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Non, Gandrange ne résume pas 
 à elle toute seule l'industrie française
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EDITORIAL

Non, Gandrange ne résume pas à elle toute seule l'industrie française

La fermeture de l'acierie de l'usine Arcelor Mittal de Gandrange a suscité de nombreux commentaires. Elle ne doit toutefois pas nous conduire à une vision stéréotypée de l'industrie faite de luttes de classes et de causes désespérées.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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A force de parler des sites industriels en conflit, en grève, en difficulté économique, on finit par construire des représentations réflexes et erronées, qui font beaucoup de tort aux enjeux et aux projets qui devraient nous mobiliser. Ce qui est erroné, ce ne sont pas les difficultés bien réelles de ces sites bien sûr, ni le déclin des emplois industriels. Mais ce prisme systématique a créé un effet d’optique, dont les médias, les responsables politiques et syndicalistes sont co-responsables. L’industrie est désormais associée dans l’imaginaire collectif, et donc électoral, à la banderole, aux barricades, aux syndicats hurlants, à la défense de causes désespérées, à la lutte des classes, et aux activités d’hier. Certes, ces préoccupations sont légitimes et doivent être entendues et traitées, mais Gandrange n’est pas Arcelor, et Arcelor n’est pas l’industrie. Avec tout le respect et la considération que nous devons à ces hommes et ces femmes, Gandrange n’est ni le symbole ni la condition sine qua none de l’avenir industriel de la France.

Ne regardons pas toujours sous le réverbère, cet éclairage de l’industrie est biaisé, trompeur, peu valorisant, et finit donc par desservir l’activité industrielle toute entière. Indépendamment de la réalité des situations, celui qui crie le plus fort n’est pas toujours représentatif. Et l’image induite n’est elle-même ni représentative ni valorisante, bien loin des matériaux de pointe et des alliages de haute technologie que de tels sites produisent pourtant. Qui raisonnablement peut avoir de ces sites une autre vision que celle des images sépia et enfumées du début du XXe siècle, au mieux des années 70 ou 80 et des grands conflits ouvriers en Angleterre. Une image à la fois conflictuelle et passéiste, et donc contre-productive pour les belligérants eux-mêmes.

Et si d’autres difficultés existent ailleurs, l’industrie c’est aussi les matériaux composites, l’aéronautique, le spatial, la robotique, les composants électroniques, l’automobile et ses nouvelles générations de motorisations, le textile et ses nouveaux matériaux intelligents et sa branche biotextile, les équipements, les matériaux de construction, le médical, la pharmacie, la chimie, les biotechnologies, le biomimétisme, le recyclage, la valorisation des déchets, le traitement de l’eau, l’environnement, etc. L’industrie c’est aussi toute la filière de l’énergie bien sûr, ses ressources, ses turbines, ses équipements, ses enjeux considérables sur lesquels la France a tant à gagner. L’industrie dans les mots au delà des codes NAF, c’est aussi l’industrie du luxe, l’industrie agroalimentaire, l’industrie du cinéma, l’industrie touristique, les télécoms… même l’économie numérique est rattachée au ministère de l’Industrie ! Tout est directement ou indirectement industriel, mais surtout l’industrie c’est de la haute technologie, de l’innovation, du commerce extérieur, de la R&D, des filières de formation, d’intégration, d’excellence.

Ces activités sont trop souvent associées à l’échec et au passé. Les difficultés rencontrées sont souvent des enjeux de transition, de renouvellement. L’industrie et « les Services » sont aussi trop souvent opposés alors qu’ils sont étroitement imbriqués et dépendants. Les revenus générés par les services sont d’ailleurs un enjeu de développement pour l’industrie.

L’industrie a besoin d’image et de mise en perspectives, car la façon dont on en parle tous les jours est fondamentale et déterminante. L’industrie a aussi besoin de projets, notamment de politique industrielle de long terme, valorisant l’ambition et le savoir-faire technologique français, sur une terre de tous temps terre industrielle et de génie. Changeons de regard sur l’industrie pour que l’industrie nous aide à changer de regard sur demain.

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