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Gilets jaunes, Huawei… que regardent vraiment  les marchés financiers ?
©JON LEVY / AFP

Les yeux braqués sur...

Gilets jaunes, Huawei… que regardent vraiment les marchés financiers ?

Ou encore le Brexit ou l'emploi américain... Qu'est-ce qui intéresse en premier lieu les marchés en ce moment ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Réponse : l’emploi aux Etats-Unis d’abord, en attendant le 19 décembre, la décision de la Banque centrale américaine sur la hausse des taux, et ses messages pour la suite. Ajoutons l’évolution des relations avec la Chine, puis le reste. Et oui : les marchés financiers mondiaux regardent un peu ailleurs et très peu ici, juste pour ajouter à la baisse ! Les gilets jaunes pèsent sur le Cac 40 français, comme le Brexit sur le FTSE britannique et les tensions à Rome sur le MIB. Ce qui compte surtout, c’est la récente baisse des taux longs américains à 10 ans à 2,86%. Une récession qui pointe ? Mais quand même, l’économie américaine est en croissance à 3% l’an, en plein emploi (3,7% de chômage), avec 2,5% d’inflation ! Alors : un ralentissement en 2019 (vers 2,5% quand même) ou 2020 qui ne serait pas assez préparé, ou une brusque crispation mondiale, ou un noir futur ?

155 000 emplois nouveaux en octobre, contre 190 000 attendus et 190 000 le mois précédent : les marchés s’inquiètent. Et voilà le bon du trésor américain à 10 ans, celui qui gouverne le monde, qui passe à 2,86%, contre 3,2% il y a un mois. Récession, ou pression sur Jerome Powell, le Président de la Banque centrale, pour qu’il n’augmente pas ses taux le 19 décembre ? Ou, au moins, s’il le fait, qu’il annonce en même temps qu’il réduira ensuite le rythme, et attendra chaque fois, en fonction des données. Wait and see ! Et oui, les marchés financiers mondiaux ne regardent qu’une chose : l’allure de la courbe des taux d’intérêt américains, en partant du jour le jour jusqu’au trente ans. Gilets jaunes, Brexit, Huawei ? C’est secondaire ou, si l’on veut être poli : «intégré dans les chiffres ». Magie de la finance !

Lisons donc dans le marc de café des taux américains (le 8 décembre) : au jour le jour, ils sont à 2,2%, à 6 mois à 2,54 %, à 2 ans à 2,72%, à 10 ans à 2,86% et à 30 ans à 3,14%. C’est très plat. Plutôt l’annonce d’un ralentissement, pas de quoi paniquer !

Quoi ! Mais vous avez raté l’essentiel, vous diront alors les marchés financiers ! Vous n’avez pas lu l’annonce de la récession américaine qui est pourtant dans ces chiffres, suite aux débats en trompe l’œil entre Xi Jinping et Trump Donald ! Ah oui, c’est vrai, les taux publics américains sont à 2,72% à 2 ans, mais à 2,70% à 5 ans : les taux à un peu plus long terme sont plus bas que les taux à moyen terme ! C’est « l’inversion de la courbe des taux », vous diront les marchés ! Pour deux points de base, direz-vous !! Le signe est faible et fragile, mais ceci commence toujours pareil, vous assèneront les marchés !

Bien sûr, on peut avancer de nombreuses raisons derrière cette baisse des taux longs, en allant du ralentissement mondial (illustré par la baisse du prix du pétrole) à des scénarios plus tendus avec la Chine. On peut aussi penser à la crainte de la récession après une si longue expansion, crainte émise en permanence par les marchés, leur revienne en boucle. La prophétie est auto-réalisatrice. On peut ajouter que ce « signal d’inversion de la courbe des taux » semble modeste. Mais on vous dira que les vrais taux longs, à 10 ans ont été déjà abaissés par la politique monétaire de la Banque centrale américaine. Elle a acheté des tombereaux de bons du trésor pour faire baisser les taux longs, et ils baissent encore !

Et oui, tout ce qui se passe de par le monde est aujourd’hui résumé dans la minuscule différence entre deux taux américains à moyen terme, annonçant peut-être une difficile fin de… deuxième mandat pour Donald Trump ! On peut ajouter que ce qui se passe à Paris, Londres ou Rome conforte les thèses trumpiennes sur la Chine et la crise du multilatéralisme.

Jusqu’à quand tout cela va-t-il durer ? Bien sûr, des chocs majeurs peuvent avoir des répercussions boursières mondiales : détérioration brutale des relations avec la Chine, no deal avec le Brexit, aggravation des tensions en France ou en Italie, montée des menaces guerrières en Ukraine, en Iran, en mer de Chine… Ceci sans oublier les hésitations du Nasdaq sur ses valeurs phares, exposées à des problèmes d’image (Facebook) et à plus de concurrence chinoise (Apple). Quant aux valeurs plus classiques du S&P, elles stagnent toujours, après une chute depuis octobre, malgré des multiples redevenus raisonnables, autour de 17. 

Nous voilà donc dans l’attente que Trump agisse pour corriger ce qui se passe chez lui pour ses valeurs boursières, et dans la crainte que ce qu’il fera pour elles, soit mauvais pour les nôtres (et la croissance et l’emploi qui vont avec) ! Donc il faut nous renforcer par rapport à cette crise majeure qui nous vient de la mondialisation, de la démographie, de la climatologie et des nouvelles technologies, en regardant nos marchés financiers : dette publique, rentabilité de nos entreprises. Les marchés mondiaux regardent les États-Unis et s’en soucient. C’est peut-être trop, mais regardons quand même plus ce qui se passe ici. 

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