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FMI et Banque mondiale : 
quand le remède est pire que le mal
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Cadeaux empoisonnés

FMI et Banque mondiale : quand le remède est pire que le mal

L'assemblée de printemps du FMI et de la Banque mondiale se tiendra ce week-end à Washington. On y discutera crise économique mondiale et marchés financiers. L'occasion pour le blogueur H16 de revenir sur les actions passées de ces deux institutions étatiques, "dirigistes et interventionnistes".

Hash H16

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H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

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Ce week-end se tient l’assemblée de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Comme les rouleaux de la même saison, ce genre de réunions doit se déguster à froid, pour analyser calmement ce qui va s’y dire, et ce d’autant plus que la situation économique mondiale n’est pas, loin s’en faut, particulièrement sereine.

Côté Banque mondiale, cette réunion sera l’occasion de se pencher sur la volatilité des prix des denrées alimentaires et faire un petit bilan des progrès réalisés pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement.

Et côté FMI, il a tout récemment estimé que le système monétaire international, dont il est normalement l’attentif garant, n’est pas exactement au mieux compte tenu de l’état précaire des banques européennes, dont certaines devront, toujours selon l’institution internationale, faire appel à des sources publiques.

Et, finalement, ça tombe bien, le FMI est justement l’une de ces sources, l’autre étant - coïncidence habile - la Banque mondiale. Tout ceci est très commode mais ne choque pas celui qui se rappellera fort à propos l’historique de ces deux institutions.

Petit rappel historique

Le FMI, on s’en souvient, fut créé en 1944 sous l’impulsion des Nations unies pour assurer la bonne marche du système monétaire international, dans un premier temps en garantissant la stabilité des monnaies par rapport à l’or, puis, lorsque l’étalon-or fut abandonné, en jouant des prêts et de ses droits de tirage spéciaux pour garantir la solvabilité des banques centrales de pays en difficultés…

L’historique d’interventions du FMI, en près de 70 ans, est déjà assez long et montre que la faillite ou l’insolvabilité des états, si elle est régulièrement présentée comme impossible par certains économistes et politiciens en carton, est en réalité un événement assez courant. Ce même historique montre de surcroît que ces interventions n’ont que très rarement abouti à une remise en état des pays qui ont fait appel à son aide.

Très récemment, on peut citer les chamailleries entre le Fonds et l’Argentine ou les gentilles passes d’armes entre l’Union européenne, la Grèce et l’institution financière internationale. Généralement, les prêts accordés par le FMI étant liés à des conditions qui sont rarement adaptées au pays demandeur, on aboutit fréquemment à des solutions pires que le remède.

De son côté, le Groupe de la Banque mondiale ne fait guère mieux : lui aussi créé à la sortie de la guerre, en 1945, et lui aussi dans le cadre des Nations unies (auxquelles le Groupe est toujours lié), son objectif était au départ d’aider à la reconstruction des pays lourdement touchés par la Seconde Guerre mondiale, essentiellement en Europe (avec la France en premier récipiendaire des prêts accordés) et au Japon.

Par la suite, la Banque mondiale fut l’instrument rêvé de redistributions généreuses d’argent quasi-gratuit libellé « aide internationale », notamment vers l’Afrique, dont les résultats furent, on peut le dire, catastrophiques, comme le décrit fort bien Dambisa Moyo dans « L’Aide Fatale » (JC Lattès) ; outre un soutien indirect à certaines crapules dictatoriales - comme, du reste et avec décontraction, le FMI - le palmarès de la Banque mondiale est donc aussi « reluisant » que celui du Fonds monétaire international.

De l'art de cultiver l'incohérence

Le plus savoureux est d’ailleurs de constater que, bien que sœurs, ces institutions n’en hésitent pourtant pas à agir de façon régulièrement désynchronisée voire antagoniste quitte à proposer des solutions diamétralement opposées.

Le FMI est ainsi farouchement opposé à un retour à l’étalon-or, ce qui est compréhensible compte-tenu de son appétit immodéré pour la monnaie papier et les jeux d’écriture acrobatiques qui l’autorisent même à recourir au marché pour constituer ses prêts ; les Etats qui ont besoin d’argent et ne peuvent plus aller voir les banques, trop gourmandes en taux d’intérêts élevés, se retournent vers le FMI qui, à son tour, demande donc à ces mêmes banques. Voilà qui est à la fois sain et durable.

De son côté, le patron de la Banque mondiale avait, lui, plaidé pour un retour à l’étalon-or ; en novembre 2010, Robert Zoellick avait ainsi déclaré que le système monétaire international devrait « … envisager d’employer l’or comme point de référence international des anticipations des marchés au point de vue de l’inflation, de la déflation et des taux de change futurs ».

Comme on le voit, nos deux partenaires n’excellent pas dans la cohérence.

Des institutions étatiques inutiles et nuisibles

Ce qui apparaît certain, c’est que ces deux entités n’ont jamais fait la démonstration de leur indispensable utilité. Pire, dans un monde où l’on dégaine le principe de précaution dès qu’on peut, on est en droit de s’interroger sur le blanc-seing donné à ces institutions puisqu’elles n’ont pas fait, loin s’en faut, la preuve de leur innocuité.

Allons plus loin et posons quelques questions de fond (notez l’absence de « s » ici) sur ces deux organismes internationaux : qui les a créé ? Qui les finance ? Quels sont leurs modes d’actions ?

La création, on l’a vu, est directement lié à une impulsion purement étatique.

Leur financement est, on le sait, purement du fait des états membres.

Et leur mode d’actions, directement issu d’un consensus entre individus nommés par des Etats, répond à des impératifs purement étatiques, absolument déconnecté de toute décision des peuples concernés. De plus, ces actions sont, systématiquement, dirigistes et interventionnistes.

Le FMI, comme la Banque mondiale, sont, par essence, des entités étatiques, fonctionnant sur un mode parfaitement collectiviste où l’on ramasse le produit d’un impôt, certes très indirect, mais impôt tout de même, que l’on redistribue de façon complètement arbitraire, en jouant au petit sorcier du marché monétaire et financier, en prétendant savoir mieux que les populations concernées ce qui est bon pour elles.

Et comme par hasard, ces entités sont, à la fois, accusées de pousser au turbo-libéralisme débridé (dont on voit mal, exactement, où il a pu s’insérer dans autant d’interventions étatiques) et, à bon droit, sont jugées responsables d’une aggravation assez répétée de situations qu’elles sont censées résoudre.

En pratique, tant le FMI que la Banque mondiale sont des illustrations presque caricaturales de ce que le socialisme et l’interventionnisme étatique font de pire. Et à ce titre, aucune personne de bon sens ne pourra rien attendre de bon de l’assemblée de printemps de ce week-end.

 

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