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Etats-Unis : le confinement contesté
©Adam DelGiudice / AFP

Vague... de colère

Etats-Unis : le confinement contesté

Le Covid-19 frappe les Etats-Unis de façon très inégale. New York est très touché. Le reste du pays beaucoup moins. Du coup l’imposition de restrictions généralisées suscite de plus en plus d’opposition…

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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Le confinement doit-il être général ? A-t-il déjà trop duré ? Est-il vraiment utile et bénéfique? Pour qui ? … Ces questions, plutôt ignorées en France, ou personne ne remet en cause le bien-fondé de huit semaines d’inactivité quasi générale (17 mars au 11 mai), sont posées tous les jours aux Etats-Unis, par les électeurs, par les médias, par les élus locaux et même par le président Trump. 

L’idée du confinement comme réponse au coronavirus n’a jamais été totalement acceptée aux Etats-Unis. Le président Donald Trump, soucieux de son impact dévastateur sur l’économie et donc sur les conditions de vie des citoyens américains, ne l’a accepté qu’à reculons, sous la pression des scientifiques. Trump n’a jamais « imposé » le confinement. En fait, eût-il souhaité le faire il n’en aurait pas eu le pouvoir. Les Etats-Unis sont une fédération d’Etats et chaque Etat est libre d’adopter la politique de son choix. Le gouvernement fédéral peut émettre des « recommandations », mais c’est au gouverneur de chaque Etat de décider de la politique suivie. Dans ce domaine, les gouverneurs ont clairement manifesté leurs divergences sur la question.  

Quatorze Etats ont imposé des restrictions strictes, en fermant tous les commerces jugés « non essentiels », en limitant les déplacements et en ordonnant à leur population de rester chez elle. 

A l’opposé, six Etats n’ont imposé quasiment aucune restriction. Il s’agit du Dakota du Nord et du Dakota du Sud, du Nebraska, de l’Iowa, de l’Arkansas et de l’Utah. Ce sont des Etats peu urbanisés et peu peuplés du centre des Etats-Unis, et surtout très peu touchés par le coronavirus. 

Tous les autres Etats, soit trente-et-un, ont institué des restrictions diverses qui en général incluent la fermeture des écoles et des établissements publics (bibliothèques, cinémas, cafés, restaurants,) et la recommandation de « rester à l’abri» (« shelter in place »). 

Cela correspond aux recommandations du CDC,  Center for Disease Control, agence fédérale du Département de la Santé, responsable de la gestion de la crise sanitaire, qui insiste à la fois sur la « distanciation sociale » et le « rester à l’abri ». 

Toutefois les restrictions imposées par certains Etats ont provoqué la colère de nombreux Américains qui les estiment inconstitutionnelles ou bien d’un coût économique largement supérieur à leur bénéfice humain, (d’autant que celui-ci n’est mêrme pas prouvé), ou encore injustifiées. 

La fermeture des lieux de culte a été particulièrement critiquée. Le Premier Amendement de la Constitution américaine garantit la liberté de religion et interdit toute restriction  à la pratique de ce droit. Or fermer une église, sous prétexte que l’espace ne permet pas la « distanciation sociale », c’est restreindre ce droit… 

L’arrêt forcé de l’activité économique est bien évidemment ce qui mobilise le plus d’opposition dans l’opinion.  On a d’ailleurs vu dans plusieurs Etats des gens manifester sous les fenêtres de la résidence du gouverneur pour revendiquer le droit de … travailler ! Parce qu’il y va de la survie de ces personnes. Elles ont beau être en bonne santé, les retombées économiques des décisions prises par des personnalités politiques au-dessus du besoin   menacent leur capacité à subvenir à leurs propres besoins…

De nombreux petits entrepreneurs ont vu leur activité s’effondrer, ils ont licencié leur personnel mais craignent désormais de ne pas être en mesure de relancer leur activité si le « confinement » se prolonge et de devoir fermer définitivement. Ce qui provoquerait une crise économique et sociale d’une ampleur catastrophique. 

Du coup, les gouverneurs de ces Etats se sont regroupés pour procéder à une réouverture régionale de l’activité économique. C’est le cas à l’Ouest avec une coaltion d’Etats regroupant la Californie, l’Orgeon, et Washington. C’est aussi le cas dans le Midwest avec une coalition de sept Etats autour du Michigan, ainsi que dans le Sud, où six Etats, tous dirigés par des gouverneurs républicains, se sont liés pour coordonner leur redémarrage économique. Même Andrew Cuomo ; le gouverneur démocrate de New York, si durement touché par le virus, tente d’organiser une coalition des Etats du nord-est.  

Il est vrai que le virus a frappé les Etats-Unis de manière géographiquement très inégale. Certains Etats ont été beaucoup plus touchés que d’autres. A l’intérieur de ces Etats, certaines régions ont été beaucoup plus affectées que d’autres. Il est par endroit difficile de justifier un arrêt total de l’activité économique, car non seulement il n’y a pas de crise sanitaire, mais le virus n’a tout simplement aucun impact tangible. 

Au passage cette inégalité régionale dans la virulence du Covid-19 existe également en France. Mais les médias l’ont très peu soulignée. Des régions comme le Grand Est et l’Île de France ont été démesurément affectées. D’autres ont été épargnées. On dénombre plus de cinq mille décès en Île de France contre moins de deux cent-cinquante en Nouvelle Aquitaine, avec dix fois moins de cas. 

Aux Etats-Unis les disparités ont été encore plus marquées. New York et le New Jersey, deux Etats voisins ont recensé trois cent soixante-dix mille cas de coronavirus, soit plus du tiers de tous les cas recensés aux Etats-Unis. Ils totalisent aussi à eux deux la moitié de tous les décès enregistrés aux Etats-Unis, soit vingt-cinq mille (20 000 à New York et 5 000 dans le New Jersey )sur un total qui dépasse désormais les cinquante mille. Les 48 autres Etats totalisent ensemble moins de victimes New York et le New Jersey. 

En dehors de New York et du New jersey la situation sanitaire varie considérablement, même si officiellement tous les Etats ont recensé au moins un décès du au coronavirus. Tout à l’ouest la Californie, qui fut un foyer très actif au début de la pandémie, totalise quarante mille cas (soit 1 pour 1 000 habitants) et mille cinq cents décès. Le Texas, qui fait une fois et demi la taille de la France, compte trente millions d’habitants ne dénombre que vingt-deux mille malades et moins de six cents décès. L’Alabama, état du Sud, compte cinq mille cas et deux cents décès. Le Minnesota, tout au nord, trois mille cas et deux cents morts. Plus à l’ouest le Montana, très peu peuplé, ne dénombre que cinq cents malades et quinze décès. Dans l’ensemble les Etats de l’intérieur sont dix fois moins touchés que New York.

Plus marquant encore, à New York et dans le New Jersey, les cas d’infection et les décès se concentrent sur une toute petite partie du territoire, à savoir la conurbation New York- Newark, zone métropolitaine de vingt millions d’habitants avec trois aéroports internationaux. L’Etat de New York qui s’étend sur 150 000 km² jusqu’à la frontière canadienne est très peu touché dans ses parties nord et ouest notamment sa capitale Albany et ses villes frontières de Buffalo et Rochester. 

Au sein de cet Etat, certains se plaignent d’un confinement imposé da manière générale et uniforme alors qu’il aurait pu être modulé selon la gravité de la pénétration du virus.  Heather Mc Donald, chercheuse au Manhattan Institute rappelle que onze des soixante-deux comtés de l’Etat de New York, n’ont, pour l’instant, recensé aucun décès dû au coronavirus. Et que pour trente-sept de ces comtés, le taux de mortalité du virus est de 5 pour cent mille. Alors que le taux de mortalité aux Etats-Unis toutes causes confondues est de 720 pour cent mille.  Soit cent cinquante fois plus ! 

Elle souligne au passage que le taux de mortalité du virus dans les comtés les plus touchés par l’épidémie est de 120 pour cent mille, ce qui reste inférieur au taux de mortalité dû aux seules maladies cardiovasculaires aux Etats-Unis, qui est de 163 pour cent mille… 

En clair Heather Mc Donald, comme beaucoup d’autres observateurs aux Etats-Unis s’interroge sur la justification d’un arrêt total de l’activité économique pour un  mal qui tue moins que beaucoup d’autres… Sans même parler du fait qu’il est bénin pour 80% des personnes affectées. C’est exactement l’idée évoquée par le président Trump voici quelques semaines quand il mettait en garde contre « un remède qui soit pire que le mal »… 

Les Américains ont souvent le mérite de poser des questions qui dérangent. C’est encore le cas face à cette pandémie. Pourquoi fermer les restaurants, les écoles et les cinémas à Mobile ou Montgomery, dans l’Alabama, sous prétexte que New York, ville située à trois mille kilomètres de là, connaît une crise sanitaire ? En quoi la fermeture d’une église dans le sud, peut-elle sauver une vie dans un hôpital du Bronx ? 
Les Etats-Unis ne se limitent pas à la ville de New York. Même si à New York, et à l’étranger, on a tendance à l’oublier. 

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