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Libération a consacré sa une du mardi 10 septembre à François Hollande.
Libération a consacré sa une du mardi 10 septembre à François Hollande.
©Flickr

Medef / PS : même combat ?

Hollande président des patrons selon Libération : ce qu’en pensent les intéressés

Libération a consacré sa une du mardi 10 septembre à François Hollande, n'hésitant pas à titrer "Le Président des Patrons".

Atlantico : Libération a consacré sa une du mardi 10 septembre à François Hollande, n'hésitant pas à titrer "Le Président des Patrons". Le quotidien y fustige une "politique de l'offre, globalement injuste et éloignée de son programme à gauche". Partagez-vous ce constat actuellement ?

Michel Rousseau : Ce serait une bonne nouvelle : arrêter de faire peser sur les entreprises l’excès de dépense de la sphère publique et avouer, enfin, que sans entreprises nulle création d’emplois n’est possible. Malheureusement, aucune politique de l’offre n’a eu lieu en 2013, et ne semble se profiler pour les années à venir.

2013 sera l’année des prélèvements obligatoires les plus élevés jamais atteints en France : 46,3% du PIB. Pis, ce sont les entreprises qui ont été mises à contribution avec une hausse de la fiscalité de plus de 10 milliards d’euros alors qu’elles subissaient déjà les prélèvements les plus élevés d’Europe mais aussi de l’OCDE, soit 18% du PIB (à comparer aux 10,9% du PIB pesant sur les entreprises allemandes et 4,9% du PIB sur les entreprises danoises). Parmi ces nouvelles hausses de prélèvements citons, entre autres, : la limitation de la déductibilité fiscale des intérêts d’emprunts (4 milliards d'euros), qui taxe l’investissement productif des grandes entreprises et des Entreprises de taille intermédiaire (ETI), l’augmentation des prélèvements des travailleurs indépendants (+1,3 milliards d'euros), la taxe à 75% qui pourrait, in fine, être assumée par les entreprises, etc. Les 300.000 chômeurs supplémentaires que compte notre pays depuis un an ne suffisent pas à Libération !

Jean-David Chamboredon : En découvrant cette une, j'ai rajeuni de 35 ans ! Avec un certain sens de l'humour et quelques références historiques, on peut y retrouver le ton des unes de L'Humanité de la fin des Trente glorieuses... En étant plus sévère, on peut se demander si la rédaction de Libération vit au 21e siècle : ce rappel suranné à une forme de lutte des classes est assez ridicule. S'il est exact que le président Hollande a été élu après une campagne démagogique et très à gauche (sans doute pour laisser peu d'espace à Jean-Luc Mélenchon), la réalité économique du pays a rattrapé le gouvernement. L'économie française est en contraction-récession. Ce sont les entreprises qui créent des emplois marchands et sans création d'emplois marchands, il n'y a pas de solutions viables aux problèmes auxquels le pays fait face...  

Le pacte de compétitivité est notamment présenté comme une réforme illustratrice de cet "amour" pour les employeurs. Peut-on dire actuellement que cette mesure fait réellement le bonheur des patrons ?

Michel Rousseau : Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), mesure phare du pacte de compétitivité, a été annoncé quelques semaines après un projet de loi de finances qui introduisait des hausses de fiscalité significatives pour les entreprises. Le CICE (15 milliards d’euros prévus en 2014 et 20 milliards d'euros en 2015), est trop tardif  - les entreprises ne pourront le percevoir qu’à partir de 2014 - largement insuffisant lorsque l’on sait que les entreprises françaises ont les taux de marges les plus faibles d’Europe et qu’elles paieraient deux fois moins de taxes et prélèvements si elles étaient implantées en Allemagne et surtout, le dispositif est peu lisible. Pour la Fondation Concorde, il faut tout simplement baisser les charges des entreprises.

Jean-David Chamboredon : Le rapport Gallois a permis au gouvernement de partager avec l'ensemble des Français un constat sans appel : notre économie n'est pas compétitive, le coût du travail est trop élevé, le droit du travail est trop compliqué, les marges sont trop faibles et les entreprises n'innovent pas, et tout simplement, n'osent pas assez. Prendre des mesures en faveur du développement des entreprises, ce n'est pas "aimer les employeurs", c'est simplement essayer de créer un contexte favorable à la création d'emplois et au retour de la croissance. Tous les Français souhaitent cela, non ? Ceci étant dit, la mesure phare du "Pacte" à savoir le CICE ne fait pas l'unanimité parmi les entrepreneurs : ceux qui peuvent en bénéficier (car ayant beaucoup de salariés en dessous de 2,5 x SMIC) auraient préféré un allègement direct du coût du travail plutôt qu'un crédit d'impôt toujours complexe à financer ou à récupérer et ceux qui en bénéficient marginalement (car ayant beaucoup de salariés au dessus de 2,5 x SMIC) se sont sentis simplement exclus du "Pacte"... C'est par exemple largement le cas dans le secteur du numérique.

La réforme des retraites est aussi vue comme un cadeau pour les entreprises et une capitulation devant Bruxelles. Sachant qu'il s'agit d'une réforme a minima qui a pris en compte la pénibilité, peut-on vraiment dire que ce dossier a été traité de façon libérale ?

Michel Rousseau : Pour l’instant, aucun cadeau n’a été fait aux entreprises ! La totalité du besoin de financement du régime général sera assurée par des hausses de prélèvements qui toucheront salariés, entreprises et retraités. La majeure partie des nouvelles ressources proviendra d'une hausse des cotisations salariales et patronales à partir de 2014 (de 0,15 point la première année, puis de 0,05 point par an jusqu'en 2017). Une promesse a été faite aux chefs d’entreprises de compenser cette nouvelle augmentation de prélèvements. Attendons de voir ce qu’il en sera.

Jean-David Chamboredon : Le mot "réforme" est sans doute utilisé à mauvais escient ici. Il s'agit d'un simple ajustement des durées de cotisations et des taux de cotisations patronales et salariales. De plus, cet ajustement ne concerne que le régime général : les régimes spéciaux et les régimes complémentaires eux mêmes en situation très déficitaires n'ont pas été "traités". Enfin, la promesse de compenser l'augmentation des charges patronales liées à la retraite par un abaissement des cotisations liées à la politique familiale est à ce jour une simple promesse dont le financement reste inconnu. Une histoire de sapeur Camembert qui creuse un trou pour en reboucher un autre...

De manière plus générale, quelle est votre avis sur l'ensemble de la politique Hollande à l'égard des entreprises après un an au pouvoir ?

Michel Rousseau : Depuis un an, la France compte 300.000 chômeurs supplémentaires ; le déficit public qui devait être de 3% du PIB à la fin de l’année 2013 sera probablement proche des 4% du PIB ; le taux de chômage approche des 10,5% ; les prélèvements obligatoires n’ont jamais été aussi élevés. Sans parler de la croissance dont on ne sait si elle sera plus proche de -0,1% ou de + 0,3%... Quel échec !

Jean-David Chamboredon : L'interaction entre le gouvernement et les entrepreneurs a beaucoup progressé depuis un an. Les Assises de l'Entrepreneuriat en avril dernier ont donné de l'espoir aux optimistes comme moi... mais les sceptiques sont restés sceptiques à cause des fausses notes beaucoup trop nombreuses : affaire Montebourg-Dailymotion, projet de loi Pinel sur les auto-entrepreneurs, projet de loi Hamon comprenant l'obligation d'information des salariés en cas de projet de cession... qui, toutes, créent une forme "d'insécurité économique". Quand un gouvernement souhaite relancer l'économie, il doit donner de la "sécurité économique" aux acteurs. Dans notre secteur, Fleur Pellerin s'est bien approprié les problématiques propres à l'économie numérique et on ressent une vraie volonté de créer un environnement favorable aux jeunes entreprises du secteur mais ... la conjoncture générale pèse forcément sur ces nouveaux acteurs parce qu'ils ont pour clients soit des consommateurs en manque de pouvoir d'achat, soit des entreprises plus traditionnelles en manque de capacité d'investissement... Le constat sur l'état de l'économie française est encore à partager pédagogiquement avec les Français et ce n'est pas grave si la rédaction de Libération ne se rend pas compte que ses jeunes lecteurs, eux, ont déjà bien compris.

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