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La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, après le Conseil des ministres à l'Elysée, en novembre 2020.
La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, après le Conseil des ministres à l'Elysée, en novembre 2020.
©Ludovic MARIN / AFP

Idéologue, sectaire… ou les deux ?

Éolien : les « petits » arrangements de Barbara Pompili avec la réalité 

En campagne pour la poursuite des installations d’éoliennes, la ministre de la transition écologique préfère ignorer la réalité de la très faible efficacité énergétique des éoliennes comme la réticence des Français concernés pour mieux noyer ses opposants sous l’accusation infamante d’extrême-droite.

Jean-Paul Oury

Docteur en histoire des sciences et technologies, Jean-Paul Oury est consultant et éditeur en chef du site Europeanscientist. com. Il est auteur de La querelle des OGM (PUF, 2006), Manifester des Alter-Libéraux (Michalon, 2007), OGM Moi non plus, (Business Editions, 2009) et Greta a tué Einstein: La science sacrifiée sur l’autel de l'écologisme (VA Editions, 2020).

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Charles Thimon

Charles Thimon

Charles Thimon est réalisateur. Il a réalisé en 2021 le documentaire "Eoliennes : du rêve aux réalités". Charles Thimon est également président de l’association Documentaire et Vérité. 

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Atlantico : Barbara Pompili a écrit sur Twitter que « l’immense majorité des Français soutient l’éolien ». La réalité n'est-elle pas plus contrastée ?

Jean-Paul Oury : Il me semble que c’est une affirmation gratuite. Si elle a sans doute été vraie il y a quelques années, je n’ai pas l’impression que ce soit toujours le cas. Personnellement mes observations me feraient croire l’inverse. Au fur et à mesure que les Français sont confrontés à la réalité des éoliennes, ils s’opposent au développement de cette solution. J’en veux pour preuve les sujets que l’on trouve sur Youtube, par exemple, qui est un excellent indicateur de la réputation d’une stratégie. Sur 10 premières vidéos qui sortent à la requête « éolienne », je trouve trois vidéos pédagogiques, et 7 vidéos critiques, dont certaines sont des brulots anti-éoliens, tels que l’émission Envoyé spécial, ou un court exposé à l’Assemblée Nationale de Jean-Marc Jancovici qui détruit la technologie. Quand j’ai écrit mon ouvrage Greta a tué Einstein, je me suis aperçu qu’il y avait une prédominance de contenus critiques à l’égard de l’éolien et il m’a fallu chercher profond pour retrouver d’anciennes vidéos de propagandes faites par des ONG environnementalistes. Cela m’a surpris et même dérangé par rapport à l’a priori que j’avais : je voulais démontrer dans mon ouvrage que toutes les technologies de la transition énergétiques jouissent d’un aura positif dans l’opinion. Si c’est le cas du bio qui gagne des parts de marché chez les consommateur et jouit d’un sauve-conduit dans l’opinion qui ne se préoccupe pas encore du fait que les produits bio peuvent être nocifs, pour l’éolien les récriminations pleuvent de toutes part et on a vraiment l’impression que l’opinion se révolte. On voit proliférer les associations anti-éoliennes au quatre coins de la France, un peu comme ce fut le cas dans les années 2000 avec les antennes relais, et je ne parle pas des ouvrages qui dénoncent l’escroquerie qui sont désormais pléthore : Eolien un vent de Folie, mensonge et arnaque de Bernard Durand, Eoliennes : la face noire de la transition écologique de Fabien Bouglé, Alerte la peste éolienne de Patrice Cahart, Eoliennes : chronique d’un naufrage annoncé de Pierre Dumont et Denis de Kergolay, le scandale éolien de Antoine Waechter, Eolienne une catastrophe silencieuse de Jean-Louis Butré … et on peut aussi ajouter les chapitres destructeurs que lui consacrent d’autres ouvrages plus généralistes tels que Les écolos nous mentent, ou encore mon ouvrage cité plus haut, dans lequel j’ai écrit un chapitre « Eoliennes : l’hélice qui cache la centrale à charbon ». J’imagine que tous ces contenus ont un public et si les Français soutenaient en majorité l’éolien et bien ce dernier n’aurait pas la réputation qu’il a. 

Charles Thimon, que nous apprend le sondage Ifop que vous avez commandé à ce propos ?

Charles Thimon : Certes les Français sont aux 3/4 favorables aux éoliennes, mais ne connaissant pas leur efficacité énergétique, la distance des habitations auprès desquelles elles sont installées, combien elles produisent, durent, coûtent et mesurent…il parait dès lors naturel de s’interroger: quelle légitimité est-il permis d’accorder à une opinion basée non pas sur des faits mais un ressenti ? Le sondage que nous avons commandé confirme par les chiffres une intuition que tous les opposants aux éoliennes ont du un jour ressentir : les éoliennes, moins on en sait plus on les aime ! À l'aide d'un questionnaire, nous avons a ainsi pu mesurer que les Français favorables aux éoliennes étaient aussi de très loin les plus mal informés des réalités de cette énergie.

En réalité, 55% des Français ne souhaitent pas avoir d’éoliennes à côté de chez eux. Très majoritairement urbanisés, les Français sont encore très peu nombreux à être confrontés à l'installation d'un parc éolien. Étant donné que la loi a prévu de doubler le parc existant,  les oppositions ne risquent de se tarir, d'autant que les citoyens commencent à s'informer...

La ministre a également assimilé les opposants à l'éolien à l'extrême-droite. Peut-on réduire ce sujet à une opinion politique ?

Jean-Paul Oury : Il me semble que madame Pompili s’est inspirée d’Anne Hidalgo qui a récemment déclaré que les critiques du mouvement #SaccageParis qui se révolte contre la saleté, la mauvaise gestion, l’impossibilité de circuler et les chantiers sans fin et les rats qui prolifèrent dans la capitale étaient le fait de l’extrême droite. Les politiques qui ont recours à ce genre de propos sont généralement à court d’arguments. C’est dommage d’en arriver là, car la politique scientifique concerne plus que jamais tous les citoyens quel que soit leur bord politique. 

Ce qui est certain comme je le démontre, c’est que ceux qui ont voulu promouvoir l’éolien l’ont fait en raison de considérations idéologiques : ils agissent au nom de l’écologisme, à ne pas confondre avec l’écologie scientifique. En effet, quand on regarde les messages des ONG qui font la promotion de l’éolien, on se retrouve dans un discours publicitaire univoque qui fait fi de toutes les externalités négatives. Par exemple une petite vidéo de Greenpeace Belgique débute avec un panorama de centrale atomique ensoleillée. Puis tout d’un coup éclate une averse, et une sirène se déclenche, des fumées noires sortent des cheminées, leurs murs craquellent puis s’effondrent donnant une image apocalyptique. Un rideau noir tombe. On entend alors des voix et le rideau s’ouvre sur un nouveau décor dans lequel se trouvent des gens qui tirent sur des cordes pour dresser des éoliennes. On entend en fond sonore des oiseaux chanter. Le slogan final n’y va pas par quatre chemins : « Plutôt avec la lumière allumée ? Optez pour une énergie propre et durable ! » C’est assez sarcastique de mettre des chants d’oiseau quand on sait que les éoliennes sont à l’origine de véritables hécatombes chez les oiseaux, fait qui est désormais dénoncé par la ligue protectrice des oiseaux. Ensuite un esprit rationnel et scientifique s’interrogera sur cette vindicte que les protagonistes de l’éolien ont lancé contre le nucléaire : en effet, le premier étant une énergie intermittente, a besoin pour fonctionner de s’appuyer sur un réseau d’énergies dites pilotables (centrales à charbon, à gaz) ce qui en toute objectivité fait qu’on rejette beaucoup plus de CO2 dans l’atmosphère qu’avec de l’énergie nucléaire. Tous les experts énergéticiens, de Samuel Furfari à Michael Schalenberger en passant par Jean-Marc Jancovici et une quantité d’autres dénoncent cette supercherie en citant comme exemple le cas de l’Allemagne. Ces critiques ne sont pas d’extrême droite. Par contre il est évident que l’écologisme est une idéologie qui veut s’imposer dans le paysage politique de manière unilatérale et en refusant tout dialogue ou argumentation scientifique. C’est très dangereux, car quand l’idéologie commande la science on arrive toujours à des catastrophes. Ici il faut bien avoir conscience que l’on risque des black-out.

Charles Thimon : Plutôt que de reconnaître les insuffisances énergétiques, les surcoûts financiers et les dégâts écologiques de cette énergie supposément propre et compétitive, la ministre use de l’invective pour évacuer toute discussion de fond. Après avoir courageusement taxé les opposants de châtelains, et de climatos-sceptiques, elle les rhabille en fascistes. Seulement la stratégie s'est un peu éventée, et en l’occurrence elle s'avère d'autant plus douteuse que l'on sait que 44% des électeurs d’Europe-Écologie Les Verts ne souhaitent pas voir d’éoliennes à coté de chez eux…!

Quel est l'état des connaissances des Français sur l'éolien ? Quelles sont les faces cachées de cette énergie qu'ils ignorent ?

Charles Thimon : Symboliquement les éoliennes sont présentes partout, tant et si bien que leur image a fini à se confondre avec celle de l’écologie et de la modernité. Bénéficiant d’un incroyable réseau de fabrique du consentement, on s’étonnerait presque que les bonnes opinions en sa faveur ne soient pas plus importantes encore... En réalité cette industrie prospère sur notre déficit d’informations.

Les Français ignorent majoritairement qu’on ne réutilise pas le socle d’une éolienne en fin de vie, qu’il s’agit de l’énergie consommant le plus de Terres rares, ou que les entreprises françaises ont fabriquées moins d’1% des éoliennes installées sur le territoire… Une marqueur important concerne la question du nucléaire: les Français sont près de 70% à croire que le nucléaire contribue à l'émission de gaz à effet de serre, alors que cette énergie possède en réalité une meilleure emprunte carbone sur l’ensemble de son cycle de vie que les éoliennes. L’ADEME et le GIEC en conviennent, mais de cela, on ne parle absolument jamais. L’évangile se moque bien des faits; le symbole et l'illusion priment. L'essentiel est d'être dans le vent...

Pour combler cette méconnaissance, nous avons entrepris d'informer le grand public en réalisant un documentaire en accès libre à partir du 1er juin dans lequel nous interviewons quelques uns des plus grands experts du monde énergétique. Sans craindre de repousser cette mauvaise habitude que nous avons prise de nous soumettre aux raccourcis ambiants, nous donnerons aux spectateurs les moyens d'enfin séparer la science de l'idéologie.

Charles Thimon a réalisé le documentaire "Éoliennes : du rêve aux réalités", qui sera disponible gratuitement sur Internet dès le 1er juin prochain. 

A l'occasion de la sortie du film "Éoliennes : du rêve aux réalités", vous pouvez testez vos connaissances sur l'énergie éolienne : cliquez ICI

Jean-Paul Oury a publié "Greta a tué Einstein: La science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme" chez VA Editions. 

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