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Les élus du Congrès américain 
sont-ils les plus mauvais 
de l’histoire ?
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Bornés

Les élus du Congrès américain sont-ils les plus mauvais de l’histoire ?

Alors que le caucus de l’Iowa ouvre une longue année électorale aux Etats-Unis, l’opinion des citoyens sur leurs représentants au Congrès n’a peut-être jamais été aussi mauvaise. En cause, les tensions systématiques entre démocrates et républicains, qui compliquent le traitement de la crise. Face à laquelle leur niveau de vie, en constante progression, ne fait pas bon genre.

Dans l’histoire moderne, "il y a eu des batailles, des délais, des stratégies de refus jusqu’au-boutistes, mais rien de comparable à cela". L’analyse de Thomas Mann, chercheur pour le Brookings Institution de Washington, sur le Congrès américain actuel (Chambre des représentants et Sénat), est sans concession. Les Etats-Unis sont un pays au bipartisme bien ancré, les élus nationaux se répartissant, pour leur très large majorité, entre démocrates et républicains. Ils sont aussi un des rares pays avec un système parlementaire comprenant deux chambres ayant des prérogatives quasi-similaires. Mais ce système oblige à trouver des compromis, notamment quand une chambre est dominée par les démocrates et l’autre par les républicains, comme c’est le cas en ce moment. D’autant plus lorsque le pays traverse une crise économique historique.

Or, pour beaucoup d’analystes, les congressmen et congresswomen ne sont pas à la hauteur. Pour les Américains également. Les sondages sont tellement catastrophiques qu’ils ne prêtent pas à discussion : selon Gallup, 11% des Américains seulement approuvent l’action du Congrès, 86% la désapprouvent. C’est le résultat le plus faible depuis 1974, année où Gallup a mis en place cet indicateur de popularité du Congrès. Le leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, Eric Cantor est conscient de ce manque de crédibilité aux yeux de ses concitoyens : « Washington doit arrêter d’ajouter de la confusion dans la vie des gens », avance-t-il. L’été dernier, les deux chambres ont manqué de mettre les Etats-Unis dans une situation historiquement dangereuse, finissant par trouver à la dernière minute un accord pour relever le plafond de la dette du pays. Pendant deux mois, chaque parti avait campé sur ses positions, souvent les plus basiques, les Républicains refusant par exemple toute hausse d’impôt, même pour les plus riches.

Des blocages qui rappellent quelques exemples passés, comme lorsque Woodrow Wilson était entré en conflit avec le Congrès après la Première guerre mondiale au moment de la création de la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, qu’il avait imaginé mais auquel les Etats-Unis n’adhéreront jamais, faute d’un accord du Congrès. L’époque du New Deal de Roosevelt (1933) ou celle des désaccords profonds entre son successeur Harry Truman et le Congrès des années 1947-48 sont aussi des exemples d’inefficacité parlementaire. Mais, même au cours de ces périodes, le Congrès semblait en mesure de faire plus. Sa 80e législature de 1947 et 1948, surnommée la « do-nothing », reste pourtant celle qui a adopté le plan Marshall, lequel a permis la reconstruction de l’Europe de l’après guerre. « Il y a eu beaucoup d’époques où la bataille rhétorique était forte. Mais ce qui est le plus incroyable aujourd’hui, ce n’est pas tant les envolées verbales, mais l’incapacité à traiter des affaires nécessaires », estime Daniel Feller, professeur d’histoire à l’université du Tennessee.

Toujours plus riches, toujours plus éloignés de leurs électeurs 

D’autant que les membres du Congrès ne renvoient pas une image tout à fait en adéquation avec la crise. Selon le New York Times, près de la moitié d’entre eux (250, pour 435 représentants et 100 sénateurs) sont aujourd’hui… millionnaires. La richesse médiane des parlementaires est de 913 000 dollars contre 100 000 dollars de médian pour le citoyen américain. Depuis 2004, elle a progressé de 15% pour les élus et de 8% pour les citoyens. Un homme incarne l’aisance des élus : le représentant républicain Darell Issa, dont la fortune personnelle serait comprise entre 195 millions et 700 millions de dollars. Ainsi que l’a montré le Center for Responsive Politics dans une étude récente, en somme, les membres du Congrès sont donc de plus en plus riches, quand les Américains sont de plus en plus pauvres.

A vrai dire le Congrès n’a jamais été un lieu où se retrouvait des représentants des clases populaires : avant la Guerre civile, les propriétaires de plantation y étaient légion, avant d’être suivi par les industriels au début du XXe siècle, puis les anciens financiers de Wall Street aujourd’hui. La tendance à l'enrichissement se confirme aujourd'hui, et plusieurs raisons sont invoqués : pour certains, c’est lié au coût de plus en plus exorbitant des campagnes électorales, pour d’autres les lois d’imposition favorables ou le fait que de plus en plus de parlementaires épousent un homme ou une femme aisé, peuvent expliquer cette tendance. Ces écarts seraient peut-être à peine soulignés en période de croissance. Mais quand une économie souffre et que les représentants nationaux semblent de plus en plus aisés, la prise de conscience n’en est que plus nette. Pas du côté des représentants apparemment : le New York Times affirme avoir contacté les 534 membres du Congrès pour leur demander s’ils étaient affectés par la situation économique du pays et connaissaient des proches qui auraient perdu leur emploi depuis 2008. Seuls 18 élus ont répondu.

Les parlementaires ne pourront  - ou en tout cas ne voudront – sans doute pas diminuer leur patrimoine pour se rapprocher du peuple. Ils sont par contre en mesure d’apparaître un peu plus volontaristes et conciliants entre eux. "Je suis assez optimiste concernant l’année à venir. Je pense que l’idée de ‘plus de coopération’ est sur la liste des résolutions de 2012 de certains législateurs”, estime le sénateur de Virginie Mark Warner. Ils y ont tout intérêt, s’ils veulent que les Américains se mobilisent pour les élections législatives prévues en même temps que la présidentielle, le 6 novembre. Si le risque que les électeurs se tournent vers d’autres partis reste mineur, étant donné la faible importance des partis périphériques, un Congrès élu avec une faible participation des électeurs marquerait un déficit de légitimité. Et commencerait bien mal une législature 2013-2014 au cours de laquelle ce Congrès devra redorer son image et celle de la politique. 

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