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Google Earth ne sait pas tout : ces lieux encore oubliés des cartes et des géographes au 21è siècle
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Terra incognita

Google Earth ne sait pas tout : ces lieux encore oubliés des cartes et des géographes au 21è siècle

Les cartes d'aujourd'hui sont extrêmement précises. De plus, avec l'apport de Google Earth, tout nous semble parfaitement cartographié. Pourtant, certains lieux de notre planète sont encore oubliés des atlas.

Google Earth est un outil formidable. Certains pointent du doigt son aspect intrusif et ses manquements aux normes de confidentialité, mais quel autre programme nous permettrait de découvrir le monde, confortablement installé devant son écran d'ordinateur ? Des signes mystérieux dans le désert, à la Zone 51 dans le Nevada, en passant par le trou immense dans l'Antarctique, la planète et ses mystères se dévoilent sous nos yeux.

Google est même devenu l'ami des scientifiques, comme en témoigne l'histoire du Mont Mabu. Ce dernier est une montagne de 1700m de haut en plein cœur du Mozambique, située dans une région peu fréquentée par l'homme, et encore moins par la science. En 2005, des scientifiques britanniques sont intrigués par une tache de verdure entourant le mystérieux mont Mabu, repérée via Google Earth. Il s'avérera que cette tâche représentait une forêt qui n'était connue que des habitants des villages environnants. Une expédition scientifique permettra d'y découvrir des centaines d'espèces nouvelles.

(Le Mont Mabu, dans une zone reculée du Mozambique) - Google Maps

Bref, Google est formidable. Pourtant, si puissant soient-ils, ses algorithmes ne sont pas omnipotents. Il existe dans le monde des endroits où même le géant américain n'a pas posé son regard.

Premièrement, certains pays sont difficiles d'accès. Certains pays en guerre ou la Corée du Nord par exemple. Difficile d'avoir une vision précise de la géographie de la dictature communiste ou des territoires contrôlés par l'Etat islamique. Bien sûr, les images proviennent de satellites, mais ils ne peuvent pas tout photographier, et il est impossible d'envoyer des employés sur ces terrains-là.

En effet, le monde change. On ne parle pas seulement des tendances, de la politique ou des valeurs, Non, le monde change physiquement. Dans certaines métropoles asiatiques et africaines, les immeubles se construisent à un rythme tellement effréné que Google Earth ne peut pas suivre. Le visage de la planète change constamment, en ville comme dans la nature : des forêts disparaissent, des îles sombrent sous l'eau, des rivages s'érodent.

Selon Matthieu Ghilardi, géographe géomorphologue, plusieurs autres raisons existent. "Tout d'abord, les zones peu cartographiées sont généralement des zones désertiques ou forestières et donc peu ou pas peuplées. L'absence de données géographiques n'est donc pas si grave". D'autre part, "il arrive également que certaines zones soient volontairement brouillées. C'est le cas pour les zones stratégiques, les aéroports ou autres endroits destinés à un usage militaire… Google earth est bridé, contraint de laisser des zones d'ombre. On peut dire qu'il s'agit d'une version grand public de données, qui sont à l'origine, destinées à un usage militaire. Il y a donc bien des enjeux de protection des enjeux politiques, militaires et de ressources premières".

Bien sûr, Google améliore son outil chaque jour. Avec le lancement de Map Maker, les scientifiques du géant américain ont même permis à n'importe quel curieux "d'upgrader" les cartes existantes. Une idée originale qui a permis de nettes améliorations. Mais si certaines populations se sont empressées de l'utiliser, d'autres beaucoup moins. Des endroits tels que les favelas et autres bidonvilles sont par exemple extrêmement mal cartographiés, et les Etats, comme les habitants, rechignent à faire connaître ces lieux.

Autre "terra incognita" : l'océan. Couvrant 70% de notre planète, les étendues d'eau salée ne sont pas vraiment une priorité pour les cartographes, et les fonds marins notamment sont très peu connus. L'enjeu est pourtant de taille: avec le réchauffement climatique, des ressources immenses vont devenir exploitables. Et le besoin de cartes claires et détaillées se fera de plus en plus pressant. Pourtant Matthieu Ghilardi rapporte à Atlantico les raisons de cet "oubli" : "la bathymétrie des océans est bien connue, nous avons une bonne idée des profondeurs marines. Il existe même des sites sur lesquels on peut télécharger ces données. Après, il est vrai que tout n'est pas cartographié, mais nous avons quand même une bonne idée des fonds marins. Parfois les zones de grands reliefs ne permettent pas de prendre des données bathymétriques précises. De plus, il est difficile d'associer ces données aux données terrestres."

Par ailleurs, "errare humanum est". Les erreurs humaines peuvent causer certaines bizarreries, comme le révèle le cas de Sandy Island. Cette île était signalée dans plusieurs grands atlas de référence, sur Google Earth et Google Maps, dans la mer de Corail, à mi-chemin entre l'Australie et le territoire français de Nouvelle Calédonie. 

Mais une équipe de scientifiques australiens, partie dans le Pacifique à la recherche de l'île n'a pas trouvé trace de cette fameuse "Ile des sables". Un beau mystère qui aurait cependant une explication assez banale : l'île aurait été signalée par un baleinier en 1876, qui croyait avoir aperçu un rocher, notée sur une carte maritime, puis copiée et recopiée…Ce bout de terre n'apparait désormais plus sur Google Maps, même si son nom et sa localisation ont été conservés par le logiciel.

(Sandy Island, l'île qui n'existait pas)... - Google Maps

Enfin, quel que soit leur sérieux, une carte reste soumis et à la subjectivité des choix du cartographe. Même lorsqu'il tend vers l’objectivité, il ne peut représenter toutes les réalités spatiales sur une carte. "Une carte représente un agenda, un choix volontaire du monde par rapport à telle ou telle perspective", souligne Jerry Brotton, professeur à l'université londonienne Queen Mary. Et les interférences extérieures sont également nombreuses. Durant des siècles, les cartes ont été modifiées selon les tendances religieuses ou politiques des pays concernés. 

Matthieu Ghilardi souligne également que : "la précision avec laquelle une carte sera dressée dépend de la maîtrise de l'homme qui relève l'information. L'homme et son regard peuvent parfois être imprécis contrairement aux images hautement technologiques relevées par des machines."

Bref, avant d'avoir un atlas parfait, les équipes de Google ont encore du pain sur la planche.

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