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Un homme retire de l'argent à un distributeur automatique de billets dans une agence bancaire française du Crédit agricole, le 19 juin 2019
Un homme retire de l'argent à un distributeur automatique de billets dans une agence bancaire française du Crédit agricole, le 19 juin 2019
©LOIC VENANCE / AFP

Atlantico Business

Guerre en Ukraine : Les banques françaises ont déjà perdu près de 10 milliards d’euros depuis le début de la guerre

La banque centrale européenne a fait un décompte provisoire des pertes subies aux banques européennes pendant le 1er semestre, et bien que les comptes soient provisoires, la facture va être salée. Qui va payer ? Les actionnaires, les clients et les États.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Pas facile de comptabiliser le coût financier pour une banque coincée dans une guerre qu’elle n’a va pas pu ou vu venir. Le total des pertes subies par les banques françaises atteint déjà 10 milliards d’euros pour le 1er trimestre de l’année 2021. 

Pas facile de calculer parce que les pertes globales additionnent des postes très différents. 

La première source de pertes représente les provisions passées par les banques pour des crédits dont elles ne seront sans doute jamais remboursées. Classique !  

Ces pertes, si elles se réalisent, seront donc des pertes d’exploitation, elles représentent  la valeur des crédits octroyés et qui sont perdus à tout jamais. En bonnes gestionnaires, les banques sont obligées de provisionner le montant de ces prêts et crédits qui ne lui seront jamais remboursés parce que les actifs qui ont été financés avec cet argent ou donné en garanties ont été détruits.

Selon un décompte provisoire, les banques françaises ont donc été obligées de passer 1,5 milliards d’euros pour leur activité de ces trois derniers mois. Il s’agit principalement du Crédit agricole pour 604 millions, de BNP Paribas pour 433 millions d’euros et de la Société générale pour 354 millions. La BPCE, très engagée avec des clients PME PMI, ne doit pas être très éloignée de ces chiffres-là, aux environ de 250 millions). 

Nous sommes-là face à des pertes exceptionnelles liées au conflit, soit parce qu’elles sont frappées pas les sanctions occidentales, soit par la disparition des contreparties ukrainiennes. Le cas le plus fréquent, c’est celui du client qui a donné en garantie de financement une usine ou un immeuble qui disparaît sous le coup des frappes. 

La deuxième source de pertes pour la banque provient de la vente rapide d’un actif devenu inutile ou encombrant pour cause de sanctions. La Société générale a perdu 3,1 milliards d’euros en cédant sa filiale russe Rosbank à un oligarque qui a évidemment fait une bonne affaire. La filiale française ne pouvant plus travailler était importante sur le marché russe. Dirigée par des russes et appartenant désormais à des proches de Vladimir Poutine, elle va pouvoir redémarrer. 

La troisième source de pertes sera causée par des prêts offshores accordés par des banques françaises à des contreparties russes. C’est un dossier qu’il va être très difficile à clarifier, mais ces prêts-là sont assez nombreux dans le secteur de l’énergie. TotalEnergies, par exemple, qui est l’entreprise française qui a le plus investi en Russie dans l’exploitation pétrolière et gazière russe, a des financements de ce type. C’est pour cette raison et d’autres que TotalEnergies n’est pas sorti de Russie et a sans doute fait pression pour que le secteur de l’énergie soit hors sanctions. Les pays clients comme l’Allemagne sont très dépendants de l’énergie russe, mais les banques (y compris françaises)  sont, elles, dépendantes des entreprises par les engagements de crédit aux  entreprises gazières et pétrolières. 

Au total, le système financier français est donc engagé (et même piégé) pour des montants de 10 milliards au premier trimestre... Mais le système italien, avec Unicredit et Intesa San Paolo l’est tout autant, comme celui des Pays-Bas avec ING, ou l’Allemagne avec HSBC et Commerzbank. 

Globalement, pour l’ensemble des banques européennes, les provisions pour risques d’exploration représentent plus de 5 milliards d’euros. Mais le total des pertes avoisine les 20 milliards d’euros. 

Il faudrait ajouter les banques américaines (comme Citigroup ou JP Morgan) qui ont passé des provisions conséquentes pour le premier trimestre. 

Selon la banque centrale européenne, la BCE, l’exposition totale des banques de la zone euro aux contreparties russes s’élèvent actuellement à 100 milliards d’euros, dont 10 % seulement sont sous risque de sanction. Il ne faut pas exagérer le mal que les sanctions nous feront. 

Pour les banquiers européens et mondiaux, ces risques-là sont donc gérables, à condition que la guerre ne se prolonge pas trop. A condition aussi qu’on réussisse à juguler les risques macro-économiques. (Inflation, récession et blocage du commerce extérieur). 

Indépendamment de toute considération morale, humaine et politique, tout le monde aurait intérêt à ce que cette guerre s’arrête. Les dégâts peuvent être assez facilement financés dans le cadre d’un plan de financement dommages de guerre. Si la guerre se prolonge encore, il faudra qu’à la fin des fins le monde se retourne contre le principal coupable. Et comme souvent  le ou les coupables n’ont pas les moyens. Le financement de la première guerre mondiale a mis l’Allemagne à genoux et provoqué la crise de 1929 qui a fait le lit de la deuxième guerre mondiale. L’histoire nous offre beaucoup d’exemples de ce qu’il ne faudrait pas refaire. 

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