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Une photo prise le 29 mai 2007 de plaques de cuisson fonctionnant au gaz à Paris. Le 20 septembre 2021, le gouvernement britannique a cherché à atténuer la flambée des prix du gaz.
Une photo prise le 29 mai 2007 de plaques de cuisson fonctionnant au gaz à Paris. Le 20 septembre 2021, le gouvernement britannique a cherché à atténuer la flambée des prix du gaz.
©ERIC PIERMONT / AFP

Crise du gaz 

Hausse des prix de l’énergie : l’Europe face à des choix douloureux

Alors que les énergies renouvelables n’ont pas encore délivré leurs promesses, l’Europe s’est enfermée dans un redoutable dilemme : plus de charbon ou plus de gaz naturel au prix d’alliances géopolitiques dangereuses ?

Lionel Taccoen

Lionel Taccoen

Directeur de la Lettre "Géopolitique de l'Electricité" et ancien Président du Comité Consultatif de l'Energie européen.

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Atlantico : Les prix du gaz sont en train de flamber, lUnion européenne est une grande importatrice de cette ressource. De qui dépend-elle pour cela ? Cela pose-t-il des problèmes géopolitiques ?

Lionel Taccoen : La production de l’Union européenne en gaz est très faible. Les Pays-Bas produisent et nous avons des bulles de gaz en Roumanie, mais c’est tout. L’essentiel du gaz consommé est donc importé. Le premier pays auprès duquel on importe est la Russie. Le pays représente 40% de la consommation européenne. Ensuite viennent les Pays-Bas et pour le reste il y a l’Algérie et la Libye puis des pays qui fournissent deux ou trois pour cent.

Le problème essentiel à l’heure actuelle vient du fait que les énergies renouvelables ne vont pas assez vite. Alors un certain nombre de pays considèrent que l’on pourra passer une période transitoire avec le gaz naturel en remplacement du charbon avec dans certains le pays le nucléaire en plus. Il est vraisemblable que nos besoins en gaz vont augmenter du fait de cette période transitoire où il est considéré comme moins émetteur de CO2 que d’autres sources d’énergie.

Lorsque l’on regarde les différents fournisseurs, la solution naturelle est le gaz russe plus pratique à transporter. C’est à cause de cela que les relations avec la Russie et Gazprom sont extrêmement importantes. Il y a d’ailleurs un problème diplomatique grave entre l’Allemagne et les États-Unis de Trump qui voulaient empêcher la construction d’un gazoduc géant entre la Russie et l’Allemagne. À l’avenir, la part des Russes dans la consommation européenne pourrait passer au-dessus de 50% et même aller au-delà.

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Comment se passe cette situation avec la Russie ?

Il faut faire attention car lors des hivers passés, ils ont coupé le gaz dans certaines régions russes pour continuer à nous le vendre. Nous sommes un client extrêmement précieux. Ils ne peuvent pas nous faire des misères à long terme. Ils ne peuvent pas vendre un gaz dont le prix est supérieur par voie maritime.

Y-a-t-il d’autres choix comme partenaire que la Russie ?

Nous pouvons importer du gaz norvégien, mais sans gazoduc le gaz doit être apporté par méthanier et c’est plus cher. Le partenaire est choisi pour une question de prix et c’est économique. Le gaz russe est bon marché et le transport par gazoduc est le moins cher. Toute solution extérieure à la Russie amène une augmentation des prix.

On dit souvent que l’Union européenne va dépendre de la Russie pour son gaz de façon de plus en plus importante, mais de l’autre côté elle a besoin de notre argent. C’est un débat qui se joue à deux. Ces dernières années le prix du gaz était faible ce qui posait problème aux Russes. Il a augmenté aujourd’hui à cause de la reprise économique en Europe et les Russes savent que nos stocks de gaz étant faibles pendant plusieurs mois nous devons acheter un peu plus que nos besoins pour reconstituer nos stocks. La période a commencé en avril-mai et va se terminer en septembre-octobre. Ils restreignent alors leurs envois pour que leurs prix augmentent. La situation ne va pas forcément durer, mais la Russe tient à ce que l’UE reste un client fidèle et l’Union européenne sait que le gaz russe est potentiellement le moins cher.

À l’heure actuelle, il est possible que nous ayons des prix un petit peu plus élevés que la normale car l’UE reconstitue ses stocks et que les Russes font semblant de ne pas avoir trop de gaz pour faire monter les cours. Tout va ensuite dépendre des besoins européens si le gaz sert effectivement à une période transitoire.

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Entre ses ambitions vis-à-vis du climat qui la poussent à se tourner vers le gaz puisque les énergies renouvelables ne sont pas suffisantes et la volonté dindépendance stratégique incitant à se tourner vers le charbon, lUnion européenne na-t-elle que des mauvais choix à sa disposition ?

Officiellement, l’Union européenne mise sur l’éolien et le solaire. Mais dans plusieurs pays comme l’Allemagne ou la Belgique, on s’est aperçu que ces deux énergies mettent plus de temps à se développer que ce qui était prévu. Comme il faut supprimer le charbon et en Allemagne le nucléaire, il faut donc un combustible transitoire… Si l’augmentation de la demande augmente, les prix seront donc plus élevés et les Russes vont jouer de cela.

Il y a donc plusieurs problèmes qui se posent. On nous dit que l’on peut passer par la case gaz naturel qui émet moins de gaz carbonique que le charbon et que cela va nous faire une période où l’on émet moins de gaz carbonique qu’avec le charbon. L’utilisation du gaz naturel pendant toute son utilisation cause un certain nombre de fuites de méthane. Aujourd’hui, il y a peu de calculs avec l’impact de ce gaz méthane sur le climat, mais il est possible qu’en tenant compte de ces fuites de méthane, le gaz naturel émette autant de gaz à effet de serre que le charbon. Cette solution transitoire est peut-être une fausse solution.

Le problème est donc insoluble. Soit on renonce à la Russie et le gaz naturel que l’on achète est plus cher, soit les émissions de gaz à effet de serre sont proches du charbon. Nous aurions dû être plus honnêtes et nous rendre compte que l’éolien et le solaire allaient mettre plus de temps à se développer que ce qui était prévu. En ignorant l’énergie nucléaire, qui est à la source d’énergie la plus propre du point de vue climatique, on se trompe aussi de voie.

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Importer de l’énergie de pays plus en accord avec nos valeurs, par exemple le gaz liquide américain, est-il une solution envisageable ?

Cela demande la construction de nouveaux méthaniers très chers. Les États-Unis sont un allié, très proche de leurs propres intérêts. Il ne faut pas croire qu’ils font d’importants cadeaux. Il est certain que la Russie tient beaucoup à la clientèle européenne. Ils ne font rien de plus que ce que nous ne pouvons supporter. Il y a un gazoduc qui va de la Russie vers l’Union européenne et il y a un « euroduc » qui part vers la Russie. 

De quelles possibilités lUE dispose-t-elle pour éviter de ne faire face qu’à des  mauvais choix ?

Actuellement, le green deal, la politique de l’Union européenne pour le climat n’est pas tenable. Cela amène à des augmentations du prix de l’électricité extrêmement importantes et je ne vois pas comment cela peut être tenable. En faisant le choix de l’éolien et du solaire avec une privation du nucléaire et du charbon, cela va craquer.

Jusqu’en 2018, 2019, l’Agence européenne de l’Environnement estimait que l’on n’arriverait pas à diminuer nos émissions de plus de 30 % alors que nous devons faire 55 % de diminution selon le Parlement.

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