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Hi-Media, une régie publicitaire très convoitée : quand des pionniers de la net-économie se livrent une guerre sans merci
©wikipédia

Petits coups de pub entre amis

Hi-Media, une régie publicitaire très convoitée : quand des pionniers de la net-économie se livrent une guerre sans merci

Depuis plusieurs mois, la guerre fait rage entre HI Media, l’une des principales régies publicitaires sur Internet, et l’un de ses actionnaires (lequel veut éjecter le premier). Le putsch réussira-t-il ? Réponse le 3 mai lors de l’assemblée générale des actionnaires. Cyril Zimmermann, patron et fondateur de la régie, jouit d’une aura incontestable tandis que l’actionnaire assaillant, Benjamin Jayet, certes pugnace, souffre d’un handicap : ses récents soucis avec la justice.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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  • Cyril Zimmermann, le patron d’Hi Media subit depuis plusieurs mois les assauts d’un de ses actionnaires, Benjamin Jayet, qui veut l’éjecter

  • L’issue du conflit devrait avoir lieu le 3 mai prochain lors de l’assemblée générale des actionnaires

  • Le patron d’HI Media est unanimement reconnu pour son charisme, tandis que Benjamin Jayet, certes fonceur, risque de se voir reprocher ses démêlés avec la justice

Depuis quelques mois, c'est une guerre sans merci que se livrent deux chefs d'entreprise très connus sur Internet. Oui, une guerre féroce où sont en jeu des dizaines de millions d'euros. A ma gauche, Cyril Zimmermann, créateur il y a 24 ans d'HI Media, le must dans le domaine de la régie publicitaire. A ma droite, Benjamin Jayet, chef d'entreprise très controversé, patron de Gib media (e-commerce, micro-paiements, etc.) et de sa holding BJ Invest, aujourd'hui actionnaire à hauteur de 16% d'Hi Media. Ce qu'il veut ? C'est simple : éjecter Zimmermann d'HI Media lors de l'assemblée générale de l'entreprise qui doit se dérouler le 3 mai prochain.

La réunion promet d'être houleuse tant l'appétit de l'assaillant  est féroce et tant il estime que tous les coups sont permis pour réussir dans son attaque... Allant jusqu'à dire haut et fort que les comptes d'HI Media manquent de transparence. Zimmermann ne s'est pas laissé faire puisqu'il a porté plainte début avril contre Jayet devant le Tribunal de grande Instance de Paris pour "diffusion d'informations fausses et trompeuses". En fait, cette bataille recèle sans doute une rancœur, une jalousie d'un homme - Jayet - qui supporte mal la success story de Zimmermann.

Retour en arrière. Tout frais émoulu de Sup de Co Paris et diplômé de Sciences-po, avec 1 500 francs en poche, il se lance dans une sacrée aventure : au début des années 1990, il fonde, avec un ami, HI Media. Son activité : la régie publicitaire, aussi bien sur la presse papier que sur Internet. Ca marche. Très fort. D'autant que des actionnaires de choix, comme Dassault et JP Morgan entrent dans le capital (Dassault partira en 2006). Ce n'est pas tout : HI Media, qui s'est lancé dans les micro-paiements, obtient même le statut d'établissement financier puisqu'il émet de la monnaie électronique en Belgique. Conséquence : au début des années 2010, HI Media est en plein boom avec 400 salariés et un résultat net de 11,2 millions d'euros. Oubliée l'explosion de la bulle des années 1999-2001 qui avait fait vaciller l'entreprise.

En 2014 survient l'arrivée de Jayet, un chef d'entreprise de Toulouse, patron de Gib Media, spécialisé dans les micro-paiements. Il rachète 9% d'HI Media - pour 6-7 millions d'euros - et devient l'un de ses plus importants actionnaires. Il est gourmand . Il en voudrait plus. Des négociations s'engagent, via sa holding BJ Invest, avec Zimmermann. Elles capotent. A partir de ce moment-là, Jayet ne lâche plus le patron d'HI-Media. Il écrit à son conseil d'administration pour dénoncer une situation financière qui ne serait pas bonne et surtout pour critiquer les 500 000 euros attribués à Zimmermann à titre de rémunération exceptionnelle. L'instance renvoie Jayet dans ses cordes et lui dit que tout cela est parfaitement légal et a été voté en toute transparence. Jayet, nullement découragé, poursuit son forcing. Il augmente sa participation. Laquelle passe à 16% au printemps 2016. Autre salve : Zimmermann ne gère plus l'entreprise. La preuve, il  passe le plus clair de son temps à San Francisco. Ce qui est vrai. Sauf que le patron d'HI-Media a de bonnes raisons de résider en partie sur la côte ouest des Etats-Unis : "Cela n'a rien d'aberrant de s'installer là-bas. C'est dans la Silicon Valley qu'ont lieu toutes les innovations sur Internet. Je ne crains pas de le dire : si je me suis installé à San Francisco en septembre dernier, c'est pour développer HI-Media et gagner de nouveaux contrats. D'ailleurs, les premiers résultats sont très encourageants". Fermez le ban.

Demeure une question : l'entreprenant Benjamin Jayet réussira-t-il son putsch le 3 mai ? Nous avons tenté de le joindre par mail et par téléphone pour recueillir son point de vue sur cette bataille qui l'oppose au patron d'HI-Media. C'est finalement le directeur financier, Grégoire Bourdin, qui nous a répondu : "Pour nous, les choses sont assez claires. La valorisation d'HI-Media, qui s'élevait à 120 millions d'euros en 2014, n'est plus que de 60 en 2016. Soit une chute de 50%. A cela s'ajoute une perte de 40 millions d'euros et un salaire de 1 million d'euros que s'est versé M. Zimmermann. Les fondamentaux ne sont plus respectés". Sous-entendu : Jayet veut changer de gouvernance... Seulement voilà : il faut que les actionnaires et le conseil d'administration le veuillent. Or, ce n'est pas le cas du tout...

Et puis il y a les soucis judiciaires que Jayet a connus dans un passé récent. Comme cette condamnation le 17 février 2011 pour publicité mensongère de nature à induire en erreur. Pourquoi ? Tout simplement parce que Benjamin Jayet, à l'époque où il dirigeait la société Infoline, avait engagé au printemps 2004 une campagne publicitaire dans des journaux gratuits avec de fausses offres d'emploi. Objectif : drainer des appels vers des serveurs télématiques aux numéros surtaxés et aux arborescences conçues pour les faire durer sans raison réelle... ET empocher quelques sommes rondelettes. Tout récemment, une société se situant dans la nébuleuse du groupe de Benjamin Jayet a été condamnée par la Cour d'appel de Paris pour avoir utilisé le logo l'Argus de l'Automobile sur Internet, en faisant croire que c'était un nom devenu générique. En première instance, Jayet avait gagné. Mais en appel, il a perdu. Interrogé sur cette affaire, Grégoire Bourdin déclare : "C'est la vie des affaires". Peut-être. Reste à savoir si les actionnaires d'HI-Media apprécieront les rencontres de Jayet avec la justice.

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