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Gilets jaunes : dernières braises ou retour d’incendie ?
©KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Noyau Dur

Gilets jaunes : dernières braises ou retour d’incendie ?

En dépit d'une baisse du soutien du mouvement, un noyau dur de Gilets jaunes s'est manifesté lors des célébrations du 14 juillet. Une manière de rappeler que la contestation n'est pas éteinte et n'est pas nécessairement vouée à la disparition.

Vincent Tournier

Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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Atlantico : Alors que lors des élections européennes, les listes Gilets jaunes n'ont recueilli qu'1% des suffrages et que la tournure violente de certaines de leurs manifestations - ce dimanche 14 juillet 175 Gilets jaunes dont plusieurs de leurs leaders ont été arrêtés- les discrédite auprès de la population française, à quoi pourrait mener une résurgence du mouvement ? 

Vincent Tournier : Ce qui est assez remarquable, c’est la propension du système politico-médiatique à tourner la page : on est à peine en juillet, et déjà on a l’impression que le mouvement des gilets jaunes a eu lieu au siècle dernier. La piqure de rappel de ce dimanche 14 juillet nous indique pourtant que les problèmes sont toujours là. Le mouvement s’est éteint à petit feu, en raison de quelques concessions du gouvernement et surtout d’une bonne dose de répression, mais les causes qui l’ont fait naître n’ont pas disparu. Les problèmes de fond sont d’avoir été réglés. En fait, le pouvoir n’a même pas envisagé de faire un bilan de cette crise : cela mériterait pourtant une réflexion approfondie, pourquoi pas une commission d’enquête parlementaire. 

En ce qui concerne les élections européennes, le problème est que celles-ci n’ont pas joué leur rôle de régulateur. Normalement, en cas de crise, les élections servent justement à sortir d’un conflit. Or, ce scrutin n’était pas du tout calibré pour jouer une telle fonction puisque non seulement la crise est de nature nationale, alors que le scrutin est européen, mais de surcroît le système des partis actuel n’est pas du tout configuré pour intégrer une telle crise, qui est manifestement d’un nouveau type. Donc, tout le paradoxe actuel est là : des élections se sont tenues de façon à peu près normales, mais les tensions sont aussi vives qu’avant. 

Une telle résurgence est-elle envisageable ? 

C’est une option qui paraît assez probable, sauf si les gens sont totalement dépités. Il faut dire quand même que le gouvernement n’a pas lésiné sur la force pour faire rentrer les récalcitrants dans le rang. Donc, pour l’heure, on peut dire que l’ordre règne sur les ronds-points. Mais la situation est instable. On pourrait faire une comparaison avec la création d’un explosif : les ingrédients ont été réunis et il ne manque pas grand-chose pour que tout s’emballe. C’est un peu comme l’origine de la vie sur terre : on a un bouillon de culture et le moindre éclair peut enclencher une réaction. Qui sait si les historiens de demain ne désigneront pas la période qui va de novembre 2018 à mai 2019 comme l’acte I des Gilets jaunes ? On attend la saison 2. Elle ne viendra peut-être jamais, mais ce ne sera pas faute de combattants. 

Si les Gilets jaunes ont annoncé qu'ils comptaient manifester au moins jusqu'au mois de novembre prochain, leurs manifestations réunissent de moins en moins de monde. Alors qu'ils n'étaient que quelques centaines à Paris ce samedi peuvent-ils encore espérer impacter les décisions politiques ? Ne sont-ils pas, en quelque sorte, devenus inaudibles ?

Ce n’est pas nouveau : le mouvement est inaudible depuis le début. Cela tient au fait qu’il s’agit d’un mouvement qui émane pour l’essentiel des vaincus de la globalisation. Donc, par définition, il a très peu de relais et de soutiens parmi les élites. C’est donc un mouvement aphone sur le plan politique. Cela ne veut pas dire que les manifestants sont idiots ou incompétents, mais simplement qu’ils manquent de théoriciens ou d’idéologues pour conceptualiser et verbaliser leur colère et leurs problèmes. Pour bien mesurer cette difficulté, il suffit de faire une comparaison avec les mouvements sociaux qui sont, eux, portés et soutenus par des élites, comme les mouvements féministes ou les mouvements issus des minorités ethno-religieuses : ces mouvements regorgent d’intellectuels, d’universitaires, de militants aguerris, capables de se répandre sur les plateaux de télévision pour expliquer les tenants et aboutissants de leurs revendications. Ils ont leurs revues, leurs ouvrages, leurs réseaux, bref tout ce qu’il faut pour donner du contenu à leur cause. Il n’y a aucun équivalent chez les gilets jaunes, et on ne voit pas comment cette situation pourrait changer à terme : quelle pourrait être la fraction de la classe dominante qui aurait intérêt à basculer du côté des gilets jaunes ? C’est là l’une des limites majeures de ce mouvement. 

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