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François Hollande : "Victime d’une synthèse impossible, qu’il a lui-même voulue"
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Jeu des 7 familles

François Hollande : "Victime d’une synthèse impossible, qu’il a lui-même voulue"

Le premier conseil politique de François Hollande se tient ce mardi. S'il se veut rassembleur en vue de l'échéance électorale de 2012, l'éclectisme de son équipe de campagne pourrait rendre sa campagne compliquée à gérer...

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Atlantico : Le Conseil politique de François Hollande se réunit pour la première fois ce mardi. Il est dirigé par Martine Aubry, et coprésidé par Jean-Michel Baylet. L’alliage de personnalités d’origine diverse constitue-t-il un atout pour François Hollande ou plutôt un risque de voir des tensions surgir au sein de sa propre campagne ?

Christophe de Voogd : Comme toujours en politique, il n’y pas de certitude absolue mais des options plus ou moins probables, pour reprendre l’analyse d’Aristote 

Remarquons à cet égard que l’alliance des contraires a été pratiquée constamment par François Mitterrand, et que cela lui a plutôt bien réussi ! Il a toujours fait cohabiter, au PS comme au gouvernement, des orientations antagonistes : Michel Rocard / Jean-Pierre Chevènement, Jacques Delors / Laurent Fabius

Mais si cela fonctionnait avec François Mitterrand, c’est parce qu’il tranchait et fixait le cap
 : en 1971 à Epinay, comme en 1977 à Metz, ou en 1983 pour le tournant de la rigueur.

L’unité affichée par les socialistes après la primaire semble avoir cédé le pas aux dissensions. François Hollande aurait-il du mal à tenir ses troupes pour la campagne électorale ?

Il semble bien en effet. Il y  a eu un certain nombre de couacs, notamment sur la crise financière, l’attitude vis-à-vis de l’Allemagne, la question de la règle d’or, et même plus récemment sur l’accord avec les Verts. Ce désordre est-il passager ? En prenant un peu de recul, on peut l’analyser à trois niveaux :

  • Le premier niveau se résume aux conséquences des primaires, et le fait que François Hollande est un homme porté à la synthèse. Il a géré le Parti socialiste de cette façon, avec un peu tout et son contraire. C’est son style politique. Toutefois, ce qui marche au sein du PS peut-il fonctionner dans une campagne ? C’est un autre exercice de style…
  • Le deuxième niveau, c’est ce que j’appelle l’« école Mitterrand », la volonté de diviser pour mieux régner. Remarquons que presque toute cette génération a été très marquée par François Mitterrand. Ces « quinquas+ » (Martine Aubry, Ségolène Royal, François Hollande) ont été ses collaborateurs au début de leur carrière et y ont contracté, on le sait, certaines habitudes florentines...
  • Le troisième niveau, certainement le plus profond et le plus embêtant pour François Hollande. On retombe toujours sur la coupure du Traité sur la Constitution européenne, avec les Oui et les Non de l’époque. En schématisant , cette coupure fragmente la gauche entre les « Montebourgeois » d’un côté, et les « Moscovicistes » de l’autre, finalement héritiers du clivage de la génération précédente entre Chevènementistes et Deloristes. François Hollande est un peu la victime d’une synthèse impossible, qu’il a lui-même voulue. Or la coupure de 2005 rejoue, encore plus vive du fait de la crise financière. D’où les propos d'Arnaud Montebourg sur Bismarck… Le nationalisme de la gauche du parti socialiste (Benoît Hamon…) est toujours là. A droite, certes, il y avait le même clivage, mais les souverainistes anti-européens, de Charles Pasqua à Nicolas Dupont-Aignan, sont sortis de l’UMP. Derrière Nicolas Sarkozy, le clivage sur l’Europe n’existe donc plus. Au PS, le choix n’a pas été fait : le parti avait voté "Oui" au référendum, mais il a laissé s’exprimer et a gardé ses opposants. Cas de figure impossible sous Mitterrand, on l’a bien vu au moment de Maastricht. 

 

L’erreur de François Hollande serait donc d’avoir voulu ménager tout le monde, en intégrant à ses équipes de campagne des proches de chacun des candidats à la primaire ? Qu’aurait-il dû ou pu faire pour éradiquer ces luttes intestines ?

Il n’existe pas non plus d’erreur absolue en politique ! Seulement des erreurs d’opportunité. Je pense qu’il a la hantise de reproduire ce qu’avait fait Ségolène Royal, qui avait lâché - et été lâchée par - le PS. Pour éviter cela, il a donc tenté de garder les troupes unies. Mais à cause de leur fracture profonde quant au référendum, et à cause de son tempérament davantage porté à la conciliation qu’à la décision, il se trouve en position effectivement délicate.

Cette difficulté « à faire le ménage » se retrouve également dans les scandales actuels des deux plus grosses fédérations socialistes, Bouches du Rhône et Nord, qui couvaient depuis longtemps. Une chose est sûre : on voit mal comment pourront durablement cohabiter des voix aussi opposées que celle de Manuel Valls pour le candidat et de Benoît Hamon pour le parti !
 

Ces hésitations ne risquent-elles pas de plomber quelque peu sa campagne, du fait de l'absence d'une véritable ligne commune ?

Le problème tient aussi au rôle de Stéphane Le Foll, un très proche de François Hollande, mais dont le statut par rapport à Pierre Moscovici (directeur de campagne) n’est pas clairement défini dans la pratique.

La pléthore de l’équipe de campagne, les fréquents doublons et la personnalité des uns et des autres - en particulier celle, très forte, de Manuel Valls - augmentent la confusion. Cependant rien n’est joué et de nombreuses voix s’élèvent, dans et autour de l’équipe, pour redresser la barre.

Le moment décisif sera l’actualisation du programme, où la ligne devra être clairement fixée : il y va on seulement de la crédibilité financière du programme en temps de crise aigüe des finances publiques, mais aussi de la crédibilité personnelle de François Hollande. Son arbitrage final sur l’accord nucléaire avec les Verts est en ce sens un bon point. Mais d’autres choix, plus douloureux, se profilent à l’horizon ; et le calendrier semble toujours dicté par le président sortant !


Propos recueillis par Franck Michel

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