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La Commission veut parvenir à une réduction de 55% des émissions d’ici 2030.
La Commission veut parvenir à une réduction de 55% des émissions d’ici 2030.
©JuergenPM /Pixabay

Commission européenne

Fit for 55 package : attention au risque de dumping environnemental !

Le 14 juillet 2021, la Commission européenne présentera une série de 11 modifications législatives (baptisée ‘Fit for 55 package’), dont l’objectif est de parvenir à une réduction de 55% des émissions d’ici 2030.

Jean  Duchein

Jean Duchein

Diplômé de l’EDHEC en 1999, Jean Duchein a débuté sa carrière chez Arthur Andersen à Paris. Il a ensuite rejoint l’équipe Corporate Finance de la société, devenue Ernst & Young Transaction Advisory Services, pour prendre en charge des missions de due diligence financière auprès de fonds LBO européens (large et mid-cap) et de restructurations financières et opérationnelles auprès d’entreprises sous-performantes. En 2006, Jean Duchein rejoint BDL Capital Management en tant qu’analyste financier, spécialisé dans les secteurs du service public, de l’automobile, de la construction et des valeurs industrielles. Il co gère le fonds BDL Transition.

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Pour encourager la réduction des émissions de gaz à effet de serre de manière économiquement efficace, l’Union européenne a instauré en 2005 un système d'échange de quotas d'émission (SEQE-UE). Il restreint le volume des gaz à effet de serre qui peuvent être émis par les secteurs industriels énergivores, les producteurs d'électricité ou les compagnies aériennes. Ces quotas d'émission sont plafonnés à un niveau fixé par l'UE et les entreprises peuvent en recevoir ou en acheter. L’objectif est de réduire les émissions de CO2 de l’UE de 40% d’ici 2030, comparativement au niveau de 2005.

Mais la Commission européenne veut accélérer les choses. Le 14 juillet 2021, elle présentera une série de 11 modifications législatives (baptisée ‘Fit for 55 package’), dont l’objectif est de parvenir à une réduction de 55% des émissions d’ici 2030.

Les secteurs les plus impactés

Ces nouvelles réglementations pourraient s’appliquer dès 2023 : en tant que gérants d’actifs, nous devons nous y intéresser dès à présent. Certaines mesures incitatives ou restrictives seront spécifiquement ciblées sur des secteurs clés. Par exemple, le déploiement de projets dans les énergies renouvelables devrait être favorisé. Pour respecter les nouveaux objectifs et compte tenu de leur intermittence, la part des énergies renouvelables dans les capacités de production devra passer de 32% aujourd’hui à 65% en 2030. Parmi les sociétés européennes les mieux positionnées pour bénéficier de cette montée en puissance, nous avons identifié EDPR et Fortum dans le secteur des utilities, mais aussi Siemens Energy et Linde, dans le segment gaz et hydrogène.

Autre enjeu majeur : la décarbonation des transports. Nous pensons que l’industrie automobile pourrait faire face à un nouveau resserrement des émissions moyennes de CO2 tolérées par l’UE, avec une réduction de 50 % d’ici 2030 pour le parc en circulation (contre 37,5 % actuellement). La ratification de ce nouvel objectif requerrait une accélération de la pénétration des véhicules électriques, à environ 50%, tandis que les constructeurs les plus ambitieux anticipent pour le moment 40% de pénétration en 2030.

Afin de répondre aux objectifs de 2030, il serait nécessaire d’atteindre une efficacité énergétique des bâtiments de 36-39%. Néanmoins les Etats membres sont pour l’instant en passe d’atteindre seulement une efficacité de 29% à cette date. Le Fit for 55 package pourrait ainsi fortement toucher le secteur de la rénovation des bâtiments, en exigeant une hausse de l’efficacité énergétique. De quoi donner un « boost » règlementaire à des sociétés de services énergétiques comme SPIE, Vinci Énergie, Eiffage Énergie Systèmes ou des entreprises présentes dans l’isolation thermique comme Saint-Gobain.

Révision du SEQE : risque ou opportunité pour les entreprises européennes ?

Un élément très important de la réforme est une révision majeure du SEQE. L’idée est de donner un tour de vis supplémentaire en mettant fin plus rapidement que prévu au système de quotas gratuits de CO2 pour l’industrie européenne et de durcir l’objectif final de réduction des émissions en 2030. Un projet de réforme du SEQE a « fuité » sur Bloomberg et évoque une réduction abrupte des quotas dès l’année suivant l’adoption de la nouvelle loi, ce qui signifierait des coûts supplémentaires et substantiels dès 2024 pour les utilisateurs du SEQE. La décision sur le cap final de l’allocation de CO2 pour 2030 semble toujours en attente, mais les experts tablent sur une fourchette de 730 et 780 mt. Aux prix actuels du carbone, ce sont plus de 12 milliards d’euro de quotas gratuits pour les secteurs concernés qui seraient ainsi éliminés. Si la Commission s’en tient à une ligne dure, cela pourrait se traduire par des prix du carbone plus élevés au-delà des 50€ que nous voyons aujourd’hui. Des inquiétudes quant à l’impact possible de telles mesures sur la compétitivité et sur les prix à la consommation apparaissent déjà.

La nouvelle frontière, c’est celle du CO2

Il ne sera certes pas facile d’obtenir l’accord du Conseil européen et du Parlement européen pour cette réforme et un compromis semble probable avec une longue et dangereuse période de transition, de réduction progressive des quotas. Cependant, cette transformation impactera toute l’industrie manufacturière européenne.

Attention, donc ! Si nous soutenons l’initiative européenne de réduction plus rapide des émissions, cette « austérité » écologique renforcée, dont la conséquence la plus visible serait une flambée du prix du carbone, devra bien veiller à ne pas pénaliser toute l’industrie européenne vis-à-vis de ses concurrents internationaux, souvent moins avancés sur les questions environnementales. L’Europe, qui apparait trop souvent cacophonique et désordonnée, ne doit pas ici prêter le flanc à un dumping écologique de son industrie, qui viendrait s’ajouter au dumping social déjà existant.

Le projet d’un « ajustement carbone » aux frontières de l’Europe, avec une taxe carbone à l’importation sur l’aluminium, le ciment, l’énergie électrique, les engrais ou encore l’acier, est un élément indispensable du dispositif qui se profile. Cette frontière CO2 devra être efficace, faute de quoi nous risquons une désindustrialisation accélérée du vieux continent, en plus de l’inefficacité de mesures qui ne feraient que déplacer les émissions au lieu de les réduire.

Par Jean Duchein, gérant chez BDL Capital Management

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