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"Quand on habite Paris intra-muros, on peut facilement accéder à la culture, aux écoles et à des équipements sportifs."
"Quand on habite Paris intra-muros, on peut facilement accéder à la culture, aux écoles et à des équipements sportifs."
©Reuters

La banlieue c'est pas rose

Faut-il compter sur le Grand Paris pour sauver les banlieues ?

Moroses, villes mortes ou trop dangereuses : il ne fait pas bon vivre en banlieue parisienne. Modeste ou bourgeoise, elles souffrent toutes ou presque d'un déficit d'urbanité qui les rend moins attractives. Le Grand Paris les sauvera t-elles ?

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico : Il y aurait un déficit d’urbanité de la banlieue parisienne car elle serait beaucoup moins agréable à vivre que notre chère capitale. Est-ce la seule raison ?

Laurent Chalard : Ce n'est pas vraiment que c'est moins agréable mais que c'est moins animé car il n'y a pas un accès à tous les éléments que l'on retrouve dans la capitale. Quand on habite Paris intra-muros, on peut facilement accéder à la culture, aux écoles et à des équipements sportifs. En banlieue, on est tout de suite dans une la limitation de choix. Dès qu'on veut faire quelque chose d'un peu plus compliqué, on est obligé d'aller dans le centre-ville et donc dans Paris. C'est souvent ce qui est reproché à la banlieue notamment dans la bouche des jeunes actifs. Quand vous rentrez chez vous en banlieue à 19 heures, il n'y a pas grand chose à faire et du coup, vous êtes obligés de prendre les transports pour aller ailleurs (à quelques exceptions près, dans des communes types Levallois-Perret, Montreuil ou Boulogne). La plupart du temps, il y a un équimement culturel mais jamais l'ensemble des éléments qui font l'urbanité. Dans les villes de banlieues, vous allez trouver : un stade, un théâtre, peut-être un cinéma ou un centre commercial mais jamais tout en même temps. Cette absence de centralité s'explique par l'histoire de la banlieue. Par définition, elle s'est créée au délà de la ville et s'est construite de façon anarchique sans que l'on réfléchisse à l'urbanité du territoire.

Au 19ème siècle, la banlieue, c'était tout ce dont Paris ne voulait pas : industries, cimetières, usines d'incinération ou triages de chemin de fer. Ce sont des équipements qui prennent de la place, ça ne fait pas rêver, ça finit en banlieue. Du coup, le centre-ville est valorisé. C'est ce qui explique le manque d'urbanité de la banlieue. Le but désormais c'est de créer des centralités secondaires.

Les solutions proposées par le Grand Paris sont-elles à la hauteur des enjeux ?

Non pas du tout car il y a une réelle incompréhension du fonctionnement de la banlieue. Elle s'est créée comme une annexe, sans centralité et cette centralité justement ne se fabrique pas du jour au lendemain. Le projet de Christian Blanc vise à repérer des endroits qui deviendront ensuite des pôles de centralité. Sauf que pour avoir ces pôles, il faut qu'ils soient polyvalents. Il ne faut pas mettre une seule activité mais l'ensemble (sportif, culturel, emplois,...). C'est ce mélange de fonctions qui fait la ville. Or, le projet de Christian Blanc avec le "Grand Paris", c'est de créer de la centralité en périphérie mais en se basant sur des fonctions par territoire. Au final, on n'atteint pas la centralité qui enlève aux gens l'envie d'aller dans Paris.

On a tendance à penser que créer une ligne de métro allait créer de l'emploi. C'est un présupposé repris dans le projet. On pense que tout va se créer s'il y a une gare. Mais cela ne fonctionne pas comme ça. La centralité ne se décrète pas. Pour qu'elle existe, il faut plusieurs éléments et pas que des transports. Bien entendu, l'accessibilité est un point majeur mais sûrement pas suffisant pour que population et entreprises ne s'y installent. 

De quoi la banlieue a-t-elle aujourd'hui vraiment besoin ?

Je pense  qu'il faut créer des pôles de centralité polyvalents émergents et qu'on ne décrète pas. En petite couronne (92,93,94), il y a eu une politique de densification urbanistique et d'emploi. Dans les communes concernées, on sent qu'un équipement sportif ou culturel suffirait pour créer une seconde centralité au délà du pérophérique parisien, ce qui diminuerait les déplacements obligatoires. On peut imaginer que ces banlieusards n'auront plus recours à Paris pour les activités culturelles ou commerciales ou sportives puisqu'ils pourront les trouver avant. Mais ce n'est pas fait ou pas assez.

Prenons l'exemple de la ville de Massy dans le 91. Il y a une gare TGV, le RER, des grandes zones d'aménagement avec bureaux et logements. Si on y rajoute des équipements universitaires, cela devient intéressant. Au lieu de ça, on va construire au milieu des champs, sur le plateau de Saclay, d'immenses complexes universitaires, sans transports et rien autour.  Faire ces équipements à Massy, à côté des gares serait beaucoup plus pertinent. Il faut concentrer les choses pour créer de véritables pôles. Ce n'est pas fait, ça manque de logique. C'est le cas notamment de Marne-la-Vallée. Tout a été dispatché sur le territoire. Il y a un centre commercial du côté de Noisy, plus loin l'université puis ensuite un autre centre commercial, Disney et des habitations : le tout sans aucun lien véritable entre eux. Le territoire est fragmenté. Ce sont bien entendu aussi des décisions politiques. Chaque commune veut quelque chose mais à l'arrivée, il n'y a pas de centralité et cela dessert les populations. Cela dessert aussi l'urbanité qui se base sur la concentration. Et c'est elle qui est nécessaire pour redonner vie à la banlieue.

Une des rares villes à l'avoir fait, c'est Evry. La ville est plutôt moche donc ça ne fonctionne pas mais concrètement, il y a un centre commercial, une université, une cathédrale, une mosquée, une préfecture, le tout dans le même quartier. La commune en elle-même est peu engageante mais pourtant démontre d'une grand compréhension des enjeux.

Propos recueillis par Valérie Meret

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