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Alors que son rôle est largement réduit depuis l'arrivée de l'euro, la Banque de France emploie six fois plus de fonctionnaires que la Banque d'Angleterre.
Alors que son rôle est largement réduit depuis l'arrivée de l'euro, la Banque de France emploie six fois plus de fonctionnaires que la Banque d'Angleterre.
©ERIC PIERMONT / AFP

C'est celui qui dit qui est

Et si, avant de donner des conseils de gestion budgétaire à François Hollande, le gouverneur de la Banque de France commençait par les appliquer au sein de son institution ?

Dans sa lettre annuelle adressée au président de la République, le gouverneur de la Banque de France préconise des coupes budgétaires et une réduction du nombre de fonctionnaires. Des conseils qui pourraient être appliqués à la Banque de France elle-même.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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Cette note a précédemment été publiée en anglais sur Génération libre. Traduction : Thomas Sila

Dans sa lettre annuelle envoyée le 27 mai au président français, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France a formulé ses critiques à peine voilées à propos des politiques menées par le gouvernement. Il a fait remarquer à quel point la compétitivité en berne, les coûts élevés du travail, et un âge de départ à la retraite déraisonnablement bas constituaient un préjudice pour l’économie française. Il a également recommandé  de réduire le nombre de fonctionnaires, ainsi qu’une simplification de la réglementation. En clair, il fait l’apologie d’un véritable programme d’austérité agrémenté d’importantes coupes budgétaires et d’utiles réformes du côté de l’offre.

Il s’agit là sans doute d’un refrain désormais bien connu de nombreux libéraux dits "classiques" ou de simples citoyens horrifiés par le fait que la part des dépenses publiques représente 57% du PIB en 2013, soit le taux le plus élevé parmi l’ensemble des pays de l’OCDE – et qui continue d’augmenter. Fait inédit, une figure majeure de la République française a tiré la sonnette d’alarme sur le poids insoutenable que représente l’Etat dans l’économie française.

Malheureusement, le gouverneur de la Banque de France fait partie d’une longue et vieille tradition de serviteurs de l’Etat en mesure d’identifier le mal et de préconiser un remède, sans pouvoir pour autant l'appliquer au sein de sa propre maison.

Jetons un œil à la Banque de France qui a récemment publié son rapport annuel. Mis à part le fait qu’elle occupe le somptueux Hôtel de Toulouse, un bijou du XVIIème siècle, ses coûts de fonctionnement sont étonnamment élevés. Elle emploie 13 000 agents pour un coût total de près d’1,5 milliard d’euros par an (pensions incluses).Avec 6% de son personnel âgé de moins de 30 ans et 32% de plus de 55 ans, la pyramide des âges, au sein de la Banque de France, ressemble davantage à un verre à cocktails.

A l’opposé, la Banque d’Angleterre dénombre seulement 1 955 employés qui lui coûtent chaque année 155 millions de livres sterling. Vous avez bien lu : la Banque centrale française, qui n’exerce aucun contrôle sur la politique monétaire, emploie six fois plus de personnes que la Banque d’Angleterre. Que font tous ces agents français ? Probablement rédiger des rapports : celui de la Banque de France est presque deux fois plus long que celui de la Banque d’Angleterre.

Ne soyons pas trop durs avec Monsieur Noyer. Après tout, peut-être n’est-il pas aussi bien payé que son confrère britannique. Cela pourrait être le cas, mais nul ne le saura jamais. Alors que le salaire de Mervyn King figure dans le rapport annuel de la Banque d’Angleterre (307 000 livres sterling), aucune information de ce type ne peut être trouvée dans les données de la Banque de France. La seule chose qui est portée à la connaissance du contribuable, à condition qu’il soit suffisamment pointilleux pour lire l’article R142-19 du Code monétaire et financier, est que le salaire de Monsieur Noyer est équivalent à celui du vice-président du Conseil d’Etat (où sont jugés les contentieux administratifs). Bien entendu, ce salaire n’a jamais été communiqué publiquement. N’est-ce pas là la forme la plus achevée de la République byzantine ?

Mais qu’est-ce qui peut bien justifier le comportement schizophrène de Monsieur Noyer qui, d’un côté, demande courageusement des coupes budgétaires et de l’autre, demeure à la tête d’une gigantesque institution publique ?

Il se pourrait qu’il ne soit pas si mauvais que cela. L’action du pauvre gouverneur est fortement contrainte par le statut de la fonction publique, texte sacré de 1946 inspiré à l’époque par Maurice Thorez alors à la tête du Parti communiste français et protégé de Staline. Le statut insiste de façon explicite sur le fait que si le poste d’un fonctionnaire est supprimé, seul le Parlement peut prononcer effectivement le licenciement en vertu de la loi de dégagement des cadres dont il a été fait usage pour la dernière fois…en 1951. Le monde avance, sans que le fonctionnaire français y prête attention. A la Banque de France, 85% des agents bénéficient de cet extraordinaire statut. Il en résulte que, si la France n’a plus le contrôle de sa politique monétaire, les agents de la Banque de France qui en ont la charge doivent garder leur poste et sont rémunérés en fonction de leur position dans la hiérarchie et de leur ancienneté.  Ils ne peuvent pas être blâmés pour l’euro, n’est-ce pas ?

Ceci explique pourquoi  le nombre d’agents de la Banque de France est passé de 15 500 en 2002 (au moment où l’euro a remplacé le franc français) à seulement 12 500 en 2008, ayant encore augmenté depuis. Le gouverneur de la Banque de France peut seulement attendre que certains prennent leur retraite. Et certainement a-t-il aussi besoin de recruter de la jeune chair fraîche de temps à autre, afin de revigorer son institution.

Le gouverneur de la Banque de France a donc raison de demander des coupes budgétaires. Mais comme il le sait très bien au regard de sa propre expérience, celles-ci seront sérieusement mises en œuvre lorsque le statut aura été révisé ou supprimé (J’ai fait un rêve). Ce qui nécessite de se frotter aux 4 millions de fonctionnaires qui en profitent à l’heure actuelle.

Qui aura le courage de dire : "Il n’y a pas d’autre choix" ?

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