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Les pompiers mobilisés dans la lutte contre un feu de forêt, à Vidauban, dans le département du Var (dans le sud de la France), le 18 août 2021.
Les pompiers mobilisés dans la lutte contre un feu de forêt, à Vidauban, dans le département du Var (dans le sud de la France), le 18 août 2021.
©NICOLAS TUCAT / AFP

Bonnes feuilles

Forêts : la menace des mégafeux

Hugues Demeude et Thierry Gadault ont publié « Massacre à la tronçonneuse, Climat, parasites, crise budgétaire... Nos forêts en état d'urgence » aux éditions du Cherche Midi. A l'heure où les enjeux environnementaux et la protection de la biodiversité sont plus que jamais d'actualité, l'Etat a progressivement abandonné la forêt française aux seuls intérêts privés. Extrait 2/2.

Thierry Gadault

Thierry Gadault


Thierry Gadault, journaliste économique indépendant, a travaillé pour La Tribune, l'Expansion et le Nouvel Économiste. Il est co auteur d’"Henri Proglio, une réussite bien française. Enquête sur le président d'EDF et ses réseaux, les plus puissants de la République" aux Editions du moment, (2013), et publie fin octobre une enquête sur EDF chez First édition, "La bombe à retardement". Il est également rédacteur en chef du site Hexagones.fr

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Hugues Demeude

Hugues Demeude

Hugues Demeude est enquêteur et réalisateur de documentaires sur des thématiques société et environnement.

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Mercredi 4 septembre 2019. Au cœur du bucolique parc naturel régional de la Brenne, dans l’Indre, l’après-midi champêtre et l’atmosphère en pente douce donnent l’envie de se balader à l’ombre des vieux chênes du massif forestier de Lancosme. Nous sommes au sud-ouest de Châteauroux, dans un paysage constellé d’étangs, de forêts et de champs. Une carte postale de la France tempérée. Quand, soudain, sur la commune de Migné, un feu se déclenche dans une parcelle agricole et s’y propage à grande vitesse.

Depuis des mois, il a fait si sec qu’une étincelle a suffi à enflammer les chaumes. Rapidement, les flammes gagnent les sous-bois de ce massif emblématique. Le bois craque sous l’effet de la chaleur intense, les fumées s’épaississent, le feu avale la végétation : tout s’enchaîne en suivant un scénario jusque-là inconnu dans cette contrée épargnée par le risque de feu de forêt. Le couvert végétal est si asséché qu’en quelques heures seulement, plus de 100  hectares partent en fumée, mangés par un incendie attisé par un vent à plus de 50 kilomètres-heure.

Les pompiers du département de l’Indre sont rapidement dépassés par les évènements et doivent faire appel à des renforts qui arrivent des départements voisins  : la Creuse, le Cher, l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher. Au total, 350 intervenants des forces de sécurité civile sont mobilisés. Des fermes sont évacuées. Les soldats du feu luttent toute la nuit contre cet ogre qu’ils parviennent à noyer au prix de grands efforts. Au petit matin, plus de 200 hectares de la forêt de Lancosme (sur une superficie totale de 2000 hectares) aux nombreux arbres calcinés s’offrent au regard des pompiers fatigués.

Un incendie inédit sous ces latitudes mais que leurs collègues du sud de la France ne connaissent que trop bien, quant à eux : certains grands feux de forêt leur restent en mémoire, comme celui qui a ravagé le massif des Maures dans le Var en 2003. Ce n’est pas en septembre mais à la mi-juillet que les flammes, attisées par un puissant mistral, avaient parcouru une vingtaine de kilomètres de forêt de chênes-lièges et de maquis pour se retrouver à proximité du littoral. Températures autour de 35 degrés, sécheresse des végétaux, vents violents : toutes les conditions étaient réunies pour que les forêts privées du massif des Maures deviennent la proie d’un incendie hors de contrôle. Les 1300 soldats du feu engagés en sont finalement venus à bout sans qu’aucune des habitations, que le feu menaçait, ne soit endommagée. Mais les sols calcinés des 11000 hectares de forêts traversés par l’incendie témoignent de la force implacable du phénomène.

Avec les stress hydriques liés au manque d’eau, les vents tempétueux et les ravages d’insectes, les feux constituent un autre risque redoutable pour nos forêts. Entre 2015 et 2019, dans les 15 départements de la zone méditerranéenne, la surface moyenne brûlée par an est de 9288 hectares. Ce chiffre, loin des 73000 hectares ravagés en 2003, semble pourtant relativement faible, surtout si on le compare aux voisins européens, et s’explique par l’efficacité de la stratégie de lutte française, qui mise tout sur la prévention et l’action rapide.

C’est après plusieurs grands feux que cette stratégie nationale a été mise en œuvre dans les années  1990. L’incendie de la forêt des Landes en août 1949 avait déjà localement stimulé une semblable prise de conscience. Un incendie catastrophique s’était alors propagé une semaine durant, tuant 82 personnes et réduisant en fumée 50000 hectares.

Pour qu’un tel drame ne se renouvelle pas fut alors mis en place, dans les massifs forestiers des Landes de Gascogne, un système de défense des forêts contre l’incendie (DFCI), afin d’instaurer un quadrillage de parcelles de 100 hectares et de créer entre elles des réseaux de pistes alimentées en eau grâce à des puits forés. Ce programme concernait 40000 kilomètres de pistes sur l’ensemble du massif des Landes de Gascogne, couvrant les départements des Landes, de la Gironde et du Lot-et-Garonne (soit près de 1,5 million d’hectares boisés).

La stratégie nationale mise en place a ensuite été favorisée en 1996 par une réorganisation des services d’incendie et de secours. Hier communaux, les corps de pompiers ont alors été départementalisés, de façon à pouvoir proposer une réponse opérationnelle plus efficace, mieux coordonnée, en matière de lutte contre les feux de forêt. L’essentiel de la doctrine se résume en quelques mots d’action  : anticiper les conditions de vent, de chaleur et de sécheresse des végétaux en suivant chaque jour l’indice forêt météo; prévenir en aménageant des pistes DFCI avec les agents de l’ONF; surveiller à travers des patrouilles et des guets au sommet de tours dans les forêts pour détecter le moindre départ de feu le plus précocement possible; attaquer de façon rapide et massive les feux lorsqu’ils sont déclenchés, grâce à des forces prépositionnées dans les massifs forestiers sensibles au risque incendie, avec des camions-citernes forestiers pouvant contenir entre 2000 et 12000 litres d’eau.

Comme en témoigne le feu du massif de Lancosme en 2019, c’est toute cette culture que l’ensemble des pompiers des départements au nord de la zone méditerranéenne vont devoir rapidement assimiler pour leur propre territoire, et plus seulement pour venir en renfort de leurs collègues des départements du Sud. Pour preuve : le feu de forêt le plus important de 2018 n’a pas eu lieu dans le Sud, mais dans le département du Jura, avec une surface détruite de 110 hectares. Et durant l’été 2020, l’un de ceux qui ont marqué les esprits fut le feu en forêt de Sologne, dans le Loiret, qui a quant à lui détruit 250 hectares fin juillet, mobilisant 110 pompiers et 30 engins de tous les départements alentour.

Malgré le savoir-faire avéré des pompiers et l’efficacité de la stratégie nationale de lutte contre les feux de forêt, les scientifiques considèrent que ceux-ci constituent une problématique grandissante, non seulement en zone méditerranéenne où s’enchaînent les épisodes de sécheresse qui rendent les sols arides et augmentent l’inflammabilité des végétaux, mais désormais sur l’ensemble du territoire français. À  l’occasion des 40  ans de la revue Forêt méditerranéenne, un collectif de scientifiques a été réuni pour en débattre et pour établir des « regards croisés sur les incendies de forêt et sur l’évolution de la défense des forêts contre l’incendie en région méditerranéenne française ». Ce collectif comprenait Éric Rigolot, directeur de recherche de l’Inrae d’Avignon, Philippe Michaut, expert feux de forêt et chargé de mission auprès de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise, et encore Rémi Savazzi, de l’ONF. Parmi leurs analyses : l’impact du changement climatique va multiplier par 3 ou par 5 les surfaces brûlées d’ici la fin du siècle dans les 15 départements du sud de la France. Le nombre de feux sera plus élevé et la saison à risque allongée, et les feux de très grande ampleur certainement plus fréquents.

L’un des problèmes majeurs soulevés est que ces derniers seraient en partie consécutifs, paradoxalement, à la stratégie nationale de prévention et d’attaque rapide des feux naissants. En effet, « cette politique de suppression systématique des feux a conduit à une accumulation de biomasse importante favorisée par l’abandon de l’exploitation de la forêt. De plus, la forte déprise agricole observée depuis le milieu du siècle dernier a eu pour effet une progression des surfaces forestières, à la manière des pins d’Alep qui colonisent de nouveaux milieux et « forment de grands continuums forestiers », ce qui participe au développement de « l’aléa de propagation des incendies et à l’augmentation de leur intensité potentielle. »

Selon le commandant Jean-Paul Monet, chef de groupement d’incendie et de secours du Sdis des Bouchesdu-Rhône, « pour ce qui est des forêts présentant des continuités et des maturités importantes –  Var, Préalpes, forêts de moyenne altitude en Pyrénées, voire forêts alpines ou auvergnates à l’exploitation délaissée –, on peut imaginer que le réchauffement entraînera prochainement des feux très importants, difficilement contrôlables. Il faut enfin évoquer le cas des forêts de régions “non sensibles” au feu, qui vont immanquablement être concernées  : Limousin, Centre, Île-de-France ou Vosges par exemple. Dans ce cas, c’est probablement parce qu’elles échapperont à une politique de lutte contre les feux naissants (maillage et densité des moyens terrestres et aériens insuffisants) qu’elles pourraient subir, elles aussi, des destructions massives ».

Pour certains analystes, même la forêt des Landes n’est pas à l’abri de la menace de grands feux, elle dont pourtant les propriétaires privés ont mis en place d’efficaces systèmes de lutte intégrée dès les années 1950 pour protéger le million d’arbres plantés, principalement des pins maritimes. Fin juillet  2020, l’incendie qui a détruit près de 300 hectares dans le sud de la Gironde, à proximité du village du Tuzan, en est une illustration. Nécessitant le recours à 180 pompiers et deux bombardiers d’eau, ce feu de forêt virulent s’est propagé dans des plantations de jeunes pins dont la densité offrait un combustible parfait. Et c’est justement ce que craignent les observateurs, qui redoutent une montée de ce type de péril dans les Landes. Avec la mise en place d’une sylviculture rapide pour récolter des arbres à 40 ans contre 80 comme c’était d’usage jusqu’à présent, le risque en termes de feux de forêt est d’être confronté à des continuums de végétation qui constituent des murs végétaux plus facilement inflammables : en cas d’incendie, ils peuvent alors brûler depuis le sol jusqu’à vingt mètres de hauteur, produisant un rayonnement de chaleur très important.

Ce danger des grands feux est désormais pris très au sérieux par les spécialistes, comme le confirme un récent rapport d’information du Sénat de septembre 2019 intitulé « Les feux de forêt : l’impérieuse nécessité de renforcer les moyens de lutte face à un risque susceptible de s’aggraver ». Il constatait « une extension à la fois géographique et chronologique du risque d’incendie : […] de plus en plus de départs de feux sont recensés au nord de la zone sud et de l’Aquitaine, notamment dans les Pays de la Loire, le CentreVal-de-Loire, en Normandie et en Bretagne. 323  feux et 4500 hectares de surfaces consumées y ont été recensés fin juillet 2019. Quant à l’extension chronologique du risque de feux, elle peut d’abord consister en des périodes de feux plus longues, de trois à six mois selon les prévisions, ou une accumulation de feux ponctuels sur une période plus longue que les quatre mois actuels de la saison des feux. »

Avec le réchauffement climatique qui engendre des épisodes de sécheresse, l’accumulation de combustibles liée à la déprise agricole et l’abandon de l’exploitation de parcelles de forêts laissées en déshérence, on comprend pourquoi de nouvelles « pyrorégions » apparaissent ainsi sur la carte de France, avec la menace de grands feux encore jamais vus dans ces territoires. Certains de nos voisins européens ont déjà fait l’amère expérience ces dernières années des mégafeux, comme le Portugal en 2017, lors d’incendies dans lesquels une centaine de personnes ont perdu la vie et qui ont ravagé 220000 hectares.

Ces mégafeux sont générés en grande partie par l’utilisation d’eucalyptus, une espèce « pyrophile » ayant la capacité de libérer des vapeurs inflammables pour aider le feu à éliminer les plantes environnantes susceptibles de lui faire concurrence. Mais ce qui pouvait être gérable dans le bush australien, son aire d’origine, l’est beaucoup moins dans des plantations artificielles d’arbres à croissance rapide spécialement créées en vue d’une utilisation industrielle du bois. Au Portugal justement, la surface couverte par cette essence atteignait plus de 800000 hectares. Les grands incendies de 2017 et 2019 ont amené le gouvernement à imposer qu’elle soit réduite.

Gardons à l’esprit ce retour d’expérience chez nos voisins portugais, alors que des plantations d’eucalyptus font déjà florès depuis près de quarante ans en France, et qu’elles sont même promues par des experts forestiers pour y être davantage développées. Francis Melun par exemple, du centre technique industriel FCBA (Forêt cellulose bois-construction ameublement), lui consacrait en 2012 un article très argumenté dans la Revue forestière française, titré : « L’eucalyptus en France  : une espèce remarquable pour la production de biomasse ». Puis, dans une note d’information dédiée, il développe : « Sa croissance remarquable, sa plasticité et ses faibles exigences en font un excellent candidat pour la production de biomasse ligneuse […]. Le climat, globalement chaud et plus ou moins humide d’est en ouest, avec des épisodes de froids importants relativement rares, convient bien à cet exotique. Son intérêt réside également dans sa capacité à rejeter de souche après exploitation, ce qui représente un avantage considérable puisqu’il n’est pas nécessaire de replanter après la coupe. Trois ou quatre rotations peuvent ainsi s’enchaîner sans travaux ni dépenses supplémentaires. »

Ces arguments paraissent bien séduisants pour un sylviculteur. Jusqu’à rendre éligible l’eucalyptus, qui apprécie les climats chauds, à une plantation massive en France pour remplacer d’autres essences qui sont en train de disparaître, comme le pin sylvestre par exemple ? À l’instar de ce pin planté à des dizaines de millions d’exemplaires et capable de pousser sur des sols pauvres, l’eucalyptus « permet de valoriser des terres pauvres non cultivées ou abandonnées par l’agriculture, des friches et des zones boisées non productives », selon Francis Melun. Ce qui représente une très vaste superficie potentielle…

Le risque feux de forêt mobilise donc de plus en plus les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), reconnaît le rapport du Sénat précité. Les données de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises reprises dans ce rapport indiquent près de 1,2 million d’heures cumulées d’intervention des sapeurs-pompiers en 2017 (année aux nombreux incendies), à comparer aux moins de 400000 heures en 2013. Une mobilisation croissante des Sdis qui peut « nourrir des inquiétudes, alors même que leurs ressources stagnent et que leurs dépenses d’investissement se contractent de près de 20% entre  2008 et  2017. Une insuffisance des équipements des Sdis compromettrait l’efficacité de leurs opérations de lutte, d’autant plus au regard des perspectives inquiétantes liées au réchauffement climatique ».

Un des facteurs déclenchants des feux de forêt dans ces nouvelles zones à risque a été identifié par les pompiers : il s’agit du dépérissement des arbres sur pied, comme en a récemment témoigné le Sdis des Vosges dans la rédaction de son nouveau Sdacr, qui couvre la période 2020-2024. Le Sdacr, acronyme de « schéma départemental d’analyse et de couverture des risques », inventorie les risques de toute nature propres à chaque territoire auxquels les sapeurs-pompiers doivent se préparer. Validé par le préfet, il sert de document opérationnel stratégique.

En matière de feux de forêt, le Sdacr du Sdis des Vosges précise que « l’état actuel de la forêt et ses perspectives d’évolution au regard des évolutions climatiques et des crises sanitaires témoignent d’une augmentation considérable du risque d’incendie ». En cause donc, au-delà de la végétation qui s’assèche sous l’effet de fortes températures sans précipitations, les arbres qui meurent sur pied et augmentent la quantité de végétation disponible. « Peuvent ainsi être relevés de façon cumulative : la prolifération de la pyrale du buis qui le rend inflammable; l’attaque des épicéas affaiblis par le contexte climatique par les scolytes qui se multiplient (il peut être estimé que 100% des épicéas seront morts en dix ans à l’ouest d’Épinal); la maladie des frênes ; la mort des sapins par la sécheresse ; la mort de chênes pédonculés par la chaleur. »

Et le fait est! La lettre de juillet 2020 du Département de la santé des forêts sur la situation sanitaire des forêts à mi-année 2020 au niveau national est tout bonnement sidérante  : « La mortalité importante de sapins pectinés se poursuit, voire s’accentue, en lien avec le stress hydrique des étés  2018 et  2019, et les pullulations des scolytes du sapin. » Les mortalités sont importantes en Franche-Comté, dans l’Ain, les monts du Beaujolais, le Piémont lorrain des Vosges et dans le Morvan. En ce qui concerne le pin sylvestre, une essence primordiale dans l’économie de la filière forêt-bois en France et en Europe, c’est carrément la chronique d’une disparition annoncée : « Le phénomène des mortalités de pins sylvestres s’est accentué au cours du printemps 2020, […] avec un taux de signalement qui a brutalement augmenté, en quantité et en gravité. » Des mortalités fréquemment consécutives à des attaques du bupreste bleu, un insecte ravageur qui cible les pinèdes en état de faiblesse. La situation a pris de cours les propriétaires et gestionnaires forestiers, tant le pin sylvestre était considéré comme une espèce robuste : il a été planté par dizaines de millions à partir du milieu du XXe  siècle comme alternative en matière de production dès que les sols étaient pauvres, que ce soit en Normandie, en région Centre, en Bretagne, dans les Hauts-de-France, en Bourgogne-Franche-Comté ou encore dans le Grand Est. Autant de régions qui vivent sous la menace de voir des forêts de pins sylvestres mourir sur pied.

En ce qui concerne les feuillus, ce même bulletin précise, pour ce qui est du hêtre, que « la succession d’étés chauds et secs depuis 2015 et l’exceptionnel stress hydrique de 2018 ont occasionné un phénomène de dépérissements inédit par son ampleur et son intensité à partir du printemps 2019 en Franche-Comté et en Grand Est ». De forts dépérissements de chênes sont aussi à craindre, eux qui réagissent toujours quelques années après le stress initial. Certains chênes de l’emblématique forêt de Tronçais, dans l’Allier, ont déjà montré des signes de dépérissement inquiétants. Dans d’autres zones telles que le nord-ouest de l’Occitanie, la Bourgogne et la Franche-Comté, c’est le papillon bombyx disparate qui s’est mis à pulluler depuis le printemps 2019, impactant les chênaies, les charmaies et les hêtraies par son action défoliatrice.

Le risque de feux de forêt dans ces nouvelles pyrorégions potentielles pourrait survenir au printemps, quand la végétation des sous-bois est asséchée au sortir de l’hiver, ou durant l’été, comme le craint le Sdis des Vosges dans son Sdacr : « Le risque en été devrait augmenter dans les prochaines années avec les périodes de sécheresse, en particulier avec des feux touchant les végétations basses et au regard du risque très élevé d’inflammabilité des peuplements des épicéas scolytés et des sapins dépérissant avant et après exploitation (rémanents au sol). »

Un constat confirmé par Jean-Yves Boitte, responsable du service forêt à l’agence Vosges Montagne de l’ONF : « Avant on avait 3 ou 4 feux par an, et l’année dernière, en 2019, ça a été une trentaine dans le département. Ce sont de tout petits feux de moins de 5  hectares. Mais on n’est pas à l’abri d’un feu de plusieurs dizaines, voire centaines d’hectares. D’autant plus que les pompiers n’ont pas encore acquis toute la culture et les compétences face aux feux de forêt. D’autre part, même s’il y a beaucoup de voies de pénétration dans nos forêts, nulle part l’infrastructure n’a été conçue pour la lutte contre l’incendie. Nous avons des pistes, mais un camion de pompiers doit aller tout au bout pour faire demi-tour, ou sortir en reculant. Les pompiers ne vont jamais s’engager dans un chemin comme cela. C’est toute une problématique que nous ne connaissions pas jusqu’à maintenant. Il faut qu’on intègre le risque incendie. »

A lire aussi : Les impacts mortels du changement climatique sur les forêts

Extrait du livre de Hugues Demeude et Thierry Gadault, « Massacre à la tronçonneuse, Climat, parasites, crise budgétaire... Nos forêts en état d'urgence », publié aux éditions du Cherche Midi.

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