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L'Allemagne est au cœur du débat : et si c'était elle le nœud du problème européen ?
L'Allemagne est au cœur du débat : et si c'était elle le nœud du problème européen ?
©Reuters

Un pays qui fait Nein nein

Euro : l'Allemagne est-elle le problème ou la solution ?

La Cour constitutionnelle allemande a donné son feu vert, mercredi, à la ratification par Berlin du Mécanisme européen de stabilité (MES). Dans le même temps, le milliardaire américain George Soros explique que seule l'Allemagne peut sauver l'euro.

Manuel Maleki

Manuel Maleki

Manuel Maleki est Docteur en Sciences Economiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Il est spécialiste des questions de réformes. Il a travaillé à Londres dans une grande institution financière avant de rejoindre les équipes de la recherche économique du groupe ING en tant que Senior Economiste.

Il s'exprime sur Atlantico à titre personnel.

 

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A (re)lire : Humiliant pour le reste de l'Europe, stressant pour l'Allemagne : après l'électrochoc Draghi, seule Berlin peut encore sauver l'euro

Plus la crise européenne se prolonge, plus des propositions pour la résoudre fleurissent, avec de nouvelles analyses plus ou moins cohérentes. En ce moment, l’Allemagne est au cœur du débat : elle serait peut-être le nœud du problème européen. Alors peut-être faudrait-il la sortir de la zone euro ? Pour certains, la zone euro deviendrait alors Gotham City débarrassée du méchant Joker orthodoxe et l’on pourrait dès lors savourer une liberté de manœuvre, pour d’autres ce serait Gotham sans Batman, abandonnée au chaos et à la faillite.

Les problèmes de la zone euro sont protéiformes et relèvent donc de plusieurs dimensions. Pendant une grande partie de la décennie 2000, les pays ont profité de la monnaie unique qui permettait de s’endetter à pas cher. Ce nouveau paradigme a eu un impact bien plus profond que ce qui est communément admis. En effet, cette période fut marquée par la conjonction de deux éléments poussant les taux à la baisse : la réussite de la désinflation des années 80 et 90 menant l’inflation à à peu près 2% et surtout la crédibilité associée à cette politique liée à la présence de  l’Allemagne dans la zone euro. En effet, les investisseurs ont considéré des pays comme la Grèce ou le Portugal à peu près au même niveau de risque que l’Allemagne, le vecteur qui a permis cette transmission de crédibilité est la monnaie unique. En se liant les mains, tel Ulysse à son mat, les hommes politiques ont donné des gages disant qu'ils n’utiliseraient pas l’inflation comme moyen de payer leur dette et ont pu ainsi importer la crédibilité allemande. De plus, les investisseurs pensaient que la solidarité serait de mise au sein de la zone euro.

Malheureusement, au lieu de profiter de cette période de vaches grasses pour réformer sans douleur leurs structures et économiques, il semblerait que tout le monde se soit mis d’accord pour faire du béton, vendre des « batmobiles », acheter des écrans plats et contenter des électeurs… à part l’Allemagne qui, devant le chantier de la réunification, ne se trouvait pas dans la même situation que ses partenaires et qui devait à tout prix résorber des déficits tant externes qu'internes.

Enfin, à la faveur d’une crise boursière sont apparus les déséquilibres structurels et macroéconomiques des Etats, ces derniers étant accentués par les effets de la crise des marchés financiers (nécessité de soutenir l’économie et le secteur financier, etc.). Dès lors, la croyance des milieux financiers qui était de penser qu’en cas de difficultés d’un pays les autres viendraient le renflouer fut mise à rude épreuve. Et là, ils découvrirent que la Zone euro n’était pas une zone monétaire optimale classique mais une construction régie par des traités et accords assez complexes. Devant cette révélation, la panique s’installa et la question devint : est-ce que un euro grec vaut un euro allemand ? Car en tant que première puissance économique de la zone et aussi l’économie la plus performante, tout le monde s’attendait à ce qu’elle assure la pérennité de la zone euro sans sourciller.

Mais les Allemands, pour le moment, refusent de subventionner les pays en difficulté sans contrepartie, car ils estiment (à tort ou à raison) qu’ils n’ont pas à payer pour les autres. Ils ne veulent pas revivre la réunification qui, aujourd’hui encore, oblige l’ancienne Allemagne de l’Ouest à subventionner l’ex RDA. De toute façon, il est fort à parier que l'opinion publique et donc les électeurs seraient en grande majorité opposés à cette idée. Dès lors, il ne reste plus qu’une solution pour pérenniser la zone euro : que ces pays s’ajustent économiquement en regagnant de la compétitivité et donc en prenant le chemin des réformes structurelles. Ainsi, ils pourront rester dans une zone euro telle qu’elle est dessinée aujourd’hui. Le design de celle-ci était largement influencée par la vision allemande de la politique monétaire et aujourd’hui sa vision budgétaire tend à s’imposer aussi.

Dès lors, pour éviter cette austérité annoncée, on pourrait très bien imaginer faire sortir l’Allemagne pour créer une autre zone euro, avec d’autres principes de politique monétaire et budgétaire. Toutefois, en perdant sa première économie et le pays qui apporte de la crédibilité au discours européen, la zone euro faudra accepter de vivre avec des taux d’intérêts plus élevés ainsi qu’avec une plus grande méfiance des investisseurs. Car sortir l’Allemagne signifie aussi le départ de pays comme la Finlande, l’Autriche, les Pays-Bas qui ont le même type de politique économique et monétaire. De plus, cela ne résoudra fondamentalement pas les problèmes structurels? En effet, les pays restant dans ce nouvel euro seraient-ils capables de créer une zone monétaire optimale (c'est-à-dire un espace où tout le monde est sûr que la monnaie a partout la même valeur, pour faire simple, un franc en Bretagne était aussi sûr que un franc à Grenoble) ? En outre, cela nécessiterait plus d’intégration. Mais celle-ci ne peut se faire sans le soutien des peuples et des décideurs politiques, qui semblent assez peu enclin à pousser dans cette direction qui signifierait une perte de pouvoir.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue que la présence ou l’absence de l’Allemagne ne résout pas les déséquilibres existants au sein des pays. L’interventionnisme monétaire fait gagner du temps, en rendant moins douloureux les ajustements, mais ce n’est clairement pas la solution à des problèmes structurels. Ainsi, l’Allemagne présente à la fois la caractéristique d’être une partie du problème par ses exigences d’austérité déprimant les économies européennes mais aussi une partie de la solution par sa puissance économique et la crédibilité qu’elle peut apporter à tout projet politique t qui fait cruellement défaut aux autres pays.

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