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Une scène du film "Pretty woman".
Une scène du film "Pretty woman".
©Christina Saint Marche/Flickr

Femme-trophée

Homme riche cherche femme jeune et belle : les dessous d’un mythe

Elle est jeune et belle, il est plus vieux, et il a de l'argent. Même si cette vision que d'aucuns pourraient qualifier de "cliché" existe encore, certains chercheurs s'emploient à démonter ce qu'ils considèrent être désormais un mythe.

Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu est sociologue, spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. Directeur de l'Observatoire de la Discrimination, il est l'auteur de Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire (Odile Jacob, 2002), DRH le livre noir, (éditions du Seuil, janvier 2013) et Odile Jacob, La société du paraitre -les beaux, le jeunes et les autres (septembre 2016, Odile Jacob).

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Atlantico : Selon la sociologue Elizabeth McClintock de l'université de Notre Dame (Indiana, Etats-Unis), le stéréotype de la "femme-trophée", consistant en un mariage entre un homme riche au statut élevé et une femme sélectionnée pour sa beauté serait moins systématique qu'on pourrait le penser. Les couples se formeraient plus en fonction de leurs ressemblances que sur la base d'un échange "statut contre argent" : les gens beaux se marieraient entre eux, ainsi que les gens riches. Que pensez-vous de cette analyse ?

Jean-François Amadieu : Il est juste de rappeler qu'il a toujours existé une homogamie sociale dans les couples, ainsi qu'au niveau de l'instruction. C'est d'autant plus vrai aujourd'hui que les femmes font des études, exercent un emploi… Hommes et femmes partagent donc des caractéristiques de plus en plus voisines. Le fait que les couples se forment entre personnes qui disposent des mêmes capitaux de beauté a également déjà été observé.

Néanmoins le modèle de la "Trophy wife", pour parler comme les Américains, n'a pas complètement disparu, ce pour plusieurs raisons. Dans ce modèle, les hommes se trouvent généralement en couple avec des femmes plus jeunes qu'eux. Or ce phénomène existe au plan international, y compris en France. Cela témoigne d'autant plus d'une perduration du modèle, que la beauté est liée à la jeunesse. C'est pourquoi on peut parler de modèle standard.

En outre dans tous les pays du monde les hommes continuent de disposer d'un statut social plus important, de gagner plus d'argent  et de mener une meilleure carrière en raison de phénomènes de discrimination. Pour ces raisons de discrimination les femmes ont en moyenne un statut social et économique moins enviable. Inutile de dire qu'en Inde et en Chine, cette réalité est encore plus forte. Mécaniquement, avec des hommes qui ont quelques années de plus que leur femme, et qui de plus sont bénéficiaires de discriminations sociales, la vieille règle de l'échange des capitaux financiers et esthétiques continue d'exister, même si la femme a suivi des études. Il suffit de regarder la politique : les présidents sont rarement des femmes, et leurs épouses ont souvent fonction de faire-valoir. Il n'est pas non plus surprenant aujourd'hui qu'une personnalité très en vue fréquente un mannequin, sans être un Apollon. C'est même largement la norme.

Concernant les couples, les classes sociales se mélangent-elles vraiment, même aujourd'hui ? Le "syndrome Cendrillon" est-il exagéré ?

Plutôt que par milieux sociaux, les gens fonctionnent beaucoup par niveau d'instruction. En effet les études peuvent amener à rencontrer des personnes qui viennent de milieux différents. L'homogamie se fait aujourd'hui en fonction de l’éducation et des lieux que l'on fréquente. Les humains continuent de fréquenter essentiellement ceux qui leur ressemblent.

Les personnes riches n'ont-elles pas de toute façon l'avantage sur les autres de pouvoir soigner l'image qu'elles renvoient ? La classe sociale et le pouvoir d'attraction sont-ils des données que l'on peut interpréter indépendamment ?

Des corrélations existent indéniablement. L'homogamie existe dans les apparences, mais aussi au niveau social et économique. Le fait d'appartenir à un milieu social plus favorisé permet davantage de correspondre aux standards de beauté du moment : taille, silhouette, indice de masse corporelle, etc.  Il ne fait nul doute que la position socio-économique des hommes et des femmes est relativement corrélée à leur apparence physique. On  arrive logiquement à des phénomènes de reproduction  sociale et physique.

Les études menées en la matière sont-elles biaisées par le fait, par exemple, que les femmes passent plus de temps à soigner leur apparence que les hommes, et qu'elles gagnent en moyenne moins bien leur vie ? Homme et femme, en tant que sujets d'étude, sont-ils comparables sans que soient pris en compte ces facteurs ?

De fait, le marché matrimonial des grandes villes est déséquilibré : on y trouve des jeunes filles en plus grand nombre, avec des écarts d'âge entre mariés, des inégalités de rémunération. En Chine, ce phénomène est très net, et en Inde c'est encore plus criant : il n'y a globalement plus assez de filles, les pauvres sont ceux qui en ont, et les riches ont des garçons. Ces derniers sont en compétition, et ce sont mécaniquement les plus riches qui trouvent une épouse.

Est-ce une vue de l'esprit que de considérer que les femmes sont moins regardantes sur le physique que les hommes ?

Il existe incontestablement une socialisation des normes qui a pour effet, malgré tout, d'entretenir la valorisation du succès professionnel chez les hommes, et la beauté chez les femmes. Cette construction sociale perdure. Il est évident cependant que les femmes ne sont pas indifférentes à l'apparence physique des hommes, bon nombre d'enquêtes et d'expériences scientifiques l'ont montré. La norme sociale est telle que les hommes peuvent dire que l'apparence physique est importante pour eux, alors que les femmes diront que ce n'est pas la priorité, et qu'elles cherchent surtout ce qu'on appellera un "bon mari". La norme sociale reste très forte.

La permanence du principe d'échange "statut-argent" révèle-t-elle un lien de subordination entre hommes et femmes qui n'a pas encore disparu ?

Bien entendu. Petit à petit la contrainte de l'âge peut changer, les inégalités salariales se résorber, mais au plan international, et même en France, on s'aperçoit que les différences entre les sexes restent très fortes.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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