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Non, les marchés financiers n’attaqueront pas la France (même si elle le mériterait...)
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Blitzkrieg financière ?

Non, les marchés financiers n’attaqueront pas la France (même si elle le mériterait...)

La doxa voudrait que la France, au moment de l'élection présidentielle et des législatives, soit sous la menace directe des marchés financiers. En réalité, même si les dirigeants s'évertuent à favoriser le rentier et sacrifier les finances publiques, les conséquences sur les taux d'intérêt ne sont que limitées.

Mathieu  Mucherie

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Depuis des mois la doxa est la suivante : « La France a des finances publiques dans un état lamentable. Au moment de l’élection présidentielle, ou juste après, ou au moment des législatives, peu importe, les obligations souveraines de notre beau pays vont se faire secouer par une horde de spéculateurs ultra-libéraux. La hausse des taux va discipliner le nouveau gouvernement. En attendant, vendez tous vos OAT (obligation assimilable du Trésor), braves gens ». Cette vision est archi-stupide, à plus d’un titre.

Il n’y a qu’un très lointain rapport entre les finances publiques et les taux d’intérêt

Regardez le Japon (taux 10 ans à 0,9% alors que les déficits sont monstrueux et la dette publique autour de 200% du PIB). « Mais cette dette japonaise est détenue par des japonais, alors que la dette française est à moitié achetée par des non-résidents », me direz-vous. D’accord, mais ce n’est pas nouveau. Quand Valéry Giscard d'Estaing a été dégagé, l’endettement publique représentait 20% du PIB en France et nos taux d’intérêt se situaient à deux chiffres (19% en 1982 pour le taux 10 ans, taux situé à 3% à l’heure où je vous parle, no comment).

Désolé mais le déterminant principal des taux n’est pas, dans nos contrées, le déficit ou la dette, mais l’inflation et les anticipations d’inflation. C’est comme ça. Bien entendu, cela ne signifie pas qu’il n’y aurait pas des efforts à faire du coté de nos comptes publics dignes d’une république bananière.

Limoger un million d’agents publics nous permettrait de revenir dans la moyenne OCDE et de vivre à nouveau dans un pays à peu près libre. Mais cela n’a pas grand-chose à voir avec l’évolution du marché des titres souverains. Des milliers de données (donnée n’est pas le pluriel d’anecdote) dans 50 pays depuis plus de 30 ans, ainsi que les théories (aussi bien friedmaniennes que keynésiennes, ce n’est pas une question de gauche ou de droite c’est une question de logique et de pognon), nous indiquent que cet été sera probablement un été de baisse des taux en France, pas de hausse, et ce quel que soit le locataire de l’Élysée : déflation oblige, flight to quality oblige, en un mot restrictions BCE obligent.

La seule façon d’obtenir un krach obligataire significatif aurait été de propulser un des éliminés du 1er tour à la tête de l’État

Si François Hollande et Nicolas Sarkozy sont bourrés de défauts, ils savent (bien qu’ils prétendent le contraire dans leurs discours) que la France a au moins autant besoin des marchés que les marchés ont besoin de la France.

Plus important, les marchés savent qu’ils le savent, et c’est la seule chose qui compte. Quel que soit le vainqueur du 2e tour, les gens au pouvoir en France depuis des décennies (des énarques sociaux-démocratiques fort peu compétents, mais relativement inoffensifs) resteront au pouvoir.

Il faut arrêter de confondre marchés financiers avec marchés aux bestiaux !

Les gérants de taux ne sont pas (collectivement parlant) complètement stupides. Je veux dire par là qu’ils étaient informés de longue date que des élections auraient lieu en France cette année, et qu’elles donneraient lieu au grand concours de démagogie habituel. Les marchés ne sont pas payés pour analyser le passé mais pour mettre des prix sur le futur. Si « sanction de marché » il devait y avoir, nous le verrions donc déjà depuis un moment sur les OAT, or nous ne le voyons clairement pas sur le niveau absolu des taux.

Par contre, il est vrai que nous le voyons en creux au travers du spread (différence taux d'intérêt) avec les Bunds allemands (le 10 ans à 1,6% ce jour !). Autrement dit, les suspicions croissantes sur la France (ou plutôt sur la gestion monétaire en zone euro, à mon humble avis…) nous empêchent de bénéficier de taux qui alimenteraient notre bulle immobilière insensée, sans pour autant provoquer une hausse du niveau des taux : où est le problème ?

Il faut en finir avec le mythe du gérant obligataire tout puissant

Il faudrait en finir avec ce mythe véhiculé par un ancien lieutenant de Bill Clinton, James Caville, qui avait déclaré vouloir être réincarné en gérant obligataire afin de bénéficier du pouvoir absolu.

Les gens sont persuadés que les gérants de taux sont obsédés par l’idée de soumettre les gouvernements démocratiques à leur volonté, par l’idée de les discipliner. Le monde réel est fort différent. Les marchés font confiance aux pays pro-croissance (le taux 10 ans US est à 1,9%...) et ceux qui tentent (et parfois réussissent) de contraindre les gouvernements : ce sont les gens de la BCE, pas les marchés !

En effet, tout le marchandage monétaire-budgétaire dans les coulisses de la zone euro depuis 4 ans est scandaleux, digne d’une logique de preneurs d’otages, et si le grand public savait le quart du tiers de ce qui se passe, tout le système monétaire en zone euro s’effondrerait en 48 heures. En attendant, la France restera un pays médiocrissime, où le rentier continuera à être mieux traité que l’entrepreneur, et où par conséquent se débarrasser de tous les OAT de son portefeuille constitue une décision financière pour le moins aventureuse.

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