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Najat Vallaud-Belkacem : "Il faut faire confiance aux syndicats pour faire les nécessaires efforts d’adaptation de leurs modes de fonctionnement"
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Dialogue social

Najat Vallaud-Belkacem : "Il faut faire confiance aux syndicats pour faire les nécessaires efforts d’adaptation de leurs modes de fonctionnement"

François Hollande a écrit ce lundi aux principales organisations syndicales leur assurant son attachement à la "démocratie sociale". Le candidat socialiste souhaite leur accorder une plus grande place. Des précisions avec sa porte-parole Najat Vallaud-Belkacem.

Najat Vallaud-Belkacem

Najat Vallaud-Belkacem

Najat Vallaud-Belkacem est ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement.

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Atlantico : La polémique de cette fin de campagne semble basée sur le rôle des syndicats. Gauche et droite sont à la recherche de ce que doit être le rôle des corps intermédiaires. Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est la position de François Hollande sur ce sujet ?

Najat Vallaud-Belkacem : François Hollande est candidat à l’élection présidentielle pour changer de pouvoir, mais également pour changer le pouvoir, c’est-à-dire pour changer la façon de délibérer et de décider. Ces cinq dernières années, les réformes ont fait l’objet de passages en force. Aucune d’entre elles n’est acceptée, toutes sont contestées. La politique de Nicolas Sarkozy aura été dictée par le syndrome de Pénélope : à cause de l’absence de dialogue en amont des réformes, il aura passé son temps à détricoter ce qu’il avait construit. L’instabilité juridique et la perte de crédibilité du politique sont les principales conséquences de ce mode de gouvernement.
 
François Hollande croit au contraire que l’union fait la force et que notre pays ne pourra pas sortir de la crise si les décisions ne sont pas le fruit d’une réflexion collective. Il ne devrait pas y avoir d’opposition entre le gouvernement et les syndicats, surtout en période de crise : les corps intermédiaires sont les nécessaires courroies de transmission qui font remonter vers le gouvernement les attentes des français. 
 
L'Etat a eu tendance à contourner ou à étouffer ces courroies de transmission. François Hollande croit au contraire qu’en période de crise, nous devons accorder une plus grande place aux partenaires sociaux dans la définition et l'élaboration des normes sociales.
S'il est élu, la Constitution devrait en particulier garantir à l'avenir une véritable autonomie normative aux partenaires sociaux.
 

 

Ne peut-on pourtant pas se poser la question de la légitimité des syndicats comme ils fonctionnent aujourd'hui ? Avec 8% de Français syndiqués et 10 à 20% de participation aux élections salariales, sont-ils représentatifs ? Une question qui s'applique aussi bien pour les syndicats salariaux que patronaux ? 

 
Personne ne nie que les syndicats aient des problèmes de recrutement. Ce n’est pas un hasard si c’est dans les pays où les syndicats ont le plus grand pouvoir de négociation que les organisations syndicales ont le plus d’adhérents. En France au contraire, les syndicats disposent de très peu de moyens de négociation et sont souvent dans l’obligation de recourir à la grève pour faire valoir leur point de vue. Beaucoup de salariés ne sentent pas l’utilité de se syndiquer car ils doutent de la capacité des syndicats à pouvoir faire respecter un accord en leur nom.
 
En Allemagne, où le pouvoir de négociation des syndicats est très important, les grèves sont peu fréquentes et le nombre d’adhérents est bien plus élevé qu’en France. Pour vous donner un ordre de grandeur, je vous ferai remarquer qu’en Allemagne, le syndicat industriel IG Metall et la centrale des activités de services Verdi représentent à eux deux plus de 5 millions d’adhérents, soit 3 fois plus que l’ensemble des adhérents de tous les syndicats français réunis.
 
Le renforcement des négociations collectives voulu par François Hollande devrait conduire naturellement à apaiser les rapports entre salariés et chefs d’entreprise et à élargir le recrutement syndical.
 

Peut-on encore accepter  que les syndicats soient le seul corps de la République à n'être exposé à aucune forme de contrôle indépendant ? Le rapport Perruchot a montré que la transparence des financements des syndicats, malgré le regard de la Cours des Comptes, n'est pas parfait.

 
Prenons garde à toute tentation d’ingérence. Les syndicats sont un contre-pouvoir essentiel en démocratie. A ce titre, ils sont aussi nécessaires que la presse ou les associations. La liberté syndicale d’ailleurs a une valeur constitutionnelle aussi importante que la liberté de la presse ou la liberté associative. Ce n’est donc pas un contrôle qu’il convient d’exercer mais une vérification de la légalité de certaines pratiques.
 
L’affaire des caisses noires de l’UIMM, révélée en 2009, a par exemple révélé des défaillances. Les syndicats ne sont pas restés sans réagir et il faut saluer la qualité de l’accord du 17 février dernier sur la transparence financière des organismes paritaires. Cet accord répond parfaitement aux attentes sur la transparence des comptes des organisations gérées par les syndicats, comme les caisses de retraite complémentaires ou les organismes de formation professionnelle.
 
Cet accord rend obligatoire pour chaque organisme la signature d'une "convention financière" qui fixera les modalités du financement des activités et instituera un plafond de dépenses global. La fonction d'administrateur étant exercée à titre gracieux, les frais (liés au déplacement, séjour, formation) seront désormais remboursés sur justificatif et non plus sur forfait. Je crois que l’on est sur la bonne voie et qu’il faut faire confiance aux syndicats pour faire les nécessaires efforts d’adaptation de leurs modes de fonctionnement.
 
Propos recueillis par Romain Mielcarek

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