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Euthanasie : le sondage qui montre que les attentes des Français sont moins évidentes qu’il n’y parait
©AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD

Étude

Euthanasie : le sondage qui montre que les attentes des Français sont moins évidentes qu’il n’y parait

Réalisée par l'Ifop au début du mois de mars, cette étude montre toute la modération qu'expriment les Français face au débat sur la fin de vie.

 Ifop

Ifop

L'Ifop est un institut de sondages d'opinion et d'études marketing.

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Tugdual Derville

Tugdual Derville

Tugdual Derville est l’un des porte-parole nationaux de Soulager n’est pas tuer. Il est également l'auteur de La Bataille de l’euthanasie aux éditions Salvator, en 2012. 

 

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Gautier Jardon

Gautier Jardon

Chargé d'études chez IFOP Opinion spécialisé en sondages politiques, actualité et société. 

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Méthodologie

Ce document présente les résultats d’une étude réalisée par l’Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l’enquête par sondage. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 048 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 3 au 4 mars 2021.

Les deux priorités quand on pense à sa fin de vie

Gautier Jardon : Parmi leurs deux priorités concernant leur propre fin de vie, un peu plus d’un Français sur deux (55%) cite une réponse en lien avec l’accompagnement, dont 38% le fait d’être accompagné par des proches. Ils sont également une petite moitié à mentionner comme priorité le fait de ne pas subir de douleur (48%) et ne pas faire l’objet d’un acharnement thérapeutique (46%) tandis que pouvoir obtenir l’euthanasie est cité par un quart d’entre eux (24%). L’âge semble structurer en partie la perception de la fin de vie. Moins les répondants sont âgés et plus ceux-ci sont enclins à placer l’accompagnement en général parmi leurs priorités. Concernant le fait de pouvoir obtenir l’euthanasie, cette priorité est davantage partagée par les cadres (35%) que par le reste de la population.

Question : Quand vous pensez à votre propre fin de vie, quels sont parmi les points suivants les deux qui vous semblent prioritaires ?

(*) Total supérieur à 100, les interviewés ayant pu donner deux réponses
(**) Le TOTAL Accompagnement correspond à la proportion totale des répondants ayant sélectionné au moins l’une des réponses suivantes : « Etre accompagné par ses proches », « Etre soulagé psychologiquement », « Etre aidé socialement » et « Etre soutenu spirituellement ».

Lien vers la totalité de l'enquête. 

Commentaire de Tugdual Derville, fondateur du service SOS fin de vie d'Alliance VITA et porte-parole du collectif Soulager mais pas tuer. 

Le résultat de cette enquête nous permet de confirmer un décalage que nous notons depuis longtemps : l’apparente adhésion à l’idée de l’euthanasie n’est pas corroborée par les attentes concrètes des Français quand ils pensent à leur propre fin de vie.

La plupart des soignants savent, par expérience,  que l’euthanasie est bien plus volontiers revendiquée pour autrui que demandée pour soi-même. Le service d’aide SOS fin de vie d’Alliance VITA constate qu’en situation de vulnérabilité, on craint plutôt d’être euthanasié. Nous avons d’ailleurs vu maints militants de l’euthanasie, le moment venu, s'inquièter d’être pris au mot, et demander un accompagnement en soins palliatifs, pour mourir paisiblement de leur mort naturelle.

Ce que souhaitent la majorité des personnes c’est de ne pas souffrir, d’éviter l’acharnement thérapeutique et d’être accompagnés, spécialement par leurs proches. La revendication de l’euthanasie pour soi, reste marginale chez les Français ; c’est plutôt un avis de bien-portant ; il se concrétise exceptionnellement en situation de grave maladie. Les promoteurs de l’euthanasie surfent sur la peur – compréhensible – que nous avons à la perspective de notre mort, mais aussi sur l’ignorance de ce que sont les soins palliatifs. Notre collectif Soulager mais pas tuer, parrainé par Philippe Pozzo di Borgo, a donc choisi, dans son libellé, de contrer le piège dans lequel on tend à enfermer le débat : trop de Français imaginent encore qu’il faudrait choisir entre souffrir et mourir. Or, il faut tout faire pour soulager – tant les douleurs physiques que les souffrances morales – sans pour autant lever l’interdit de tuer. Ce dernier est fondateur de la confiance entre soignants et soignés. Pour nous ce sont la lutte contre la douleur et le développement de la culture palliative qui devraient être des grandes causes nationales, en particulier pendant cette inquiétante crise sanitaire.

L’interdit (ou le tabou) du passage à l’acte a deux avantages : pour la personnes malade, il autorise toutes les plaintes, car elle sait que sa vie sera respectée ; pour ses soignants, il encourage tout ce qui favorise une fin de vie digne, en posant le cadre à l’intérieur duquel s’exercera leur compétence, leur créativité et leur solidarité.    

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