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Les hommes sont-ils à plaindre ?
Les hommes sont-ils à plaindre ?
©Reuters

Vice-versa

Et s’il existait une journée de l’homme, quels en seraient les combats ?

La journée internationale des droits des femmes est presque centenaire. Elle a pour objectif de revendiquer l'égalité et de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. Mais aujourd'hui, la place des hommes n'est plus si enviable et leur situation, elle aussi, est contrastée.

Stéphane Clerget

Stéphane Clerget

Stéphane Clerget est médecin pédopsychiatre. Il partage son activité entre les consultations et la recherche clinique. Ses champs d’étude concernent notamment l’adolescence, les troubles émotionnels et les questions d’identité. Il a mis en place à l’hôpital l’une des premières consultations d’aide à la parentalité. Il est l'auteur de Nos garçons en danger (Flammarion) et Les vampires psychiques (Fayard).

Les vampires psychiques de Stéphane Clerget

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Atlantico : Cette année encore, la journée internationale de la femme sera célébrée le 8 mars. Un évènement désormais centenaire et mondialement connu. Elle a pour but, entre autres, d’alerter l’opinion sur les injustices dont les femmes sont victimes à travers le monde. Il n’existe, cependant aucune journée équivalente pour l’autre sexe. Cela signifie-t-il que les hommes ne sont victimes d’aucune injustice ?

Stéphane Clerget : Non, bien-sûr. Je crois que la priorité a surtout été mise sur les droits de la femme et aujourd’hui cette journée garde tout son sens sur un plan international, mais il est vrai que sur un plan plus occidental, la question pourrait se poser d’une reconnaissance des discriminations, ou des stéréotypes, dont pourraient être victimes les hommes, et notamment les plus jeunes. Effectivement, cela pourrait permettre un éclairage sur ces situations qui peuvent être considérées comme discriminantes.

Dans le registre des injustices, je pense à toutes celles qui concernent la place des pères au sein des familles, et notamment auprès des très jeunes enfants. Dans la justice, cette place des pères apparaît dans le cadre des séparations et des droits de garde, des décisions de justice, et il ne s’agit pas seulement de la garde alternée qui n’est finalement proposée que très rarement, mais plus globalement d’une reconnaissance sociétale de la place du père à part égale avec celle de la mère. Il y a, bien évidemment des évolutions, par exemple en termes de congés parentaux, mais la situation en l’état reste discriminante.

On peut également citer la parité dans les professions de la petite-enfance, ou de l’enfance en général, et notamment à l’école où 90% du personnel, en maternelle et en primaire, est féminin. Il n’y a pas de quotas imposés comme c’est le cas dans les conseils d’administration ou en politique. Certains rétorquent que les hommes ne souhaitent pas faire ces métiers mais on disait la même chose, vous savez, au XIXè siècle, lorsque les femmes n’occupaient pas les métiers des hommes. On disait soit qu’elles ne voulaient pas, soit qu’elles ne sauraient pas le faire. Il y a eu tout un travail d’incitation puis des quotas. C’est pareil pour les métiers de la petite enfance ou bien les droits de garde. On dit également que les pères ne demandent pas la garde : mais bien évidemment, ils se sentiraient coupables de la demander, il faut qu’on les y incite dans l’intérêt des enfants.

Parmi les discriminations il y a également le problème des résultats scolaires. Les garçons, par rapport, aux filles sont plus majoritairement en échec scolaire dès le CP. Ils sont largement majoritaires dans les filières courtes, dans les classes d’aide, à redoubler, à sortir du système scolaire sans diplôme, ils sont moins de mentions au bac … Il y a une inégalité en termes de réussite scolaire. Or, dans la mesure où l’intelligence est égale, où peut considérer que les méthodes, l’environnement scolaire ou la pédagogie ne sont pas adaptés aux besoins spécifiques des garçons. On peut se dire que les garçons ont moins besoin de se battre pour réussir, comme on pouvait se dire auparavant que si les filles ne réussissaient pas à l’école c’est parce que leur cerveau était trop petit, ou bien qu’elle n’en avait pas besoin parce qu’elles se marieront avec un homme. Ce ne sont pas des arguments pour accepter les discriminations. L’école apparaît discriminante, le différentiel entre les résultats des garçons et les filles dans les milieux favorisés est aussi important que dans les milieux défavorisés. Or, à l’école on se préoccupe beaucoup de la fracture sociale, et beaucoup de moyens sont mis en place pour la faire disparaître, cependant on ne se s’occupe pas de celle entre les sexes. Il y a donc une discrimination qui n’est pas reconnue.

Dans les publicités, les féministes luttent contre celles qui sont sexistes. Il s’agirait de s’alarmer tout autant des publicités sexistes dont les hommes peuvent être victimes. Quand ils apparaissent totalement falots quand ils doivent s’occuper d’enfants ou quand ils apparaissent dans des caddies comme dans la pub d’adopteunmec.com. Il y avait une publicité pour le chanteur Saez qui montrait une femme dans un caddie, la RATPa censuré cette affiche. Or maintenant dans le métro, on voit partout le logo d’adopteunmec.com, et cela ne choque personne. La lutte contre l’objectivation des hommes ne doit pas être une réponse à l’objectivation des femmes, il ne faut objectiver personne.

Il y a des choses plus spécifiques qui concernent, encore, la paternité. On a des pères qui ne sont pas informés de grossesse, ne pourrait pas imaginer un droit d’être informé pour le père quand la mère a un certain nombre de certitude quant à l’origine de son enfant ? Le demande des tests ADN  devrait également être aussi facile pour l’homme que pour la femme. Il y a des choses comme ça qui pourraient être réclamées.

Ces derniers mois en France, la notion de virilité a été beaucoup discutée. D’aucun accusent cette notion d’être étouffée par la société actuelle. Est-ce, d’une certaine façon, une « valeur », ou du moins un « principe » qui pourrait aujourd’hui être défendu s’il avait, par exemple, une journée de l’homme ?

Je pense que ce qu’il faudrait défendre, dans la virilité, est le fait que ce concept ne soit pas jugé défavorablement. Il ne faut pas que ce soit un gros mot confondu avec le machisme, la grossièreté ou la transgression. Cela permettrait une redéfinition du concept qui est finalement très large, au moins autant que celui de féminité, ainsi qu’une reconnaissance des modes d’expression de cette virilité afin que ceux-ci soient tolérés, comme pour ceux de la féminité.

Il s’agit d’une lutte contre les stéréotypes, car les hommes en sont autant victimes que les femmes, mais cela est toujours abordé sous le thème de la victimisation de la femme. Jamais sous l’angle masculin. Or les petits garçons sont autant victimes des stéréotypes que les petites filles. Par exemple, dans les jouets, les filles sont d’avantage placées dans les activités créatrices ou artistiques, cela peut apparaître discriminant pour les garçons : pourquoi cela ne serait-il pas viril ? Le fait de placer les filles dans des activités domestiques ou de nursing est critiqué par les féministes parce qu’elles sont moins placées dans des activités motrices. Le fait qu’on voit moins de garçons dans les activités domestiques n’est jamais présenté sous l’angle des discriminations, comme si finalement c’était forcément dévalorisant.

Dans une société où les violences sexuelles faites aux femmes sont de plus en plus révélées et, à juste titre, sanctionnées, on peut avoir l’impression que la sexualité masculine est directement liée au machisme, au délit ou au crime. La revalorisation du désir masculin est-elle aussi un des enjeux pour lesquels on pourrait se battre ?

Il faudrait arrêter de présenter le désir masculin comme violent, violeur, transgresseur et dominant. L’anatomie est ainsi faite que ce n’est pas parce que l’homme est pourvu d’un pénis que forcément il l’utilise pour pénétrer violemment et méchamment la femme. Il faut arrêter ces représentations car on voit un certain nombre de garçons qui se voient, et se vivent d’emblée, comme potentiellement violents de part leur désir. Autrefois c’était les femmes qui étaient culpabilisées dans leur désir de femmes. Une femme qui exprimait du désir était très mal vue car elles étaient désignées comme tentatrices, perverses. C’est terminé aujourd’hui, le désir féminin apparaît moins coupable, mais l’inverse commence à se poser : tous les hommes sont désignés comme des pervers manipulateurs et leur désir est vécu de manière coupable par les adolescents. La violence entre les sexes est toujours condamné sous un angle, mais jamais dans l’autre. Dans les récréations, quand un garçon frappe une fille il est évidemment puni, quand c’est l’inverse c’est beaucoup plus toléré. On parle beaucoup de respect dans l’éducation à la sexualité qui est faite au sein des établissements, c’est très bien, mais on n’invite pas les filles au respect des garçons. On ne parle pas non plus des violences verbales et psychologiques qui peuvent être extrêmement douloureuses. On sait que les filles sont plus violentes verbalement et les garçon physiquement, il faut qu’il y ait une reconnaissance de cela et que les violences soient condamnées de façon plus globale.

Il est compliqué de voir comment le désir masculin pourrait être revalorisé. Je ne pense pas que cela passe par l’éducation à la sexualité, il s’agit plutôt d’évolutions sociétales qui s’opèrent. L’évolution du désir féminin et son caractère de plus en plus offensif, va finir, secondairement, par rendre acceptable le caractère potentiellement offensif du désir masculin.

Dans le cadre du journée internationale de l’homme, pensez-vous que l’on pourrait se battre contre la culpabilisation des hommes dans le monde occidental ?

Oui bien-sûr, cela serait un angle. L’intérêt serait que les garçons et les adolescents se sentent mieux dans leur peau qu’aujourd’hui. Je suis pédopsychiatre et j’ai l’impression que les garçons se sentent moins bien qu’avant, parce qu’ils manquent de modèle, mais également parce qu’ils se sentent coupables. Il n’y a pas de modèles masculins bienveillants et suffisamment présents, aujourd’hui les enfants, à la maison comme à l’école, sont d’avantage éduqués par des femmes.

On parle toujours des violences faites aux femmes, mais il existe des violences à l’encontre des hommes ? Quel est l’enjeu ici ?

Le tabou commence à se lever. C’est vrai que des hommes sont victimes de violences conjugales et commencent à en parler. D’ailleurs, la notion de violence sexuelle commence à être revisitée, notamment aux Etats-Unis et apparaît moins clairement moins univoque.

Sur la toile américaine sont apparus de nombreux groupes d’activistes pro-droits des hommes, qui affirment « combattre » une certaine domination féminine qui seraient entretenue par les associations féminines. Eux se désignent sous le terme de « manosphere », un phénomène très réduit mais avec une rhétorique assez belliqueuse. Qu’est-ce que cela révèle-t-il sur le rapport entre les sexes en occident ?

Cela signifie que finalement, au lieu de gagner la paix entre les sexes, et l’harmonie, on va vers toujours plus de violences, et à la fin ce sont toujours les plus violents, les plus extrémistes, ceux qui aboient le plus fort qui viennent occuper le terrain et le polluer. Il ne faut pas rétablir de frontières entre les hommes et les femmes, leurs luttes doivent se faire côte à côte et non les uns contre les autres. Les hommes et les femmes sont autant concernés par les menaces. Il faut au contraire se soutenir mutuellement et ne pas laisser la place aux misogynes ou aux misandres.

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