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Frédéric Lefebvre lance une plateforme consultative sur différents thèmes pour les citoyens.
Frédéric Lefebvre lance une plateforme consultative sur différents thèmes pour les citoyens.
©Reuters

Crise politique

Frédéric Lefebvre : "nous devons inventer une démocratie digitale qui réintéresse le peuple à la politique"

Faisant le constat que l'offre politique ne convient plus aux électeurs, l'ancien porte-parole de l'UMP lance à partir du 12 octobre et jusqu'à la fin du mois de décembre une plateforme consultative sur différents thèmes.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Prenez quelques centaines de personnes, posez leur des questions ouvertes et laissez les débattre, il en ressortira… Point d’escargot tout chaud mais quelques bonnes idées qui n’auraient pas germées dans le cerveau d’un homme ou d’une femme politique. C’est, en tout cas, le pari de Frédéric Lefebvre. L'ancien porte-parole de l’UMP puis secrétaire d’État chargé du commerce, a été élu, dans la foulée de la défaite de 2012, député des Français de l’Étranger dans la circonscription États-Unis Canada. L’occasion pour lui de prendre du recul, de réfléchir à la vie politique et à son fonctionnement et de fonder un think tank nommé Nouveaux Horizon.

Aujourd'hui le voilà de retour avec, dit-il, des idées neuves. A l’Assemblée, il vote le pacte de responsabilité de François Hollande et décide de défendre la loi Macron contre son propre camp  car, explique-t-il : "nous sommes sur des divisions artificielles alors que nous parlons de sujets majeurs". Il réfléchit aussi à une manière de transformer une offre politique à laquelle les électeurs ne croient plus. C’est ainsi que lui ait venue l’idée de consulter ses administrés qui, selon lui, ont de bien meilleures idées que leurs élus. Les crash-tests commencent demain, et l’opération en elle-même se déroulera du 12 octobre jusqu’à fin décembre. Le député va ainsi sonder les Français volontaires de sa circonscription et d’ailleurs. Sonder, il réfute le mot, "il s’agit d’une étude qualitative à grande échelle.", explique son collaborateur. Chaque participant pourra débattre autour d’un animateur de différentes thématiques, par exemple : "Comment réduire la fracture entre les réussites des Français de l’Étranger et les réussites des Français de France ?" ou encore "Quel projet majeur et symbolique pour les Français de l’Étranger demain ?" A l’issue de chaque débat, un attrapeur sélectionne les meilleures idées et organise un sous- groupe pour en débattre. A la fin de chaque semaine, une synthèse est rendue publique. Il s’agit surtout de démontrer la viabilité d’un outil, imaginé par une société privée, et que le député aimerait mettre à la disposition des politiques. Car il est convaincu que les citoyens sont plus imaginatifs que leurs dirigeants et que surtout le simple fait de les consulter, et de défendre leurs idées à eux, peut permettre de réconcilier les français et la politique.

Christelle Bertrand

Atlantico : Vous lancez, dans quelques semaines, une consultation sans précédent. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ? Trouvez-vous que les citoyens ne sont pas suffisamment consultés ?

Frédéric Lefebvre : Mon expérience de la Gouvernance comme des responsabilités que j'ai assumées dans ma famille politique ont conforté ma volonté d'associer les citoyens à la construction de la décision. Les réformes qui viennent d'en haut, justifiées ou non, rencontrent des blocages insurmontables. Les Français n'ont plus confiance. Le débat public vise trop souvent à les divertir, au sens étymologique du terme, les détourner de l'essentiel. Or les priorités, ils les connaissent car ils les vivent.

On ne consulte plus le peuple par peur d'être désavoué. Le Général de Gaulle usait du référendum. Il en respectait l'orientation. Aujourd'hui il est passé de mode. Pire, quand on y a eu recours récemment, le résultat n'a pas engagé le monde politique, qui à force de jouer de sa supériorité,  finit par s'éloigner des citoyens. Il faut refonder la construction de la décision dans notre pays.

Pourquoi ne pas vous en tenir aux traditionnelles enquêtes d’opinion ? Nicolas Sarkozy a, encore récemment, sondé les adhérents des Républicains sur l’immigration et le code du travail, n’est-ce pas satisfaisant ?

On fait des citoyens, à fortiori de nos adhérents, des ratificateurs au lieu de les traiter comme des électeurs à part entière. Dans les autres familles politiques ce n'est pas mieux. Au gouvernement non plus. Dans le pays de la libre expression les débats sont éteints.

Après les listes bloquées au bureau politique, les listes bloquées pour l'élection du bureau des jeunes républicains, voilà les listes bloquées d'idées ! Ces votes dont vous parlez, ne servent-ils pas, en réalité,  d'armes de dissuasion dans le rapport de force qui s'installe entre les candidats aux primaires ? 

Veut-on que ces primaires se résument à un concours de beauté où chacun bande ses muscles ? Le débat d'idées ne doit pas être verrouillé pour laisser place au combat de personnes.

Consulter, c'est associer en amont, puis pendant la construction de la décision et enfin rendre des comptes après que celle ci soit appliquée. C'est donc une révolution intellectuelle que j'appelle de mes vœux. Sortons du binaire. Tout n'est pas noir ou blanc. Nos adhérents eux-mêmes, en ont plus qu'assez d'être utilisés comme des fantassins dans une guerre dont ils ne comprennent pas la finalité.

Je l'ai mesuré récemment à la Baule ou au Touquet où ils ont applaudit ma volonté de privilégier mon pays plutôt que mon parti. Cela a pu surprendre certains. Mais c'est ainsi. Nos adhérents sont avant tout des Français, entrepreneurs, étudiants, retraités, fonctionnaires qui pensent et sont les premiers à regretter que la politique se résume trop souvent aujourd'hui à un jeu puérile et stérile de blocage de l'adversaire. Sans anticipation. Sans esprit d'intérêt général. Sans volonté d'unir.

En quoi les citoyens, dont ça n’est pas le métier, qui ne réfléchissent pas quotidiennement à leurs besoins réels et à la manière d’y répondre, sont-ils de meilleurs conseils que les politiques ?

Pensez-vous que les citoyens n'ont pas une idée de ce qui changerait leur quotidien, leur redonnerait espoir ? Pensez-vous que sur l'immigration ou sur l'éducation ils n'ont pas des attentes claires mais si souvent déçues ? Pensez-vous qu'un chômeur ou un employeur n'ont pas des propositions concrètes à faire pour changer un système qui ne tourne plus rond ?

Je vous invite à venir rencontrer tous ces Français qui s'engagent. Avec le think tank que je préside, Nouveaux-Horizons, nous travaillons sur le financement des PME, sur une nouvelle politique pénale, sur l'identité culturelle et le patrimoine de la France, sur l'éducation et les MOOC, sur le Handicap, l'économie numérique, les nouvelles énergies, la fiscalité.

Des enseignants, des entrepreneurs , des banquiers, des policiers, des magistrats, des victimes, des anciens détenus, des start-up, des étudiants... La France dans sa diversité, prend part au travail que malheureusement, dans les formations politiques nous avons très largement abandonné aux experts quand nous ne nous contentons pas de ressortir du placard des idées datées.

Quant à la richesse d'expérience de nos élus, elle n'est pas aujourd'hui valorisée. Certain de nos parlementaires enseignants n'ont jamais été consultés à ce titre sur nos propositions pour l'éducation. Est-ce normal ? En 2007 nous avions mis en place avec Emmanuelle Mignon un immense travail en profondeur, tous les élus étaient associés en amont, des acteurs de tous horizons prenaient la parole, nous étions ouverts. Nos conventions n'étaient pas uniquement une tribune mais des lieux de fourmillement des idées.

Aujourd'hui, avec la même générosité et la même ouverture, grâce aux moyens modernes, nous devons inventer une démocratie digitale qui réintéresse le peuple à la Politique.

N’est-ce pas faire passer l’intérêt individuel avant l’intérêt collectif, intérêt collectif qu’est justement censé défendre le politique ?

C'est tout l'inverse. Les citoyens ne sont pas dupes. Ils voient que les partis sont devenus le terrain de jeu des Égos. L'intérêt individuel des politiques passe avant tout. Permettre aux citoyens de défendre leur point de vue c'est d'abord s'intéresser aux visions individuelles dont la somme forme l'intérêt collectif. Et ne réduisons pas les citoyens à des égoïsmes. Ils aiment leur pays. Veulent que nous réussissions collectivement. Ont des idées. Écoutons les.

Dans ma circonscription je mesure l'amour des Français pour la France. Certes l'éloignement est un exhausteur d'amour. Je le dis souvent. Mais ici, en France, je rencontre aussi du bon sens et l'envie de se battre pour son pays. Catalysons ces énergies positives. Au lieu de les décourager, de les détourner de nous. Bâtissons cette démocratie disruptive qui associe le citoyen à la formation de la décision. La classe politique s'égare. Les citoyens seront acteurs du renouveau de la France. On le voit avec l'économie du partage qui se développe vitesse grand V.

Doit-on voir, dans ce recours à l’opinion, une défiance vis-à-vis du politique ? Ne palliez-vous pas l’incapacité des politiques à proposer, à imaginer l’avenir ?

En quelque sorte. Trente ans de militantisme, d'action au parlement et au Gouvernement, me donnent aujourd'hui la force de dire tout haut ce que pensent la plupart des élus locaux. Le pouvoir au plus haut niveau condamne-t-il à l'éloignement des Français ? Tant d'entre nous oublient pourquoi ils ont épousé cette vocation. Dix-huit ans maire adjoint de Garches m'ont appris à voter avec la gauche quand c'était bon pour ma ville. Pourquoi ne ferais-je pas de même pour la France ? C'est ce que je fais quand je vote la loi Macron que je jugeais globalement bonne pour le pays même si j'aurais voulu la renforcer. Dix-huit ans maire adjoint m'ont appris à concerter avant de décider. Pourquoi s'exonérer de cet échange avec les citoyens une fois élu député ou nommé ministre ?

Ne voyez-vous pas dans le respect des citoyens pour leur maire le fruit de cette gouvernance connectée aux réalités ? Aujourd'hui les moyens modernes nous permettent de bâtir une démocratie digitale qui dépasse les obstacles du nombre ou de l'éloignement. La votation Suisse qui a toujours fasciné dans un grand pays comme le nôtre est maintenant à notre portée.

Vous dites :  "Je veux faire émerger une politique du partage comme on a déjà une économie du partage", qu’entendez-vous par là ?

J'appelle les citoyens à agir. L'économie du partage est le fruit de citoyens pressurés de charges et étouffés par les réglementations qui contournent tous ces obstacles avec les nouveaux moyens technologiques. La politique du partage ce sera le fruit de citoyens écartés des décisions et abandonnés à leur sort qui pourront coagir avec ceux des élus qui auront compris que le monde a changé.

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