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Finkielkraut, Zemmour, Rayski… faut-il être juif pour pouvoir se permettre de parler d'identité française ? La réalité est beaucoup plus complexe
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Mémoire

Finkielkraut, Zemmour, Rayski… faut-il être juif pour pouvoir se permettre de parler d'identité française ? La réalité est beaucoup plus complexe

Identité malheureuse, identité française et… identité juive. Il y a entre ces trois identités des passerelles. Elles sont solides. Ça vaut la peine de s’y aventurer.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Plusieurs lecteurs d’Atlantico se sont intéressés à un article sur Alain Finkielkraut et Lorant Deutsch. Ils ont relevé que ces deux écrivains, amoureux de la France et pour cela voués aux gémonies, étaient d’origine juive. À leurs noms ils ont ajouté ceux d’Élisabeth Lévy, d’Éric Zemmour et aussi de Pierre Nora. Certains lecteurs se sont demandé si le fait d’être juifs ne les protégeait pas contre les habituelles accusations de fascisme et de nazisme dont sont l’objet d’autres auteurs qui pensent comme eux et qui n’auraient pas eu la chance d’être de cette origine.

>>> A lire également, l'article de Benoît Rayski sur Alain Finkielkraut et Lorant Deutsch : Identité française, identité malheureuse. Pourquoi tant de haine ?

Les choses sont un peu plus complexes et compliquées que ça. Tous les peuples ont une mémoire. Elle les façonne comme le vent sculpte les contours des dunes, comme la mer lisse les galets. Pierre Nora a écrit un très beau livre sur la question. Les Juifs, qu’ils soient intelligents ou idiots (il y en a autant chez eux que chez les autres si ça peut rassurer ceux qui ne le sont pas), ont une mémoire particulière et singulière.

Ils savent ce qu’est l’identité. Parce que la leur a été niée pendant des millénaires. Et aujourd’hui parfois encore. Du temps des pharaons, leur identité a été méprisée et piétinée : il leur a fallu fuir l’Égypte. Au temps des Romains, ils ont été massacrés, leur nation réduite en esclavage, parce qu’ils refusaient de rendre à César ce qu’ils ne voulaient rendre qu’à Dieu. Plus tard en Europe, au Moyen Âge, c’est leur identité religieuse qui a été considérée comme un crime. Ils sont morts par milliers sur les bûchers pour avoir refusé d’abjurer leur foi.

Bien plus tard, les nazis leur dénièrent toute identité humaine. Ils étaient des rats. Et c’est en tant que tels qu’ils furent exterminés dans les chambres à gaz. En France, sous Vichy, c’est de leur identité française qu’ils furent dépouillés par un infâme Statut des Juifs. Aujourd’hui l’État d’Israël (et il ne s’agit pas ici de sa politique, qu’on peut vilipender ou applaudir), auquel nombre de Juifs sont attachés, est nié dans son existence même par beaucoup de ses voisins.

Une telle mémoire ne va pas sans inconvénients. Elle peut susciter chez certains un complexe obsidional et un penchant victimaire. Mais elle a aussi forgé une totale compréhension pour ce qu’est l’identité, y compris celle des autres quand elle est mise en cause. De cette empathie l’identité française n’est pas absente. Et l’identité juive, pour se protéger peut-être, vient se blottir contre elle.

Il y a quelque temps je me suis rendu dans un petit village des Deux-Sèvres, Le Noirvault. Une cérémonie touchante, et un peu naïve, se déroulait là-bas pour honorer ceux qui, pendant l’occupation allemande, avaient, au péril de leur vie, abrité et protégé des enfants juifs. Quelques discours émus et convenus. Puis deux vieux messieurs prirent la parole. Et ils truffèrent leurs allocutions de phrases en patois local. En patois ! J’ai alors réalisé que c’est parce qu’ils étaient de chez eux, très de chez eux, qu’ils avaient eu le cœur et le courage d’accueillir ceux qui n’étaient pas de chez eux.

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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