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Le président français Emmanuel Macron vote depuis la ville du Touquet, pour le second tour des élections régionales, le 27 juin 2021.
Le président français Emmanuel Macron vote depuis la ville du Touquet, pour le second tour des élections régionales, le 27 juin 2021.
©LUDOVIC MARIN / PISCINE / AFP

Choix stratégiques

Emmanuel Macron pourra-t-il vraiment tenir sans rien changer ?

Emmanuel Macron va essayer de surmonter la contre-performance de ses troupes lors des élections régionales. Le chef de l'Etat souhaite rapidement faire oublier ce nouveau revers électoral. Discret pendant l’entre-deux tours, le président de la République va retourner sur le terrain avec une visite à Douai sur le site de la future usine Renault de batteries électriques. Il recevra également 150 chefs d'entreprise à Versailles pour le sommet Choose France. Emmanuel Macron va-t-il devoir se réinventer pour 2022 ?

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Crise démocratique, non- vote de défiance. Depuis une semaine les Diaffoirus de la science électorale tentent d’expliquer le refus,- assumé, de deux tiers des Français de se rendre aux urnes, et le surprenant résultat des élections régionales et départementales qui en résulte.  Comment remédier à cette étrange grève de l’isoloir ? Comment remobiliser les Français, autrefois champions de la participation électorale ? Les théories du «  Nouveau Monde » qui ont fait florès au moment de l’élection présidentielle sont définitivement balayées.  Aujourd’hui les Républicains et le Parti Socialiste, incarnations du « vieux monde » que l’on disait moribonds ou en tous cas affaiblis, retrouvent des couleurs presque malgré eux, et se remettent à espérer pour la présidentielle.

A première vue, ce curieux scrutin a des allures de refus de la reproduction du duel annoncé Macron-Le Pen à la présidentielle de 2022. Pour le Rassemblement National, cela se traduit par l’incapacité du parti de Marine Le Pen de conquérir une région à portée de scrutin, et par la baisse générale de ses résultats ailleurs. Le plafond de verre qui empêche le Rassemblement National d’accéder aux responsabilités est toujours là, et se concrétise toujours par un Front Républicain qui fait barrage au candidat RN. Dans les prochains temps, le Parti n’est pas à l’abri de secousses internes…

Pour Emmanuel Macron le résultat est encore plus rude… Lorsque, l’hiver dernier, la décision a été prise de présenter des listes autonomes, les sondages accordaient entre 15 et 20% aux tenants de la majorité présidentielle… Les stratèges du parti présidentiel  voyaient LREM en faiseurs de rois dans les régions où le Parti Socialiste et les Républicains aux commandes apparaissaient affaiblis et incapables de conserver leurs fiefs sans négocier avec eux. Or les listes estampillées LREM-Modem n’ont été capables de s’imposer dans aucune des grandes régions et ont partout fini en dernière position. Dans les Hauts-de-France, la liste de la majorité présidentielle, même avec cinq ministres à bord, n’a pas été en mesure d’atteindre 10% des voix pour se maintenir au second tour. L’humiliation suprême pour le parti aux commandes.

LREM paye l’absence de travail d’implantation locale, et entraine le MoDem dans son échec. Tendu vers 2022, Emmanuel Macron veut, dit-on, vite passer à autre chose. Mais dimanche soir, sur LCI, son allié historique François Bayrou  a lancé : « on ne peut pas passer au-dessus de cette élection et faire comme si de rien n’était, on ne s’en tirera pas ». Une déclaration qui sonne comme un discret avertissement à celui qu’il a aidé à se faire élire en 2017. Elle a été appuyée par une déclaration des députés de son parti, qui  « renouvellent leur appel à mettre en place au plus vite un plan de relance de la démocratie. Jamais les citoyens n’ont eu autant envie de s’engager et pourtant, ils sont de moins en moins nombreux à se mobiliser pour voter. Nous appelons l’ensemble de la majorité à tout entreprendre pour lutter contre l’abstention avec la même énergie qui a permis d’écarter le Rassemblement National ».

Que peut faire, que doit faire Emmanuel Macron face à ce résultat qui n’a pas d’impact direct sur l’exécutif, mais qui a rebattu les cartes pour la suite, c’est-à-dire la présidentielle de l’année prochaine ? Pour être réélu en 2022, Emmanuel Macron doit réagir, se réinventer. Il a déjà montré qu’il en a la capacité, notamment après la crise des Gilets jaunes. Saura-t-il trouver le ressort pour éviter un phénomène de dégagisme au printemps prochain ? Il ne pourra en tous cas pas se contenter de remanier la « boîte à outils » électorale (proportionnelle, vote électronique, ou vote par correspondance) pour inciter les Français à retourner dans les bureaux de vote. Ira-t-il jusqu’à tenter de renverser la table pour apparaître comme le président courageux qui ne redoute pas l’obstacle ? Depuis quelque temps la réforme des retraites refait surface. Emmanuel Macron a renoncé à celle qui a poussé les Français dans la rue fin 2019 et qui a été suspendue à cause de la pandémie en 2020. Elle est pourtant inéluctable, comme l’est sans doute un plan pour aider les jeunes à entrer dans la vie active… Ce scrutin dit «  local »  a complètement réouvert le jeu pour 2022 et bien malin qui pourrait prédire à ce moment précis qui en récoltera les fruits. Xavier Bertrand qui tente de mettre en route un rouleau compresseur que rien n’arrêterait ? Une alliance des partis de gauche ? Une droite «  musclée », ou un Emmanuel Macron  renouvelé ?

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