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Une soignante manifeste près de l'ARS de Strasbourg, le 16 juin 2020.
©FREDERICK FLORIN / AFP

Suradministration

Faut-il dissoudre les Agences régionales de santé ?

Alors que le gouvernement se met à dissoudre les associations qui ne lui plaisent pas, les Français font face à d'autres structures qui les inquiètent en cette période de pandémie : les ARS.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Vers une dissolution des Agences Régionales de Santé ?

Nous vivons une époque formidable, on se met à dissoudre à tour de bras des associations, dangers pour la sécurité nationale, autour des mots tabous : racisme, terrorisme et antisémitisme. Chaque semaine va retentir de la mise à l’écart de la vie publique de rassemblements officiels d’hommes et de femmes qui ne manqueront pas de se réunir quand même comme cela a toujours été le cas, mais c’est un avertissement et une manifestation d’opprobre du Gouvernement à l’égard de certaines institutions.

Dans cette période de pandémie où le monde entier a la tête tournée vers le virus et ses variants, les Français ont rencontré d’autres réalités qui les inquiètent encore plus au quotidien, les Agences Régionales de Santé ou ARS qui, de leur point de vue, les ont mis en grand danger sans que le Gouvernement ne parle de leur dissolution. Dès le début de l’année dernière on les a pris en défaut sur la fourniture de masques et depuis, quel que soit le sujet, la population a, non pas le sentiment de leur inutilité, mais, bien plus grave, celui de leur nocivité, c’est-à-dire que tout pourrait sans doute fonctionner mieux si elles disparaissaient tout simplement. Certains observateurs n’hésitent pas à déclarer vouloir dorénavant combattre leur existence à cause de leur inaptitude à remplir leur rôle dans la période de crise aiguë que nous traversons. Il est sans doute facile de désigner des boucs émissaires dans une atmosphère qui va de la grogne à la violence, de l’apathie, de la peur à la révolte, mais lorsque l’on finit par dire dans les milieux médicaux submergés par les malades que le Gouvernement est devenu l’otage des ARS et que la seule façon de pouvoir s’en sortir est de les mettre à l’écart, on se doit d’examiner plutôt deux fois qu’une les raisons de ce malaise.

La politique de santé n’a jamais été un modèle d’organisation. Hôpitaux publics, cliniques privées, médecins libéraux et professions de santé se sont développés au gré des concentrations urbaines sans réelle planification. Pendant le même temps, l’Assurance Maladie devenait de plus en plus dépensière avec une population en croissance et des avantages accordés par les politiques de tous bords pour les plus âgés, les plus pauvres, les étrangers de passage ou résidents, elle a été le miroir de l’Etat Providence dont tout le monde rêvait, une France superbe et généreuse prônant l’égalité et la bienveillance universelle ! Et c’est ainsi que le « déficit de la Sécurité Sociale » a fait son entrée dans les gazettes, chaque Ministre en charge effectuant sa réforme ambitieuse sans que le chemin suivi aboutisse quelque part. Traînant ce boulet dans un pays en déclin industriel et donc en manque de recettes, on a voulu montrer une vertu réformatrice en mêlant bonnes intentions, carte sanitaire, schémas régionaux, meilleure offre de soins, organisation des services avec en corollaire la maîtrise des dépenses.

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C’est dans ce contexte que sont nées différentes instances décentralisées au cours du temps avec des noms ronflants et des objectifs merveilleux : la réalité c’était la nécessité de créer une bureaucratie pour réduire les dépenses tout en affirmant le contraire. Depuis le milieu des années 70 la politique de santé se résume, hélas, à cela, tandis que la démagogie politicienne élargissait les bénéficiaires ! On ne va pas reprendre les litanies des fermetures de lits et d’établissements, la compression des masses salariales, les contraintes portées sur les honoraires médicaux et la suradministration de toutes les instances hôpitaux et caisses tandis qu’était surveillé un « Objectif National de Dépenses d’Assurance Maladie ou ONDAM ! La carte des établissements rétrécissait, le numerus clausus des formations de médecins conduisait aux déserts médicaux et les médecins traditionnels « de famille » étaient remplacés à leur retraite par les « urgences médicales » devenues des institutions nouvelles célébrées par des programmes de fiction télévisuelle. Les départements étant jugés trop nombreux pour bien participer à la concentration des moyens (et aux coups de rabot budgétaires) ce sont les 26 régions qui ont été choisies en 2009 avec la création en Avril 2010 d’une instance par territoire ….bientôt réduites à 17 en 2016 ! Dénombre-t-on aujourd’hui 26 ou 17 ARS ou entre les deux ? On le saura peut-être un jour, mais ce n’est pas l’essentiel :ces administrations auraient mérité des lignes directrices limpides et des personnels formés à aider les professionnels de santé. Elles se sont, au contraire, organisées en bureaucraties tatillonnes esclaves des chiffres et exerçant des contrôles essentiellement budgétaires sur des professionnels de santé croulant sous la paperasserie.

La situation de crise due à la pandémie aurait pu les ouvrir à l’initiative et à la flexibilité, occasion unique de remplacer le conformisme par l’agilité, l’innovation et surtout la recherche de l’efficacité. Cela n’a pas été le cas. Et même si les atermoiements des instances nationales, les hautes autorités, les hauts conseils, et autres organes supérieurs y sont pour quelque chose, il reste que des mesures simples « de terrain » n’ont pas été prises par raideur bureaucratique. La logistique a été déficiente dès la pénurie de masques, mais dans les territoires les bonnes volontés existaient dans l’artisanat comme dans l’industrie en particulier avec les visières utilisées abondamment dans les usines et ateliers. La satisfaction des normes et règlements restait la boussole d’institutions débordées de toute part devant répondre par des chiffres instantanés aux demandes d’en haut tandis que les problèmes humains très contrastés demandaient des réponses adaptées. Beaucoup d’agents étaient encore formatés par le secteur public et ont eu du mal à intégrer la sphère privée hospitalière et libérale dans l’élaboration de réponses à la pandémie. Des lits de cliniques disponibles étaient oubliés tandis que l’on communiquait sur des transferts de malades à travers le pays, la politique tester/ tracer/isoler affichée dans beaucoup de pays n’était pas mise en place tandis que l’analyse des tests prenait du retard pour avoir oublié la compétence des laboratoires vétérinaires …quel que soit le sujet, les retards à l’action se multipliaient, toutes les initiatives piétinaient, ainsi celle des analyses des eaux usées permettant de quantifier la concentration virale dans des quartiers préconisée par les marins-pompiers de Marseille, celle des capteurs de CO2 dans les écoles, celle des enduits sur tissus Viral-Stop et ainsi de suite. Le principe de précaution permettait de retarder les tests salivaires comme les autotests tandis que les vaccinations butaient encore sur des problèmes de logistique et d’organisation.

Au bout du compte si les décisions ou atermoiements du sommet dans la gestion de la pandémie essuyaient bon nombre de critiques justifiées, il devenait clair aussi que l’appareil administratif chargé à la fois de faire les remontées du terrain et d’appliquer les consignes se montrait incapable de gérer la crise : question de tempérament, de compétence, de formation… ? La population ne s’y est pas trompée et les réactions jugées sévèrement comme « inciviques » peuvent provenir grandement d’une perte de confiance globale dans la parole publique dont les instances de la politique de santé ont une part prépondérante. Si l’on veut revenir à une politique raisonnable additionnant une vaccination massive et un retour en force du « tester/tracer/isoler » c’est à partir d’une autre population qu’il faudra travailler, mêlant élus locaux et organisations militaires ou paramilitaires comme les marins et sapeurs pompiers en harmonie avec les industriels et leurs logisticiens.

Une administration tout entière vient de faire abondamment la preuve de son inefficacité, ce n’est pas forcément uniquement de sa faute ni celle de ses agents, mais c’est un fait. Puisque l’heure est aux dissolutions, profitons en !

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