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La flexibilité a plus que fait ses preuves en matière de créations d'emplois, pourquoi donc s'en éloigner encore ?
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Guerre des mondes

La flexibilité a plus que fait ses preuves en matière de créations d'emplois, pourquoi donc s'en éloigner encore ?

François Hollande a révélé ce jeudi les "60 engagements" qu'il comptait prendre s'il venait a être élu président de la République en mai prochain. Il a notamment promis "l’augmentation des allocations chômage des entreprises qui abusent des contrats précaires". François Hollande et le monde de l'entreprise sont-ils vraiment compatibles ?

Aurélien Véron

Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens et la liberté. Un projet qui pourrait se concrétiser par un Etat moins dispendieux et recentré sur ses missions régaliennes ; une "flat tax", et l'ouverture des assurances sociales à la concurrence ; le recours systématique aux référendums ; une autonomie totale des écoles ; l'instauration d'un marché encadré du cannabis.

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Atlantico : François Hollande a dévoilé ce jeudi son programme économique. Le candidat socialiste prône notamment "l’augmentation des allocations chômage des entreprises qui abusent des contrats précaires". Comment interprêter le terme "abuser", quand commence l'abus ? 

Aurélien Véron : "Abuser" est un terme clairement péjoratif. C’est un terme qui promet des punitions, ce qui est encore une fois la vision typique des socialistes : une vision punitive de l’économie et non une vision de relance, de libération et de croissance.

Quel est le seuil que l’on doit fixer ? Est-ce que c’est le même seuil chez Renault dans l’industrie et dans le secteur des services de l’Internet (qui a particulièrement besoin de flexibilité) ?  Qui va fixer ce seuil ? Sur quels critères ? On sent que c’est très arbitraire et inapproprié à une économie très diversifiée comme la nôtre. On rentre dans une usine à gaz, avec des grilles qui seront contestées, des surenchères de secteurs par rapport à d’autres. En conséquence, un sentiment d’injustice se développerait très vite. C’est donc une mesure injuste, illisible et punitive.

Cette mesure pourrait, selon vous, se révéler contreproductive ?

Tout ce qui complique la réglementation du travail alourdit logiquement le chômage. Toutes les études (que cela soit des économistes de gauche ou de droite) montrent que l’emploi dépend de la flexibilité. Il y a, de la part de François Hollande, un manque évident de compréhension et de vision de la vie d’entreprise. Il est dans un schéma de technocrate autiste issu de la fonction publique qui ne comprend rien au marché du travail et qui n’écoute pas ses économistes.

Selon vous, flexibiliser le marché du travail reviendrait à créer des emplois ?

Regardez la Scandinavie qui s’est profondément réformée. Elle est passée d’un modèle purement social-démocrate avec une lourde fiscalité et un Etat très présent à un système très flexible. Le code du travail s’est largement simplifié. On constate aujourd’hui le succès de ces politiques. Le Danemark qui avait un chômage explosif dans les années 90 jouit aujourd’hui d’un taux de chômage extrêmement bas, comme tous les pays qui ont appliqué ces schémas très flexibles.

Quand François Hollande cite ces modèles d’économie réussis, il devrait plutôt s’inspirer des règles qui ont fait le succès de ces économies que de s’accrocher à de vieilles lunes. D’ailleurs, Cécile Duflot, la secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) a déclaré que le projet de François Hollande était « un bon vieux projet socialiste ». Sur ce point je suis d’accord avec elle, c’est un bon vieux projet socialiste des années 70, d’une autre époque, d’un autre siècle… Il est dommage de voir qu’un candidat en 2012 s’accroche encore à des théories qui ont quarante ans de retard.

Quid des délocalisations ?

Quand vous parlez aux jeunes entrepreneurs, on sent bien qu’ils ont mal au cœur de délocaliser mais on les force à faire cela en quelques sortes. En France, il y a une hostilité et une incompréhension à l’égard de l’entreprise, nourries par le discours démagogique de notre époque qui est loin d’être adapté aux besoins des entrepreneurs.

Aujourd’hui toutes les jeunes entreprises qui sont performantes ont besoin de flexibilité et on leur « balance » un discours de punition et de bureaucratisation de leur environnement. C’est pourquoi beaucoup d’entrepreneurs qui aiment leur pays, qui sont fiers de créer de l’emploi en France, tendent à délocaliser leur activité. A un moment, ils en ont marre de se faire « fouetter » par des hommes politiques qui ne créent aucune richesse (qui la détruisent d’ailleurs).

François Hollande promet d’imposer « le remboursement des aides publiques reçues pour les entreprises qui se délocalisent ». Qu’en pensez-vous ?

Si une entreprise délocalise parce qu’elle est en difficulté, supprimer l’aide dont elle bénéficiait va accélérer son besoin de faire des économies et donc de délocaliser.

Mais je ne suis pas convaincu par le principe même d’une aide ou subvention de l’Etat aux entreprises. Cela crée une situation de dépendance politique. L’Etat peut alors demander des services « politiques » et non « économiques » aux entreprises. C’est un schéma qui me parait très malsain.

A la place de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy, que proposeriez-vous ?

Il faudrait d’abord rendre la durée de travail hebdomadaire aux partenaires sociaux et aux entreprises. De la restauration à l’Internet, chaque secteur devrait pouvoir négocier son temps de travail légal avec les partenaires sociaux en place.

Il est ensuite nécessaire de déjudiciariser les contrats de travail. Dans un code du travail plus flexible, on licencierait puis on paierait (un coût qui est clair et qui peut même être important) d’après une grille simple et logique sans avoir un risque aussi important qu’aujourd’hui de se retrouver aux prud’hommes. On connait en plus le caractère aléatoire des prud’hommes, le côté « roulette russe ». C’est d’ailleurs l’angoisse de beaucoup de TPE ou PME, des petits patrons qui ne sont pas des juristes, qui ne savent pas où ils s’embarquent et qui n’ont pas de temps à consacrer à tout cela.

Je préconise aussi la suppression des effets de seuil qui sont dramatiques pour la croissance des PME. Quand une PME grossit, elle franchit des effets de seuil. Tout à coup, il faut un délégué syndical, un comité d’entreprise, des comités d’hygiène, de sécurité etc… Il y a un nombre d’institutions syndicales affreusement compliquées qui pourrit la vie d’un petit entrepreneur qui n’a pas le temps à consacrer ni à la bureaucratie ni à la vie syndicale.

Aujourd’hui en France, on vit dans une spirale de la défiance. Cette défiance se traduit par un phénomène très alarmant. Il existe des petits commerçant ou artisans qui expliquent très clairement qu’ils n’ont pas fait le choix de « grossir » car c’était trop pénalisant, trop dangereux, trop compliqué.

10 ans de politique de droite n’ont pas tellement amélioré la confiance des Français. Je ne suis pas sûr que le système socialiste aille dans le bon sens, au contraire. Je ne vois pas grand-chose dans le programme de François Hollande qui puisse arrêter cette spirale. Le facteur décisif d’une spirale d’embauche et de croissance est la confiance dans l’avenir.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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