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A 24 ans, Hitler trouvait impossible d’entretenir une amitié durable et n’avait jamais eu de petite amie.
A 24 ans, Hitler trouvait impossible d’entretenir une amitié durable et n’avait jamais eu de petite amie.
©Flickr - Recuerdos de Pandora

Bonnes feuilles

Hitler : naissance d'une vocation et origines du mal

Comment un personnage aussi antipathique que le Führer a-t-il bien pu fasciner des millions de gens ? Laurence Rees apporte des éléments de réponses. Extrait de "Adolf Hitler : la séduction du diable" (1/2), Editions Albin Michel.

Laurence  Rees

Laurence Rees

Diplômé d’Oxford, Laurence Rees, auteur, réalisateur et producteur pour BBC TV de la série documentaire « La séduction du diable-Adolf Hitler » (Novembre 2012), est aussi l’ancien directeur de la chaîne Histoire de la BBC. Il s’est spécialisé dans l’écriture de livres et la réalisation de documentaires télé sur les nazis et la Seconde Guerre mondiale.

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En 1913, Adolf Hitler avait vingt-quatre ans et rien dans sa vie ne le désignait comme un futur dirigeant charismatique de l’Allemagne. Ni sa profession : il vivotait à Munich en peignant des tableaux pour touristes. Ni son logement : il louait une petite pièce à Josef Popp, un tailleur, au troisième étage d’un immeuble sis au 34 de la rue Schleissheimer, au nord de la gare principale de Munich. Ni les vêtements qu’il portait : il s’habillait de façon classique, quoique miteuse, avec le costume traditionnel du bourgeois de son temps – pantalon et veston noirs. Ni son apparence physique : il était d’allure particulièrement peu avenante, avec ses joues creuses, ses dents jaunes, sa moustache mal taillée et une mèche de cheveux noirs pendant mollement sur son front. Ni sa vie émotionnelle : il trouvait impossible d’entretenir une amitié durable et n’avait jamais eu de petite amie. Sa principale caractéristique distinctive était sa capacité à haïr. « Il était brouillé avec le monde entier, écrivit August Kubizek qui, des années auparavant, avait longtemps partagé son logement à Linz en Autriche, ne voyant partout qu’injustice, haine, inimitié. Son esprit critique n’épargnait rien. […] Il se torturait, se faisait des reproches, accusait son époque, le monde, l’humanité tout entière de ne pas le comprendre et de ne pas lui donner sa chance. Il se sentait trahi, persécuté1. »

Comment expliquer que cet homme, si parfaitement quelconque à l’âge de vingt-quatre ans, ait pu devenir un des personnages les plus puissants et tristement célèbres de l’histoire du monde – et qui plus est un dirigeant connu pour son « charisme » ?

Les circonstances, bien évidemment, devaient jouer un rôle considérable dans cette transformation. Mais il reste aussi à comprendre une des dimensions les plus incroyables de cette histoire : comment il se fait que plusieurs traits de personnalité du peintre excentrique nommé Hitler errant dans les rues de Munich en 1913 – et qui contribuaient à cette date à son absence de succès professionnel et personnel – allaient non seulement perdurer chez lui, mais devaient même être perçus par la suite non pas comme des faiblesses, mais comme autant de forces. L’intolérance monumentale d’Hitler, par exemple, se manifestait en ce qu’il estimait impossible de débattre de quelque sujet que ce soit. Il énonçait son point de vue, puis se mettait en colère à la première question ou critique rationnelle qu’on lui adressait. Mais ce qui était perçu en 1913 comme la profération aveugle d’un slogan passerait plus tard pour la certitude d’une vision. Puis il y avait cette confiance, massive et démesurée, qu’il avait en ses propres capacités. Pendant sa période viennoise, quelques années auparavant, il avait annoncé à son colocataire perplexe sa décision de composer un opéra – sans doute ne savait-il ni lire ni écrire correctement la musique, mais cela n’était pas un handicap. Plus tard, cette confiance en soi excessive serait interprétée comme une marque de génie.

Au moment de son arrivée à Munich, il avait déjà connu au fil des années maints déboires. Né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn, en Autriche, à la frontière avec l’Allemagne, Hitler ne s’entendait pas avec son père, un homme âgé, un agent des douanes qui le battait. Son père mourut en janvier 1903 à l’âge de soixante-six ans, et sa mère décéda d’un cancer quatre ans plus tard, en décembre 1907, alors qu’elle venait juste d’avoir quarante-sept ans. Orphelin à dix-huit ans, Hitler erra, entre Linz en Autriche et Vienne, la capitale de l’Empire, et il connut en 1909 quelques mois de véritable indigence avant qu’une petite donation pécuniaire d’une tante lui permît de s’installer comme peintre. Il méprisait cependant Vienne, ville pour lui minable, impure, submergée de prostitution et de corruption. Il dut attendre ses vingtquatre ans, âge auquel, selon le testament de son père, il reçut un héritage différé de 800 couronnes pour pouvoir quitter l’Autriche et chercher un meublé à Munich, cette ville « allemande », un lieu dont il dirait plus tard qu’il lui était « plus attaché […] qu’à tout autre endroit de la terre en ce monde ».

Mais il avait beau vivre, au moins, dans une ville à son goût, Hitler n’en semblait pas moins en partance vers l’obscurité absolue. Malgré l’impression qu’il voulut donner au monde – dans son autobiographie Mein Kampf, écrite onze ans plus tard, il essaya de convaincre ses lecteurs que, durant cette époque, il y avait presque joué le rôle d’un politicien à l’état embryonnaire2 –, en 1913, il était un individu inadapté aux plans social et émotionnel et dont la vie partait à la dérive. Fait capital, ce qui lui manquait à vingtquatre ans – et que tant d’autres personnages historiques perçus comme des chefs charismatiques possédaient déjà à cet âge –, c’était le sentiment d’une mission personnelle. Il ne découvrit ce dont il crut avec passion que c’était sa « mission » dans la vie qu’à la faveur de la Première Guerre mondiale et de la manière dont elle se termina. Sans ces événements épiques, il n’aurait très certainement pas quitté Munich et serait resté un inconnu pour l’Histoire.

À l’inverse, il commença son voyage dans la conscience du monde le 3 août 1914, en accomplissant une démarche officielle – en tant qu’Autrichien – pour rejoindre les rangs de l’armée bavaroise. Cela faisait seulement deux jours que l’Allemagne avait déclaré la guerre à la Russie, le 1er août. Hitler brûlait de servir l’État allemand qu’il admirait tant, et son désir fut exaucé en septembre 1914 quand il intégra comme soldat ordinaire le régiment « List ». Le mois suivant, il connut son baptême du feu près d’Ypres. Il décrit la scène dans une lettre qu’il adressa à un ami à Munich : « À gauche et à droite les obus éclataient, et dans l’intervalle les balles anglaises sifflaient. Mais nous n’y prêtions pas attention […] ; au-dessus de nous les obus sifflaient et hurlaient, des débris de troncs d’arbres et de branches volaient autour de nous. Et puis à nouveau les grenades tombaient dans le bois, dégageant des nuages de pierres, de terre, noyant tout dans une vapeur puante, écoeurante, d’une couleur jaunâtre teintée de vert […]. Je pense souvent à Munich, et chacun d’entre nous fait le même voeu que ceux d’en face verront leur compte réglé une fois pour toutes. Nous voulons un combat à outrance, à n’importe quel prix […]. »

Ce sont les mots d’un homme qui a trouvé quelque chose. Non pas seulement – pour la première fois – le sentiment d’avoir un but dans une entreprise menée en commun avec d’autres êtres humains, mais une révélation des spectaculaires possibilités de l’existence. Et ce conflit aurait un effet analogue non seulement sur Hitler, mais sur bien d’autres également. « Le combat, père de toutes choses, est aussi le nôtre, écrivit Ernst Jünger, un autre vétéran de la Première Guerre mondiale. C’est lui qui nous a martelés, ciselés et trempés pour faire de nous ce que nous sommes. Et toujours, si longtemps que la roue de la vie danse en nous sa danse puissante, cette guerre sera l’essieu autour duquel elle vrombit. Elle nous a formés au combat, et tant que nous serons, nous resterons des combattants2. »

La guerre que connurent Hitler, Jünger et des millions d’autres sur le front occidental ne ressembla à aucune de celles qui l’avaient précédée dans l’histoire. Une guerre cantonnée par la puissance des armes défensives comme la mitrailleuse et les barbelés dans des champs de bataille sanglants et restreints. Une guerre marquée par les effets dévastateurs des lance-flammes, des explosifs puissants et des gaz toxiques. Avec cette conséquence que, pour Hitler, le « romantisme » de la bataille « fit place à l’épouvante1 ». Il n’est guère étonnant qu’il ait conçu l’idée que la vie était un combat continuel et brutal : c’était exactement ce qu’elle était pour un soldat ordinaire de la Première Guerre mondiale. Mais pas seulement. Il y avait aussi – surtout pour Adolf Hitler – le sentiment que l’expérience de cette guerre serait une épreuve qualifiante, ouvrant à de possibles actes d’héroïsme. Malgré les travaux universitaires récents qui confirment qu’il n’était pas dans les tranchées, mais servait comme estafette basée dans le quartier général du régiment juste derrière la ligne de front2, le courage du soldat Adolf Hitler ne fait aucun doute. Il fut blessé en octobre 1916 à la bataille de la Somme, puis, deux ans plus tard, récompensé de la croix de fer de première classe. Son nom avait été avancé pour cette distinction par un officier juif, Hugo Gutmann, et la recommandation officielle signée du commandant du régiment, Emmerich von Godin, indiquait que, « dans son rôle d’estafette [Hitler était] un modèle de sang-froid et de détermination dans la guerre de mouvement tant que de position » et qu’il était « toujours prêt à se porter volontaire pour acheminer un message dans les situations les plus difficiles et en courant les plus grands risques pour sa propre vie3 ».

Pourtant, malgré sa bravoure, le caractère insolite d’Hitler restait une énigme pour ses camarades du régiment List, comme il l’avait été aux yeux de ses relations d’avant-guerre. Comme Balthasar Brandmayer, un des soldats qui servirent avec lui, l’expliqua plus tard : « Hitler avait quelque chose de spécial1. » Ses compagnons trouvaient étrange qu’il ne veuille jamais se saouler ni coucher avec une prostituée ; qu’il préfère occuper ses moments de loisir à lire ou à dessiner – ou quelquefois à haranguer son entourage sur le premier sujet qui lui passait par la cervelle ; qu’il semble n’avoir ni amis ni famille et que, par conséquent, il soit un homme résolument seul2. Quant au « charisme »… Hitler ne donnait pas l’impression d’en posséder, sous quelque forme que ce soit.

(...)

Pourtant aucun indice probant ne vient appuyer cette thèse qu’Hitler poursuivait quelque stratégie machiavélique au cours de ces mois immédiatement postérieurs à la fin de la guerre – bien au contraire. Le capitaine Karl Mayr, le chef de la section des renseignements de l’armée à Munich (chargé de rééduquer les soldats après la révolution socialiste), le rencontra au printemps 1919, et le souvenir qu’il en rapporta plus tard laisse peu de doutes : « À cette époque Hitler était prêt à allier son destin avec le premier venu qui lui manifestât de la gentillesse. Il n’avait pas cet esprit de martyr, “L’Allemagne ou la mort”, qui fut par la suite tellement utilisé comme slogan pour assurer sa promotion. Il aurait travaillé pour un employeur juif ou français avec le même empressement que pour un aryen. Quand je le rencontrai pour la première fois, il était comme un chien errant à la recherche d’un maître1. »

Mayr avait une personnalité peu commune. Il abandonna par la suite l’extrême droite du spectre politique allemand pour devenir social-démocrate et un farouche opposant d’Hitler. Il finit par mourir, en 1945, dans un camp de concentration nazi. Et si certaines de ses dernières attaques contre Hitler semblent exagérées jusqu’à l’extravagance – il déclara, par exemple, qu’Hitler était si stupide qu’il ne pouvait rédiger ses propres discours –, il y a, semble-t-il, peu de raisons de mettre en cause ses impressions après sa première rencontre avec Hitler, en mai 1919. De fait, elles donnent l’explication la plus convaincante de la conduite d’Hitler à l’époque. Donc Hitler, nous révèlent-elles, n’était pas, au début de 1919, un acteur politique enclin à l’intrigue. Ce n’était qu’un soldat ordinaire, déprimé par la défaite militaire, désorienté, ignorant tout du destin qui lui était désormais réservé et content de rester aussi longtemps que possible dans l’armée, le seul toit et le seul emploi qu’il eût. Il ne s’agit pas de dire qu’il était vierge de toute expérience. Hitler croyait déjà à certains principes politiques – tel le pangermanisme –, et son séjour d’avant-guerre à Vienne l’avait en particulier exposé à toutes sortes d’influences antisémites virulentes. Mais ce furent les cours qu’il donna pendant les quelques mois qui suivirent, en qualité d’agent de « rééducation » de Mayr, qui devaient lui permettre de cristalliser sa pensée. Sa tâche était d’énumérer aux autres soldats les dangers du communisme et les bienfaits du nationalisme. Et, en guise de formation à cette activité d’endoctrinement, il assista, entre le 5 et le 12 juin 1919, à un cours ad hoc à l’université de Munich. Il y écouta un ensemble de conférences, dont celles sur « L’histoire politique de la guerre » et « Notre situation économique1 », toutes orientées dans la « bonne » direction antibolchevique. Aux dires de tous, Hitler absorba tout cela avec enthousiasme avant de le régurgiter en août à d’autres soldats de l’armée allemande dans un camp près d’Augsbourg.

En particulier, Hitler donna libre cours dans ses discours à de malfaisantes opinions antisémites, établissant un rapport entre les Juifs d’une part et le bolchevisme et la révolution de Munich de l’autre. Cette pensée n’avait rien d’original – elle était courante chez les tenants de l’extrême droite allemande de l’époque –, et ce fut dans cet amalgame parfaitement simpliste entre judaïsme et communisme que prit son origine, à la suite de la Première Guerre mondiale, une bonne part du préjugé antisémite. « Les gens dépêchés en Bavière pour instituer un régime de conseils [communiste], dit Fri-dolin von Spaun, lui aussi antisémite convaincu, étaient presque tous juifs. Évidemment nous savions déjà de la Russie que les Juifs y occupaient une position très influente. […] La théorie marxiste a aussi été conçue par un Juif [c’est-àdire Karl Marx], sur lequel Lénine s’est appuyé1. » Hitler avait déjà été exposé à une rhétorique antisémite crue, par exemple de la bouche du maire de Vienne, Karl Lueger, mais contrairement à l’idée qu’il exprima dans Mein Kampf, nous ne disposons d’aucun élément contemporain apportant la preuve irréfutable qu’il fut un antisémite fervent avant la fin de la guerre. Il n’est pas douteux qu’il exprimait des opinions fortement antisémites en août 1919 ; mais à cette date, bien sûr, il avait suivi les conférences organisées par Mayr et vu dans quel état d’esprit se trouvaient de nombreux Munichois en réponse à l’éphémère république soviétique qui avait été instaurée en ville. Au demeurant, rien n’indique qu’Hitler jouait maintenant la comédie à l’endroit de son antisémitisme. La puissance et la force avec lesquelles il exprimait ses opinions étaient celles d’un véritable croyant.

Hitler avait trente ans. Et c’est seulement à cette date – l’été 1919 – que l’on peut détecter dans les documents historiques la première référence à son « charisme ». Dans le camp militaire d’Augsbourg, un grand nombre de soldats firent des remarques positives sur son talent de conférencier. L’un d’entre eux, un artilleur du nom de Hans Knoden, écrivit : « [Hitler] se révéla être un orateur brillant et fougueux qui oblige tout l’auditoire à suivre son exposé. Un jour où il n’était pas parvenu à terminer un trop long discours [dans le temps qui lui était imparti], il demanda au public s’il serait intéressé par la perspective d’écouter ses propos après ses heures de travail – immédiatement tout le monde accepta sa proposition. Il était évident que l’intérêt des hommes était piqué2. »

Hitler avait toujours méprisé le débat, il donnait seulement des conférences. Mais, avant la guerre, il n’avait pas rencontré l’auditoire disposé à écouter ses harangues sur l’opéra ou l’architecture. Alors que, désormais, il y avait des gens qui étaient disposés à entendre ce qu’il pensait de la position fâcheuse où se trouvait l’Allemagne dans l’immédiat aprèsguerre. Hitler avait toujours été sûr de ses jugements et il était peu enclin à admettre la discussion. Or, dans la crise, ils étaient nombreux à accueillir avec ferveur son inflexible intransigeance. De toute évidence, bien de ses idées étaient à ce moment celles du futur Führer du peuple allemand. Le 16 septembre 1919, par exemple, Hitler rédigea, à la demande du capitaine Mayr, une déclaration antisémite résolument radicale. Il y disait que les Juifs « étaient une tuberculose raciale parmi les nations » et que le but devait être « l’élimination [d’Allemagne] de tous les Juifs1 ». Quatre jours avant d’écrire cette lettre, il avait assisté à un meeting politique dans le Leiberzimmer [salle des vétérans] de l’ancienne brasserie Sternecker à Munich. Dans le cadre de son travail pour le capitaine Mayr, il était censé surveiller les partis politiques marginaux et rédiger des rapports sur eux – et il n’y avait pas plus marginal que celuilà : le Parti ouvrier allemand [Deutsche Arbeiterpartei]. Ce n’était guère plus qu’un club de discussion, fondé en janvier 1919 quand Anton Drexler, un serrurier de trente-cinq ans, et Karl Harrer, un journaliste, avaient décidé qu’ils voulaient personnellement promouvoir un programme politique ouvriériste antisémite et antibolchevique d’un genre déjà banal à droite. Drexler était un ancien membre du Parti de la patrie allemande [Deutsche Vaterlandspartei (DLVP)] créé par Wolfgang von Kapp deux ans auparavant, et Munich pullulait à l’époque d’une multitude d’autres groupes de droite – comme l’Alliance nationaliste allemande de protection et de défense (Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund) et la Société ou l’ordre de Thulé (Thule-Gesellschaft).

Il y avait seulement deux ou trois douzaines de personnes ce soir-là dans le Leiberzimmer ; mais quand Hitler y dénonça l’appel fait à la Bavière de déclarer son indépendance par rapport au reste de l’Allemagne et de créer une « République soviétique », il fit une impression immédiate. Drexler reconnut les talents rhétoriques d’Hitler et le pressa de rejoindre son minuscule parti. C’est ainsi que s’unirent Adolf Hitler et ce qui allait devenir le Parti nazi (NSDAP). Hitler mit à profit les quelques semaines qui suivirent pour révéler qu’il était investi d’une « mission » : proclamer comment l’Allemagne pouvait être reconstruite sur les ruines de la défaite. Mais il n’annonça pas encore qu’il était lui-même le grand dirigeant qui accomplirait personnellement cette tâche. Notons cependant que, dans sa lettre du 16 septembre attaquant les Juifs, il avait déjà attiré l’attention sur la nécessité, pour l’Allemagne, de devenir un État autocratique gouverné par des individus autocratiques : « Cette renaissance se mettra en marche non pas sous l’autorité politique de majorités irresponsables placées sous l’influence des dogmes des partis ou d’une presse irresponsable, non par des devises et slogans de fabrication internationale, mais seulement par l’action impitoyable de personnalités capables de diriger la nation et dotées d’un sens inné de la responsabilité1. » Il avait, semble-t-il, défini sa mission. Mais il n’était pas encore prévisible qu’elle lui échoie. La vie d’Hitler changea après son apparition dans la brasserie Sternecker. Après avoir été ballotté sur des mers tumultueuses, il avait maintenant trouvé un havre sûr. Il prétendrait tout le reste de sa vie qu’il avait toujours été destiné à arriver là.

Extrait de "Adolf Hitler : la séduction du diable" (Edition Albin Michel, © Albin Michel), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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