatique. Mais il trouve ses racines dans un anti-capitalisme historique.

Thomas Snegaroff

Thomas Snegaroff

Historien, spécialiste de la présidence américaine. Professeur en classes préparatoires et à Sciences Po Paris. 

Auteur de Faut-il souhaiter le déclin de l'Amérique? (Larousse, 2009).

A paraître en 2012: L'Amérique dans la peau. Regard sur la présidence américaine (Armand Colin). 

 

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Le grand jour est arrivé. Ce samedi, les indignés du monde s'unissent. Enfin, théoriquement. Cela ne changera pas grand chose. Mobilisés par des réseaux virtuels, réunis par des mots d'ordre vertueux et des acteurs virulents, les indignés peinent cependant à se faire entendre. Peu importe, ils veulent surtout attirer l'attention. Et en Amérique ils commencent à y arriver.

La semaine dernière, pour la première fois depuis le début du mouvement dit des Indignés de Wall Street, la couverture médiatique a égalé celle des Tea-Parties au début de l'année 2009. Totalement boudé par des médias qui n'y comprenaient rien, le mouvement est désormais suivi plus ou moins activement par 42 % des Américains selon une enquête du Pew Research Center publiée mercredi. L'effet d'entraînement d'une médiatisation croissante risque d'être très fort, et il est à parier que le mouvement en tirera bénéfice pour prendre de l'ampleur dans les prochains jours et les prochaines semaines. Il deviendra alors ce qu'il n'a jamais cessé d'être, un mouvement médiatique, ce qui n'enlève rien à sa force et même à sa légitimité. Quoique. Recevoir le soutien du rappeur à succès Kayne West apporte des paillettes qui cadrent mal avec ce cri social.

Pas de solutions réelles

Un cri social, plus qu'un véritable mouvement structuré. Crier c'est attirer l'attention. Pas nécessairement la retenir. Stigmatiser, comme ils le font, le 1% des plus riches Américains coupables de tous les maux, tandis qu'eux disent représenter les 99% restant, vertueux et trop longtemps silencieux est un peu court. Et inutile pour sauver l'Amérique. Un rapport récent de la Tax Foundation révèle par exemple qu'augmenter les impôts de 50% pour ceux qui gagnent de 1 à 10 millions ne permettra de réduire la dette que de 1%. Soyons plus radicaux ! Confisquons les revenus de ceux qui gagnent plus de 10 millions de dollars, la dette se réduira de...2%. Bref, ce n'est pas du côté des Indignés que l'Amérique trouvera des solutions réelles pour sortir de la spirale du déclin économique dans laquelle elle semble prise.

Cependant, ce mouvement qui prend de l'ampleur jour après jour traduit un véritable rejet du capitalisme. Ô cela n'a rien de vraiment nouveau en Amérique. Il n'est qu'à relire les saillies des Roosevelt, Teddy et Franklin, contre les grands patrons -les barons de l'industrie- pour s'en convaincre. Après avoir été floué par les patrons de la sidérurgie en mars 1962, même JFK se laissera aller à une confidence reprise dans le New York Times le lendemain : « Mon frère me dit toujours que tous les businessmen sont des « fils de pute », mais je ne l’avais jamais réalisé avant maintenant ». En 2008 et 2009, Obama lui-même n'avait pas été tendre avec ce « crony capitalism » qui avait précipité l'Amérique dans la crise. Le président américain a semblé un temps enclin à récupérer un mouvement qui s'enracine donc dans la culture économique et politique américaine. La semaine dernière, dans une conférence de presse, il a dit « comprendre » les Indignés de Wall Street.

Un piège pour Obama

La tentation est forte de récupérer un mouvement qui a l'immense avantage pour lui de le dédouaner de l'enracinement du chômage et ainsi de lui offrir l'espoir d'un deuxième mandat. Rapidement cependant, Obama assurait le secteur financier de son soutien. Présenté comme un nouveau Franklin D. Roosevelt durant la campagne de 2008, Obama ne semble pas vouloir imiter son glorieux prédécesseur qui avait, lui, capitalisé sur la haine -passagère- du capitalisme. Les temps ont changé. Dans les années 1930, le chômage touchait près d'1/4 des Américains contre 9% aujourd'hui. Obama sait compter. Contrairement à ce qu'ils disent, les Indignés ne représentent pas 99% de la population américaine. Obama aura besoin de soutiens financiers pour la campagne...

Pour l'heure -tout peut changer rapidement en fonction des développements du mouvement- la Maison-Blanche poursuit donc sa politique de conquête du centre politique, certaine qu'au final les Indignés ne voteront jamais avec les Républicains. Des Républicains très durs avec ce mouvement. Ils n'attendent qu'un soutien clair d'Obama pour dégainer. Ils risquent d'attendre longtemps.

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