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Et Jean-François Copé inventa le "liberté, ordre, progrès" : mais au fait, où en sont les ténors de la droite relativement aux célèbres familles de René Rémond ?
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Dans la famille droite, je demande le fils !

Et Jean-François Copé inventa le "liberté, ordre, progrès" : mais au fait, où en sont les ténors de la droite relativement aux célèbres familles de René Rémond ?

En 1954, le politologue René Rémond publie "La Droite en France de 1815 à nos jours", qui sera ensuite re-publié sous le titre de "Les droites en France". Dans cet ouvrage il s'essaye à une classification des familles de droite, qui fait encore référence aujourd'hui... Mais qui perd son sens.

Chantal Delsol

Chantal Delsol

Chantal Delsol, née à Paris en 1947, est journaliste, philosophe,  écrivain, et historienne des idées politiques.

 

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Jean Garrigues

Jean Garrigues

Jean Garrigues est historien, spécialiste d'histoire politique.

Il est professeur d'histoire contemporaine à l' Université d'Orléans et à Sciences Po Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages comme Histoire du Parlement de 1789 à nos jours (Armand Colin, 2007), La France de la Ve République 1958-2008  (Armand Colin, 2008) et Les hommes providentiels : histoire d’une fascination française (Seuil, 2012). Son dernier livre, Le monde selon Clemenceau est paru en 2014 aux éditions Tallandier. 

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Atlantico : Dans son dernier numéro, daté de la semaine du 11 Janvier 2016, Valeurs Actuelles consacre sa une au retour de Jean-François Copé. L'article revient sur les principes développés par René Rémond et la possibilité d'une ouverture à droite pour Jean-François Copé. Dans quelle mesure est-ce que l'on peut encore relier l'élu de Seine-et-Marne aux grandes traditions de la droite ?

Jean Garrigues : Cela me paraît être un raccourci assez rapide. Je n'ai pas l'impression que Jean-François Copé, de part sa trajectoire, les ambiguïtés de ses évolutions au sein de la droite, se rattache de façon très claire à une des familles politique ou l'un des courants définis par René Rémond. En réalité, la classification de René Rémond porte sur des sensibilités. Pas des organisations. Il est facile de constater, aujourd'hui, qu'elle s'est assez brouillée depuis les années 1980. Lorsque le le parti, qui se présentait comme le dépositaire de la droite gaulliste – de tradition bonapartiste, donc – s'est converti de manière très ostensible au libéralisme. Cette conception très libérale de l'économie de marché contrastait avec la vision dirigiste du Général de Gaulle. Depuis cette conversion, depuis que la famille gaulliste a évolué dans ce sens, les cartes ont été redistribuées : le parti gaulliste n'était plus l'héritier de la tradition gaulliste, ni de la tradition bonapartiste.  C'est de là que vient la dissidence d'un certain nombre de chefs gaullistes, comme Charles Pasqua, depuis cette époque. Plus récemment, il est possible de penser à Nicolas Dupont-Aignan.

Au vu et au su de ces ambiguïtés, Jean-François Copé est assez révélateur d'une génération de droite qui évolue après le chiraquisme et s'est affranchie de ces classifications. Un homme comme Jean-François Copé peut aussi bien prôner une sorte de néo-libéralisme très poussé ; privilégier l'assouplissement des charges sur les entreprises, la flexibilité, la refonte des contraintes pesant sur le travail... et prôner en même temps la conception d'un Etat régalien, plus proche de la tradition bonapartiste. Les choses demeurent très complexes, cependant, puisque la tradition orléaniste correspondait également à un mélange de liberté économique absolue et de restriction des libertés, de la création d'un Etat gendarme, que l'on peut voir comme un Etat fort. Pour cette génération, venue après les années 80, la classification traditionnelle a disparue. Cela s'est concrétisé par la formation de l'UMP en 2002, mélange de toutes ces traditions politiques. Pour ces hommes-là, de droite, qui se revendiquent de la tradition gaulliste comme Jean-François Copé, appartiennent néanmoins à une vision beaucoup plus libérale économiquement et autrement moins souverainiste, notamment sur les questions relatives à la construction européenne. En un sens, on pourrait parler d'une dégénérescence, d'un détournement de la tradition gaulliste. Et-ce, y compris dans les relations étrangères : au fond, nos figures politiques de droites s'ancrent plus dans une tradition libérale orléaniste que dans une tradition gaulliste.

Parallèlement, au vu et au su des déclarations de Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Alain Juppé, peut-on les rattacher à l'une des trois grandes familles définies par René Rémond ? Au fond, n'assiste-t-on pas à une certaine forme de victoire d'un libéralisme similaire à celui des traditions orléanistes ?

Jean Garrigues : François Fillon, quand il déclare que la politique de Nicolas Sarkozy n'était pas assez radicale et quand il fait état des différentes mesures qu'il envisage pour redresser le pays, illustre parfaitement ce que je viens d'évoquer. Le début de la carrière de François Fillon l'apparente à une filiation très clairement gaulliste, de par sa proximité avec Philippe Séguin. Une filiation dirigiste, sociale, protectrice, qu'il a incarné pendant plusieurs années. Manifestement, son expérience de chef du gouvernement l'a fait évolué vers la ligne la plus libérale (ou qui, du moins, formule son libéralisme de la manière la plus décomplexée), face aux autres grands candidats potentiels à la primaire. Il s'approche le plus de cette clarification libérale et, se faisant, s'éloigne de la tradition gaullienne. C'est, somme toute, le plus orléaniste de tous avec le paradoxe de ses origines politiques. Celui-ci s'explique par le brouillage des cartes dont nous avons parlé précédemment. Cela a, bien entendu, surpris de nombreux observateurs politiques.

Jean-François Copé, comme nous l'avons déjà dit, appartient très clairement à un courant de la droite qui s'inscrit dans la contestation du modèle protectionniste – au sens social du terme –, de la dynamique de l'Etat providence mise en place après la Seconde Guerre Mondiale. Celle-ci est remise en cause depuis les années 1980. Jean-François Copé se situe de toute évidence dans cette mouvance libérale, que représentait Nicolas Sarkozy jusqu'à son élection en 2007. Confronté aux différentes contraintes de la gouvernance, il n'a pas suivi cette dynamique jusqu'au bout. La question test, c'est celle des 35h. Les 35h, c'est une mesure symbolique qui incarne la continuité de l'Etat providence. Cette tradition a, il est vrai, été portée par la gauche, mais également par le Général de Gaulle. Au lendemain de la guerre, les grandes-lois sont au moins accompagnées par le Général. On a donc assisté à une rupture idéologique au sein de la droite gaulliste. Nicolas Sarkozy représentait, notamment parce qu'il était proche d'Edouard Balladur, la mouvance libérale. Une fois au pouvoir, il n'a plus remis en cause les 35h, a négocié une sorte de paix sociale avec les syndicats, est revenu sur le bouclier fiscal... Il n'est pas allé jusqu'au bout de la logique orléaniste.

Savoir dans quelle grande famille de droite il est possible de classer Nicolas Sarkozy est assez compliqué, notamment en raison de tout les mélanges et de l'affranchissement des classifications de René Rémond. Jusqu'en 2007, il incarne le courant de rénovation néo-libérale de la famille gaulliste, tout en s'inscrivant dans une référence permanente au Général de Gaulle (pèlerinages à Colombey, etc.). En outre, il est s'inscrit dans l'incarnation de l'action et des principes de volontés en politique — des principes fondamentalement gaulliens. Cela vaut également pour un principe d'autorité, qui s'apparente au courant gaulliste. Cela étant, la caractéristique de Nicolas Sarkozy, c'est qu'il assouplit et s'écarte de son néo-libéralisme à partir de 2007. Se faisant il laisse un espace qu'occupe François Fillon et, qui auparavant n'était occupé que par des mouvements minoritaires comme celui d'Alain Madelin. Nicolas Sarkozy a infléchi son discours vers des thématiques qu'il l'apparente à un autre courant de droite que René Rémond a identifié et intégré soit aux légitimistes soit aux bonapartistes mais qui est, pour beaucoup d'historiens, un quatrième courant : celui de la droite nationaliste. Ce qui identifie aujourd'hui le discours sarkozyste, ce qui a fait sa campagne de 2012, c'est cette évolution vers les positions d'un quatrième courant, apparu à la fin du XIXè siècle. Il se focalise sur les aspects nationaux, identitaires, sécuritaires. On retrouve, par ailleurs, cette appropriation chez Jean-François Copé, notamment au travers de l'anecdote du pain au chocolat. C'est un point de repère pour plusieurs générations de droite. C'est ce qu'on appelle tantôt une droite décomplexée, tantôt une droite forte, bien que cela soit un raccourci très simplificateur. Dans la mesure où il y a plusieurs droites, des points de repères pour ces différentes familles de droite, il est difficile de dire que l’inflexion vers des thèmes nationalistes traduit une absence de complexe. Est-on plus représentatif de l'histoire de la droite quand on s'aventure sur les thématiques de la droite nationaliste que lorsque qu'on s'aventure sur les thématiques de la droite orléaniste ? Il est possible d'emprunter plusieurs chemins à droite, sans renoncer à cette identification à la droite. 

Enfin, Alain Juppé représente le plus le mélange que nous évoquions, le brouillage des cartes de la classification. La seule exception correspond à cette ligne jaune qu'il se refuse à franchir : l'inflexion vers les thématiques de la droite nationalistes. C'est là une vraie césure vis-à-vis de Jean-François Copé ou de Nicolas Sarkozy. Elle est d'ailleurs moins nette chez François Fillon dont l'ouverture vers l'extrême droite étonnait encore récemment. Alain Juppé se présente comme l'héritier d'une tradition du gaullisme sociale, jadis incarné par François Fillon. C'est une tradition qui s'inscrit dans une économie libérale, de marché, à laquelle il n'est pas hostile mais qu'il veut réguler. Il est à mi-chemin entre l'orléanisme et la sociale-démocratie. En fonction des contraintes, des contextes (de crise ou non), cela dit, on constate qu'il infléchit son discours vers l'orléanisme. C'était déjà quelque chose dont on le taxait en 1995. En parallèle, quand on s’intéresse à ce qu'il exprime sur la gouvernance, et sur Macron (un ministre n'est pas supposé contester son gouvernement ou son Président) on constate très clairement ce mélange d'autoritarisme gaullien, l'inflexion vers le libéralisme tout en cherchant à garder le cap du gaullisme social. Son discours est très synthétique des traditions de droite. 

Chantal Delsol : Les trois droites de René Rémond correspondaient à une époque dont on peut dire qu’elle est passée. On s’est plu à voir chez de Gaulle un bonapartiste et chez Giscard un orléaniste. On peut toujours caser chacun dans un modèle en forçant le trait, mais en définitive on s’éloigne tant du modèle que la signification se perd. On pourrait bien par exemple voir en Sarkosy un bonapartiste, mais enfin il faut pour cela un minimum de charisme, sinon le type ne vaut pas. La droite légitimiste a entièrement disparu, ce qui est assez compréhensible. Enfin il faudra tout revoir, à quoi s’emploieront sans doute nos politologues, car il ne s’agit pas là de types éternels, gravés dans le marbre : ils s’entendent par rapport à la révolution française. Le moment présent répond à d’autres exigences. La droite française est aujourd’hui structurée autrement :

-Une constante : il n’y a pas de droite économiquement libérale en France. Tous les partis de l’extrême-gauche à l’extrême-droite en passant par toutes les nuances de l’arc-en-ciel, sont partisans d’un interventionisme étatique important, d’une éducation nationale et de la collation nationale des grades, d’une santé tenue par l’Etat etc. En France, même les anarques sont jacobins.

-Autre constante : la chute du mur de Berlin et la désaffection du socialisme ont privé les Français de gauche de leur idéal, et du coup ils se sont reportés du socialisme au républicanisme. Mais comme il arrive souvent, en changeant de contenu ils ont conservé la forme de la pensée : le républicanisme est devenu une idéologie, une pensée imposée et sacralisée. Comme la gauche, la droite toute entière est républicaine, ainsi d’ailleurs que l’extrême droite.

-Comment donc différencier la droite de la gauche ? La droite refuse l’idéologie cosmopolite et multiculturelle, qui nous voit citoyens du monde, sans feu ni lieu et sans appartenance – une sorte de pensée de l’indifférenciation. La droite parle des identités et des enracinements, et c’est ici qu’elle se distingue. Nous sommes là dans une distinction fondamentale entre droite et gauche, au-delà des clivages historiques qui étaient premiers à l’époque de René Rémond.

-Une nouveauté : l’apparition dans toute l’Europe de la technocratie, qui est une anti-politique se donnant pour une politique. On ne gouverne plus, on administre. Cela s’appelle la gouvernance, et s’inscrit forcément dans un consensus, puisqu’en administration on peut faire des erreurs mais on ne peut pas débattre. Pourtant, en raison de la domination puissante de l’idéologie cosmopolite et multiculturelle en Europe, les gouvernants technocratiques sont toujours, consciemment ou non, de ce côté, c’est à dire qu’ils croient faire de la science objective et en réalité défendent l’idéologie dominante de l’indifférenciation.

-Les hommes politiques de droite que vous citez sont donc censés, en tant que tels, défendre l’identité et l’enracinement. A l’exception de Jupé qui est un technocrate caractéristique, et par conséquent, n’ayant aucune idée personnelle sinon celles de l’administration, se contentera de dire ce que l’on trouve dans le journal Le Monde. Sarkosy avait défendu énergiquement, en paroles, des idées de cette droite de l’enracinement, mais on s’est vite aperçu que c’était un calcul électoral. Je doute que la voix de Fillon puisse porter au-delà du tumulte, et quand à Copé je n’entends de sa part que de l’eau tiède, c’est à dire les paroles convenues que chacun doit prononcer pour être un bon républicain.

-Bref je ne vois pas que l’on puisse aujourd’hui classer nos politiques de droite en des catégories si hautes, si pénétrées de la pensée historique et même éternelle. Ils ne sont que des gens affolés par l’éventualité d’un échec, prenant des décisions au jour le jour, que dis-je, heure par heure, pour répondre à des événements qui les débordent, et poursuivant une finalité unique : ne pas être taxé d’extrême-droite.

-Je dirais, pour résumer, que nos politiques n’ont pas assez d’idées ni de convictions pour prétendre appartenir encore à des catégories politiques.

Christophe de Voogd : L’insistance sur l’économie, marqueur de l’orléanisme, pourrait aller dans ce sens, d’autant que peu ou prou, l’on retrouve les mêmes propositions dans ce domaine de Juppé à Copé. Mais j’ai quelques doutes sur votre assimilation orléaniste/ libéralisme : la tradition orléaniste française ménage un  fort degré d’étatisme et s’accompagne aussi d’un fort conservatisme social, où l’individu est « effacé » comme l’a bien montré Lucien Jaume. C’est cela justement la monarchie de juillet, notamment à travers Guizot figure d’ordre s’il en est, comme le sera son grand adversaire Thiers au début de la III république. L’orléanisme, c’est une sorte de « complexe étatico-industriel » que l’on retrouve encore par exemple dans le pompidolisme. En ce sens, le libéralisme poussé des propositions de la droite en économie (mais il faut attendre encore les propositions de Juppé, Sarkozy, et Le Maire) est nouveau. En témoigne la conversion d’un Fillon, naguère très étatiste. L’une des caractéristiques justement de la droite française est qu’elle n’est pas historiquement libérale. 

La devise Jean-François Copé figure également sur la couverture : "Liberté, ordre, progrès".  Que peut-on dire du choix des mots, concrètement ? A quelles références de la droite fait-il écho ?

Jean Garrigues : Je ne vois pas de référence très claire à une seule tradition de la droite. La notion de liberté est évidemment très ambiguë et peut-être identifiée à l'histoire de la gauche. Elle prend, à droite, la résonance du libéralisme économique. Concrètement, cela appelle à une remise en question néo-libérale des fondamentaux de l'Etat providence, à une mise en avant de l'entreprise et de l'économie de marché. Positionner la liberté en premier lieu, venant d'un homme identifié à droite, peut marquer une allégeance à la tradition orléaniste. L'ordre social est un des fondamentaux de l'histoire de toutes les droites. C'est typiquement quelque chose qui s'inscrit dans la synthèse des traditions de droite. Enfin, le progrès peut se rattacher à la tradition gaulliste : c'est un mot qui revient de façon systématique sous la présidence du Général de Gaulle, sous celle de Georges Pompidou. En 1965 se créé l'UJP, l'Union des Jeunes pour le Progrès, une des familles du parti gaulliste, le fer de lance social du gaullisme. Ce triptyque de Jean-François Copé s'inscrit donc dans une conception très synthétique. Néanmoins, il le fait sans marquer un courant particulier, sans se rattacher à une histoire séculaire des droites. Ces thématiques ne l'identifient pas de façon très claire : on pourrait les retrouver dans les discours de tous. Ils ne marquent pas de différence particulière. Si, par exemple, il avait choisi le mot « nation », cela aurait dit quelque chose. S'il avait, à l'inverse, choisi « social », il y aurait également eu un marqueur. Mais juste ainsi, l'originalité manque.

La classification de René Rémond fait-elle toujours autant sens aujourd'hui ? Quelles sont les évolutions politiques qui pourraient remettre en cause son travail et comment le font-elles ?

Christophe de Voogd : La classification de Rémond, aussi utile soit-elle, est en effet un peu dépassée par la quasi disparition de la droite légitimiste, même si l’on en retrouve quelques reliquats, catholiques et moraux, chez une Marion Maréchal Le Pen. En revanche deux droites qu’il n’avait pas mises en avant existent  bel et bien : « la droite révolutionnaire » chère à l’historien israélien Sternhell : d’où une vive polémique avec Rémond d’ailleurs. Cette droite est populiste et populaire, hypernationaliste, autoritaire et sociale apparue avec Barrès et Maurras, et dont beaucoup de traits sont encore présents dans le FN. En ce sens la défense des « petits » et des « acquis sociaux » par le FN façon marine Le Pen la rapproche encore de ce modèle, tout comme sa base militante. Par ailleurs, apparaît pour la première fois, à part des exceptions comme Mandel ou Raynaud, une droite vraiment libérale sur le plan économique. Mais elle reste encore très marquée par un conservatisme moral, aux antipodes des « liberals » américains, souvent lié à un engagement catholique. En fait, ce qui caractérise toujours la droite c’est la valeur centrale de l’ordre, alors que le libéralisme a pour principe premier la liberté, et ce dans tous les domaines. C’est bien pourquoi, contrairement à ce qu’on lit partout en France, le libéralisme n’est pas philosophiquement à droite ; il l’est historiquement quand la gauche se est prise comme aujourd’hui de tentations liberticides : en économie c’est sa tradition, mais aussi sur le plan sociétal avec la loi sur le renseignement ou les mesures d’exception devenue « normales ».

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