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Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont multiplié les déplacements, les meetings, les interviews et les conférences de presse lors de la campagne du second tour de l'élection présidentielle.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont multiplié les déplacements, les meetings, les interviews et les conférences de presse lors de la campagne du second tour de l'élection présidentielle.
©Eric Feferberg, Joël SAGET / AFP

Bataille de l'entre-deux-tours

Macron / Le Pen : le match des campagnes

Depuis le lundi 11 avril, la campagne bat son plein pour le second tour. Alors qu’Emmanuel Macron multiplie les déplacements sur le terrain à la rencontre des Français, Marine Le Pen a organisé des conférences de presse. Lors de son meeting à Avignon, Marine Le Pen a détaillé les mesures phares du programme du Rassemblement National. Emmanuel Macron a souhaité tendre la main aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon avec son meeting à Marseille, axé sur l’écologie. L’un des deux candidats a-t-il mieux réussi cette première semaine de l’entre-deux-tours ?

Saveria Rojek

Saveria Rojek

Saveria Rojek est journaliste et éditorialiste politique à France Info. Elle est l'autrice de plusieurs ouvrages, dont Impitoyable sur les élections municipales à Paris. Son prochain livre, Résurrection - Les coulisses d'une reconquête (éditions Stock) sera publié le 11 mai.

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Atlantico : Quels ont été les évènements marquants de cette semaine d’entre-deux-tours pour les deux candidats ?

Saveria Rojek : L’un des évènements marquants a été le retour d’Emmanuel Macron sur le terrain. Il lui a été reproché, presque jusqu’au jour du premier tour, de ne pas être entré dans l’arène et de ne pas faire campagne. Cette semaine, Emmanuel Macron a été vu, presque à l’excès, sur le terrain. L’enjeu pour lui était de se rapprocher de la population.

Pour Marine Le Pen, l’enjeu était inverse. Elle devait se présidentialiser. Elle a fait le choix d’adopter une stratégie différente. Marine Le Pen fait campagne depuis plusieurs mois et a multiplié les déplacements à travers le pays, à la différence d’Emmanuel Macron. Marine Le Pen a également fait le choix cette semaine d’organiser des conférences de presse sur des grands thèmes (la démocratie et la politique internationale).  Cela a généré beaucoup de réactions et de commentaires. Certains de ses propos sur la Russie lors d’une conférence de presse ont ravivé la polémique autour de son tropisme pro-russe.

Le fait de pointer du doigt ce tropisme de Marine Le Pen vis-à-vis de la Russie et de dénoncer son soutien jusqu’à présent envers Vladimir Poutine font partie de la stratégie délibérée de l’entourage d’Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat juge qu’Eric Zemmour a payé ce soutien à Vladimir Poutine, ce penchant pro-russe, lors du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen avait jusqu’à présent été relativement épargnée sur ces enjeux. Cette semaine, la macronie a ravivé ces liens pour attaquer Marine Le Pen.   

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Comment analyser les diverses réactions à l’affiche du second tour au sein de la société française (dans les médias, les autres personnalités politiques, l’occupation de La Sorbonne, les tribunes de sportifs, d’acteurs et du monde de la culture etc…) ?

Certaines enquêtes d’opinion révèlent que les Français n’ont pas voulu de cette affiche et de ce match retour. De nouveau, deux votes de rejet sont proposés aux Français. Est-ce que l’on doit rejeter Emmanuel Macron ou bien Marine Le Pen ? Les Français ont pourtant permis démocratiquement à ces deux candidats d’accéder au second tour via leurs votes. Les citoyens ont choisi cette affiche de second tour.

Le vote utile, le front républicain, qui d’habitude intervient au second tour, est arrivé dès le premier tour. Les enjeux avaient été grandement dramatisés, notamment dans la majorité présidentielle. C’est la raison pour laquelle la gauche de gouvernement a été laminée.  De l’autre côté de l’échiquier politique, la droite républicaine de Valérie Pécresse a également subi un revers majeur. Ce réflexe de vote utile qui a été martelé auprès des électeurs a joué à plein en faveur de Marine Le Pen, d’Emmanuel Macron ou encore de Jean-Luc Mélenchon.    

Au sein de la société, la jeunesse a largement voté en faveur de Jean-Luc Mélenchon. Une partie de la jeunesse refuse l’affiche du second tour. Mais le vote majoritaire a bel et bien choisi les deux qualifiés.

Pour le second tour, les électeurs peuvent choisir entre deux visions du monde, deux projets qui sont diamétralement opposés. L’enjeu pour Emmanuel Macron cette semaine était d’apaiser les colères, notamment avec un message pour la jeunesse à travers l’écologie lors de son meeting à Marseille ce samedi 16 avril. Marine Le Pen, au contraire, sa stratégie cette semaine a été de rassembler et d’agréger ces colères et ces mécontentements. Les jeunes ont manifesté bruyamment ces derniers jours à La Sorbonne. Ils rejettent ce choix qu’on leur donne entre deux rejets. Quel sera le plus fort entre le vote contre Macron ou le vote contre Le Pen ?   

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Marine Le Pen a tenu un meeting  à Avignon ce jeudi, et Emmanuel Macron à Marseille samedi. Que faut-il en retenir ?

Avignon pour Marine Le Pen est une terre du Sud qui est traditionnellement acquise au Rassemblement National depuis plusieurs décennies. Il y a aussi en politique l’importance des impressions rétiniennes, ce qui imprime à l’œil. Marine Le Pen a fait le choix de porter une veste rouge. Elle porte d’habitude du bleu marine ou des couleurs blanches. Cette couleur rouge pour ce meeting est une couleur de victoire, une couleur plus battante. Sa tenue et son attitude lors de ce meeting voulaient aussi dire que « la victoire est à notre portée ». Dans ce meeting, Marine Le Pen a rappelé les thèmes classiques du Rassemblement National, de son programme, avec la priorité donnée aux Français.

Pour Emmanuel Macron ce samedi, l’enjeu était diamétralement opposé. Marseille est une ville à laquelle il se dit très attaché. Il s’y était déjà rendu il y a six mois pour annoncer un grand plan de développement et d’investissement pour la ville. Marseille est une agglomération cosmopolite. Ce meeting était aussi un message adressé à Marine Le Pen. C’est ce que nous expliquait, à nous journalistes, l’entourage du président. Le choix de ce meeting, dans la ville de Marseille, était délibéré. La France d’Emmanuel Macron est une France jeune, cosmopolite, tournée vers l’Afrique et le Maghreb. Le chef de l’Etat l’a reprécisé dans son discours.

A Marseille, le candidat qui est arrivé en tête au premier tour de l’élection présidentielle est Jean-Luc Mélenchon. Tout l’enjeu de ce second tour pour Marine Le Pen et pour Emmanuel Macron est de récupérer les électeurs de La France insoumise. La clé du scrutin du 24 avril est au cœur de cette question. Emmanuel Macron est donc allé sur les terres de Jean-Luc Mélenchon, qui est député des Bouches-du-Rhône. La majorité de la jeunesse a voté pour le candidat de La France insoumise. Emmanuel Macron a prononcé un discours en faveur de cet électorat mélenchoniste. Il a notamment confirmé son attachement à l’écologie. Selon le candidat LREM, l’avenir sera écologiste ou ne sera pas. Le président sortant a rappelé son bilan en matière d’écologie et a proposé un certain nombre de mesures pour préciser ce qu’il comptait faire à l’avenir. Emmanuel Macron a annoncé que le futur Premier ministre, s’il est reconduit, sera en charge de la « planification écologique » du quinquennat. La question qui se pose concerne néanmoins la crédibilité de l’ensemble de ces mesures annoncées ce samedi.  

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Lors d’un déplacement au Havre avec Edouard Philippe,  Emmanuel Macron a rappelé que Marine Le Pen voulait démanteler toutes les éoliennes en France. Il a tenu à souligner les failles du programme de Marine Le Pen en matière d’écologie.

Il faut néanmoins se souvenir qu’en 2017, Nicolas Hulot avait été nommé. L’écologie était l’une des grandes causes du quinquennat lors du début du mandat d’Emmanuel Macron. Mais on sait ce que cela a donné…

Le discours de ce samedi à Marseille est très engagé sur l’écologie. Mais est-il crédible ? Il faudra s’appuyer sur des résultats. Les enseignements de la Convention citoyenne pour le climat ont déjà permis de se faire une idée…

Le discours d’Emmanuel Macron de ce samedi à Marseille était également ancré sur la jeunesse, sur l’Europe. Le candidat LREM a tendu la main à cette jeunesse mélenchoniste sur ses terres de Marseille.

Emmanuel Macron a aussi mis l’accent sur l’importance du choix de dimanche prochain, un choix existentiel, selon lui, sur l’Europe, sur l’écologie, pour l’avenir de la jeunesse.   

Observe-t-on des changements dans la manière de faire campagne d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen depuis le début de cet entre-deux-tours ?

Les deux candidats ajustent leurs changements au jour le jour. Emmanuel Macron dès le lendemain du premier tour a vraiment changé diamétralement de stratégie. Le chef de l’Etat et son entourage avaient été très marqués par un échec en 2017, au lendemain du premier tour avec la soirée de La Rotonde. Pendant deux jours, le candidat Macron n’était plus apparu. Il y avait eu un retard à l’allumage. Cela a marqué l’équipe et les proches d’Emmanuel Macron. Ils ne voulaient pas réitérer ce type de séquence. C’est la raison pour laquelle, dès lundi matin, il a fait le choix de se rendre sur le terrain et presque avec excès. Il va au contact des Français, pendant des heures et pour tenter de les convaincre. Cela est vraiment caractéristique d’Emmanuel Macron.

Marine Le Pen a plus besoin de se présidentialiser, de se crédibiliser, d’où ses conférences de presse. Elle prend moins de risques dans ses déplacements avec moins de bains de foule. Emmanuel Macron, lui, va au contact des foules. Il n’hésite pas à rester même auprès de quelqu’un qui lui est franchement hostile et à essayer de convaincre.    

L’un des deux candidats a-t-il mieux réussi cette première semaine de l’entre-deux-tours ?

Marine Le Pen, jusqu’à présent, était protégée par la présence d’Eric Zemmour. Le leader de Reconquête a permis de la « dédiaboliser ». Eric Zemmour a « recentré » Marine Le Pen. La candidate du Rassemblement National avait l’image, durant la première partie de la campagne, d’une mère de famille, qui s’occupe de ses chats face à quelqu’un comme Eric Zemmour qui tient des propos extrêmement choquants.

Au soir du premier tour, Eric Zemmour disparaît. Marine Le Pen redevient ce qu’elle est, une candidate à la droite extrême de l’échiquier politique et les fondamentaux du programme du Rassemblement National réapparaissent. Marine Le Pen s’est également perdue dans certains excès cette semaine avec les polémiques sur le choix des journalistes, sur la guerre en Ukraine et la nécessité de renouer le dialogue avec Vladimir Poutine à l’issue du conflit, ce qui a profondément choqué. Avec ces dérapages, Marine Le Pen risque de perdre quelques points cette semaine. Elle n’était pas aussi exposée jusqu’à présent, étant protégée par la présence d’Eric Zemmour dans la campagne présidentielle.    

Saveria Rojek publie « Résurrection. Les coulisses d’une reconquête » aux éditions Stock

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